Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Spiritualité

 

La Croix est-elle un « Non » ?

 

Does the Cross mean “No”?

 

William Loader

 

 

21 mars 2009

Une question importante se pose sur les relations des chrétiens avec les autres religions est celle de savoir si la croix et la résurrection changent les relation de Dieu avec les hommes. Une telle affirmation ne se trouve pas partout dans le Nouveau Testament. Elle y est pourtant largement présente dans les épîtres de Paul et dans les écrits de la sphère paulinienne et, comme il ne note lui-même dans I Corinthiens 15.3-5, dans les traditions plus anciennes.

Les premiers chrétiens ont rendu compte de plusieurs manières de ce qui s’était passé dans la mort et la résurrection du Christ. Ils ont dit notamment : « le Christ est mort pour nous » ou « pour nos péchés », vocabulaire sacrificiel d’expiation ou de réconciliation caractéristique de la Pâque juive, du pardon des péchés, du renouvellement de l’alliance. Expression aussi du prix payé pour notre rachat, dans le contexte du commerce des esclaves et de la prostitution. C’est le langage de la justification, de la réconciliation avec Dieu, de la rédemption, de la sanctification, du salut, de la victoire et de la libération.
La diversité même de ces images est la preuve qu’aucune d’elles ne peut être considérée comme l’explication unique et absolue de l’événement auquel elles se réfèrent.

Et lorsque ces métaphores deviennent elles-mêmes des explications théologiques, elles en arrivent à s’opposer à des éléments fondamentaux de la foi : Les idées de punition ou de transaction commerciale présentant Dieu comme chargeant Jésus de notre châtiment ou lui imposant de payer la rançon de nos péchés, comme s’il  n’acceptait pas volontiers de restaurer sa relation avec les hommes sans contrat en bonne et due forme, semblent manquer radicalement d’amour et convenir plutôt à nos regrettables habitudes humaines.

On peut rejeter de même la métaphore de rédemption selon laquelle une ranson doit être payée sans que l’on sache clairement si c’est Dieu ou Jésus qui doivent la payer au diable ou Jésus à Dieu ?
C’est lire un poème d’amour comme le mode d’emploi d’un instrument.
D’ailleurs nombre des images sacrificielles utilisées dans nos liturgies – comme par exemple le sacrifice de la Pâque - sont faussement comprises comme expiatoires (ce qui est difficilement acceptable de nos jours) alors qu’elles n’étaient pas en rapport avec le péché mais désignaient des repas établissant une relation communautaire avec Dieu.

Il est naturellement facile de ridiculiser ces excès. Il n’en demeure pas moins qu’il y a dans le Nouveau Testament de nombreuses métaphores manifestant la conviction des premiers chrétiens que quelque chose de fondamental s’était effectivement produit. Ce qui est arrivé a changé la situation et doit être assumé par tous les hommes, On ne peut donc pas laisser cela de côté sous prétexte que les autres religions ne le comprennent pas.

La croix est-elle un « Non » ? Elle l’est assurément : Non, on ne peut contourner la croix.
Ce que dit Paul est vrai : « Comme tous meurent avec Adam, tous revivent avec le Christ » (Rom 5.12-21). Paul est tellement convaincu de la bonté de Dieu qu’il parle du « mystère » selon lequel tout Israël sera sauvé malgré son refus du Christ (Rom 11.25-26).
Il ne suffit pas de dire que Dieu veut pardonner et être réconcilié avec tout le monde : Dieu l’a déjà fait pour tout le monde, quelle que soit d’ailleurs leur religion. La croix a déjà objectivement accompli cela Les gens n’ont plus qu’à l’accepter.

On peut évidemment objecter que tout ceci demeure un peu théorique aussi longtemps que l’on n’en prend pas conscience. Cette théorie pose aussi la question de l’évangélisation qui semble inutile dans la mesure où tout le monde est déjà automatiquement assuré de son salut.
Mais on peut se demander si la « Bonne Nouvelle » que prêchait le Christ se résume seulement en la promesse d’échapper à l’enfer dans l’au-delà.
Ces questions surgissent à partir du moment où l’on affirme que seules la croix et la résurrection permettent le salut. Mais on ne trouve cette idée dans aucun des quatre évangiles.

Jean comprend la croix comme la révélation de l’amour de Dieu et de la haine humaine. Elle manifeste le mal et détrône le diable. C’est durant son ministère que Jésus offre aux hommes la vie éternelle qui commence dès maintenant dans leur union à Dieu. Il offre l’eau et le pain de vie. Il est la lumière et la vie. Sa mort amène l’expression de l’amour divin à son accomplissement (« Tout est accompli »). A son retour au Père l’Esprit étend cette offre au monde entier.

Marc montre que l’universel pardon des péchés a déjà été offert par Jean-Baptiste (1.4) mais la Bonne nouvelle de Jésus est beaucoup plus que ce pardon. Elle a une double dimension à la fois individuelle et communautaire ; individuelle pour le pardon et communautaire sur le plan social à l’égard des pauvres et des affamés.
La croix est donc centrale mais il n’est pas question qu’elle permette à Dieu de pardonner les péchés.

Il en est de même dans la description que fait Luc dans les Actes des Apôtres de la vie de la première Église : La croix et la résurrection y sont vues comme le refus de Dieu par les hommes et de l’auto affirmation par laquelle il répond.
Nous ne rendons pas justice au texte biblique si nous réduisons le message de la Bonne nouvelle au seul rétablissement de la relation de Dieu avec les hommes. Mais nous ne lui rendons pas justice non plus en récusant l’aspect central de cette notion, notamment dans la pensée de Paul et de ses disciples.

Il est clair que cette notion n’est pas centrale dans les évangiles, bien qu’elle s’y trouve.
C’est ainsi que dans le quatrième évangile, Jésus déclare qu’il est le bon Berger qu donne sa vie pour ses brebis afin de les emmener avec lui (10.17). Il est vraisemblable que l’image de « l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (1.29) se réfère au ministère de Jésus plutôt qu’à sa mort. Les évangélistes avaient conjointement plusieurs conceptions et ne craignaient pas d’utiliser des images contradictoires de sorte que nous sommes embarrassés lorsqu’il s’agit de déterminer quel était leur modèle dominant.

L’importance absolue accordée à la croix – qui menace de disqualifier les récits des évangiles (et de se détourner du Jésus historique !) – s’explique dans le contexte de la polémique avec le judaïsme et avec le judéo-christianisme. L’enseignement de la bonté et de la générosité de Dieu est traditionnel dans le judaïsme et s’enracine clairement dans l’Ancien Testament. L’anti-judaïsme ultérieur et l’anti-sémitisme ont prétendu qu’aucun pardon n’avait été possible avant la mort du Christ et que les juifs étaient constamment en faute car ils espéraient abusivement mériter leur pardon par leurs bonnes œuvres. Cette critique qui a également joué son rôle dans le conflit entre catholiques et protestants était tout à fait injuste.

On peut sortir de cette impasse – que l’on ressent notamment lorsque le catéchisme que l’on a reçu était centré sur la théologie paulinienne – en découvrant les différentes façons dont le salut et l’espérance sont présentées dans l’ensemble de l’Écriture.
Dans ce grand ensemble, l’unique événement de la croix et de la Résurrection peut parfaitement être considéré comme caractéristique de la manière dont Dieu se comporte toujours à l’égard des hommes, droiture, justice et bonté. Paul, d’ailleurs, a dit que c’était déjà le cas avec Abraham et implicitement aussi à l’égard de certains païens.

La bonté absolue de Dieu que l’on rencontre au cœur de tout récit de créativité, de restauration ou de renouveau, est caractéristique de l’évangile et la meilleure façon qu’ont les chrétiens d’en parler est de dire l’histoire de Jésus, y compris celle de sa mort et de sa résurrection.
Cette bonté ne connaît pas de limites. On le sait car on l’a vu dans l’histoire de Jésus. Et ceci nous aide à l’apercevoir partout où elle se présente – partout où l’Esprit est à l’œuvre, dans l’Église et en dehors de l’Église. Nous savons que cette bonté de Dieu est une bonne nouvelle pour les pauvres. Nous sommes aussi capables de voir lorsque des gens s’efforcent d’éteindre cette lumière en faisant le mal en laissant le chaos s’étendre dans l’Église et en dehors de l’Église.

 

Traduction Gilles Castelnau

 

Retour vers Bill Loader
Retour vers spiritualité
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.