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pasteur Alain Arnoux


Notre âme s'est échappée
comme l'oiseau
du filet des oiseleurs

 

Psaume 124


pasteur Alain Arnoux

prédication à l'assemblée du Musée du Désert

 

7 septembre 2016

Matthieu 10.24-33
Jésus dit : Le disciple n'est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur. Il suffit au disciple d'être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S'ils ont surnommé le maître de la maison Béelzébul, à combien plus forte raison surnommeront ils ainsi les gens de sa maison ! Ne les craignez donc point, car il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé, ni de secret qui ne doive être connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein jour, et ce qui vous est dit à l'oreille, prêchez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme, craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne.
Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Cependant il n'en tombe pas un à terre sans (la volonté de) votre Père. Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez plus que beaucoup de moineaux. C'est pourquoi, quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux ; mais quiconque me reniera devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux.


Psaume 124
Sans l'Éternel qui était pour nous
- qu'Israël le dise ! -
sans l'Éternel qui était pour nous,
quand les hommes s'élevèrent contre nous,
alors ils nous auraient engloutis tout vivants,
quand leur colère s'enflamma contre nous ;
alors les eaux nous auraient submergés,
un torrent aurait passé sur notre âme ;
alors auraient passé sur notre âme
les flots impétueux.
Béni soit l'Éternel,
qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents !
Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.

Notre secours est dans le nom de l'Éternel,
qui a fait les cieux et la terre.


Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
Le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.

C'est un cri de soulagement et de reconnaissance poussé il y a très longtemps par un homme d'Israël - était-ce David, était-ce un autre ? - on ne sait pas en quelles circonstances. L'existence physique et spirituelle de son peuple avait été menacée, le Dieu d'Israël était intervenu, le peuple avait survécu.

Depuis, ces paroles ont pu être reprises plus d'une fois. L'invitation à cette assemblée au Désert consacrée aux réfugiés protestants de la Révocation indique que cette parole a été citée par un pasteur réfugié en Suisse en 1689. Il a exprimé ainsi le soulagement et la reconnaissance de tous les huguenots qui ont choisi l'exil, pour vivre leur foi au grand jour, après tous les déchirements et toutes les dangers que leur imposaient le départ et le parcours, et les difficultés de l'installation dans une terre étrangère. Il en sera question cet après-midi.

Cette parole dit aussi la reconnaissance de toute Église qui survit à une persécution. Elle peut dire, je pense, le soulagement de tous ceux qui, jusqu'à aujourd'hui, ont pu fuir un pays d'oppression pour une terre de liberté, quelles que soient les difficultés à trouver leur place dans cette terre de liberté, parce que pour eux l'essentiel était préservé : leur liberté de vivre au grand jour selon leur conscience. Ceux-là ont pu fuir.

Ici, au Musée du Désert, en ce lieu où se rassemble la mémoire des huguenots qui sont restés, qu'il me soit permis de nous tourner un instant vers le passé. Ceux-là, ceux qui sont restés, ceux qui ont résisté sur place, je crois qu'eux aussi pouvaient dire, même sous la persécution :

Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
Le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.

Car je crois que les persécutés sont toujours plus libres que leurs persécuteurs. Plus libres que les convertisseurs, ceux qui grondaient de honte et de colère en disant les mots et en faisant les gestes qu'on exigeait d'eux. Plus libre que le Roi Soleil, qui voulait assurer son salut éternel grâce à la conversion des hérétiques, le paysan mal converti qui chantonnait les psaumes avec sa famille. Plus libres que les espions et les dragons, ceux qui prenaient le risque d'aller à une assemblée clandestine. Plus libre que l'aumônier qui avait demandé la bastonnade et que le garde-chiourme qui la donnait, le galérien qui la subissait pour avoir refusé d'enlever son bonnet à la messe.

Plus libre que toute la Cour parfumée, la prisonnière de la Tour, dans la misère et la promiscuité, qui refusait de dire les trois mots qui la feraient libérer : « Je me réunis ».
Plus libre que ses juges et que le bourreau, celui ou celle qui montait à l'échafaud en chantant les psaumes.
Plus libres que tous ceux qui peuvent massacrer les corps, les innombrables martyrs des régimes totalitaires du vingtième siècle, et ces vingt et un chrétiens coptes à genoux devant leurs égorgeurs, murmurant le nom de Jésus au moment de mourir, sur une plage de Libye, l'an dernier.
Et tous les autres, croyants ou non, chrétiens ou non. Richard Wurmbrand, ce pasteur roumain longuement emprisonné et torturé, a écrit : « Broyez une fleur entre vos mains ; elle se vengera en répandant son parfum. »

Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
Le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.

Bien sûr, il y a la révolte et la résistance de tout esprit humain contre ce qui veut l'obliger à se renier, à se soumettre, à s'assimiler. On peut avilir à l'extrême un être humain, on peut briser son corps, le pousser au désespoir, le pousser même à se détester d'avoir trahi ses convictions dans la douleur ; jusqu'au bout il reniera son reniement, il refusera de se rallier à ce que représentent ses tortionnaires, sera-ce dans la honte et dans le repentir.

Mais, avec le Psaume, nous pouvons aller plus loin. Dans notre traduction, il y a le mot « âme », ce mot ambigu, ce mot vieilli, ce mot fané : « Notre âme s'est échappée... ».
Jésus le reprend : « Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps et qui ne peuvent tuer l'âme... » Je propose de comprendre ainsi.

L'âme, c'est ce que l'Esprit de Dieu a déjà transformé et continue de transformer en nous. C'est tout ce qui, en nous est guéri, délivré, purifié par la présence et l'action de Dieu en nous. L'âme, c'est tout ce qui, en nous, a commencé à ressusciter et à vivre avec le Christ, tout ce qui a commencé à ressembler à Jésus-Christ. C'est tout ce qui, en nous, est animé par le Souffle de Dieu, ce qui vit déjà de la vie de Dieu. C'est le Christ en nous. Si donc nous gardons ce mot « notre âme… », malgré son ambiguïté, comprenons qu'il s'agit plus que de survivre à des souffrances, plus même que d'avoir refusé de se rallier à ce que représentent des persécuteurs. Il s'agit de rester uni au Christ, de continuer de vivre dans son Esprit, de continuer à lui ressembler.

Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
Le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.

Le filet des oiseleurs, le piège, cela peut être la persécution violente, la volonté de faire disparaître ceux qui pensent ou qui prient ou qui vivent différemment, soit en les détruisant physiquement soit en les forçant à s'assimiler. Notre époque montre que cela existe toujours. Mais le filet des oiseleurs peut être plus subtil que cela. C'est la haine en retour et la violence qui peuvent monter en nous et tout emporter. Ce sont les slogans toujours simplistes qui peuvent parler en nous plus fort que l’Évangile. C'est la récupération du christianisme par ceux qui veulent habiller leur peur ou leur haine sous un noble drapeau, et qui voudraient nous séduire ainsi.

Si nous succombons à cela, nous nous laissons dominer par ceux qui nous haïssent et nous leur ressemblons ; nous devenons aussi captifs qu'eux ; nous renions le Christ, et c'est ce qu'ils veulent ; nous chassons le Christ de nous et notre âme nous quitte avec lui. Le filet des oiseleurs, frères et sœurs protestants, cela peut être le souvenir de la fidélité des ancêtres, si elle nous dispense de prendre Dieu au sérieux aujourd'hui.

Je voudrais dire aussi que le filet des oiseleurs peut prendre d'autres visages, des visages séduisants, qui nous invitent à penser que notre vie est comblée par la satisfaction de nos besoins matériels et physiques. Je ne veux pas développer cela maintenant, mais j'invite chacun à réfléchir à tout ce qui envahit sa vie et peut le détourner de la lecture de la Bible, de la prière et du culte, à tout ce qui peut aussi l'enrouler autour de lui-même, le dessécher, le rendre insensible à la détresse des autres et au prix payé par la Création.

L'apôtre Paul à écrit aux Galates :
Le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres. Alors, résistez ! Ne vous laissez plus attacher avec les chaînes de l'esclavage ! » (5, 1)

Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
Le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

La liberté que le Christ nous donne, c'est la liberté à l'égard de ce qui nous sépare de Dieu, de ce qui nous tire vers le bas, de ce qui ravage et détruit ce monde, de ce qui commande les actions des hommes : haines, rapacités, soif de pouvoir... Et j'y ajoute la désespérance. La liberté que le Christ nous donne, c'est celle de partager sa vie, de lui ressembler, de vouloir ce que Dieu veut et d'aimer ce que Dieu aime. La liberté que le Christ nous donne, c'est l’œuvre de son Esprit en nous, c'est la vie du Christ en nous. Elle peut être menacée, atteinte et blessée par une volonté politique ou par tout ce que l'apôtre appelle les puissances de ce monde. Elle peut aussi être menacée, atteinte et blessée, quand la maladie et les handicaps transforment le corps en prison.

Et pourtant, nous savons que des persécutés l'ont vécue autrefois, et que d'autres la vivent aujourd'hui même, et nous connaissons tous des personnes qui la vivent et la rayonnent dans la prison de leur corps. Parce que cette liberté ne vient pas de nous, et parce que la force pour la vivre ne vient pas de nous :
« Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. »

Je veux achever par cette question : cette liberté-là, l'avez-vous accueillie ?
Notre âme s'est échappée comme l'oiseau du filet des oiseleurs ;
Le filet s'est rompu, et nous nous sommes échappés.

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.


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