Toujours captive

Par

Leah Sharibu


250 ans après Marie Durand,
les combats de foi de quatre femmes
croyantes du Nigeria, de Syrie, d’Iran ou de France, elles n’ont jamais abandonné leur foi dans l’épreuve.

article publié dans l‘hebdomadaire protestant Réforme
du 3 septembre 2026

 

LEAH SHARIBU Enlevée en 2018 avec 109 camarades de classe, dans le nord du Nigeria, cette jeune fille de 14 ansest la seule à ne pas avoir été relâchée par ses ravisseurs pour avoir refusé de renier sa foi chrétienne.

Son nom vous est peut-être familier : Leah Sharibu. En juin dernier, à l’occasion de la Journée internationale pourl’élimination de la violence sexuelle en temps de conflit, la Fédération protestante de France et l’ONG Portes ouvertes ont, dans un communiqué commun, appelé à sa libération. Depuis près de dix ans, cette jeune Nigériane chrétienne estdevenue un symbole des violences subies par les femmes enlevées par les groupes djihadistes dans le nord-est du Nigeria.

Tout bascule en février 2018. Leah Sharibu, qui a grandi à Dapchi, dans l’État de Yobe, est alors enlevée avec109autres élèves de son école par des combattants du groupe État islamique en Afrique de l’Ouest (lswap), issu d’unescission avec Boko Haram. Elle n’a que 14 ans. Un mois plus tard, le groupe armé libère les jeunes filles sauf elle.Selon le témoignage de ses camarades, elle aurait refusé de renoncer à sa foi chrétienne et de se convertir à l’islam. Cinq autres élèves, elles, sont mortes pendant leur captivité.

Comment expliquer un tel refus, chez une adolescente de cet âge ? « Je pense que c’était un acte spontané, très naturel de sa part, une assurance liée peut-être au départ à sa jeunesse, mais aussi à une foi forte », avance Guillaume Guennec,codirecteur de l’ONG Portes ouvertes en France et en Belgique. Il rappelle qu’au moment de son enlèvement, Leah avait fait transmettre à ses parents, via une camarade libérée, un dernier message : « J’ai corifiance qu’un jour je reverrai vosvisages. Si ce n’est pas ici sur terre, ce sera au ciel dans les bras de notre Seigneur Jésus-Christ. »

Dès 2018, son père, Nathaniel Sharibu, policier et membre de l’Église évangélique Winning All – qui compte plus de 8 millions de membres et plus de 6 000 églises locales réparties au Nigeria et dans 18 autres pays -, interpelle publiquement le gouvernement nigérian pour qu’il obtienne la libération de sa fille avant Pâques. La Conférence desévêques catholiques du Nigeria appelle elle aussi les autorités à intensifier leurs efforts. Depuis, ses parents poursuivent leur combat. Le 16 juin dernier encore, ils rappelaient dans un communiqué :

« Notre fille n’a pas été relâchée mais est retenue captive car elle a refusé de renier sa foi chrétienne. […] Ce courage l’a amenée à endurer des épreuves inimaginables. Les témoignages d’anciennes captives évoquent des mariages forcés, des traumatismes répétés, des accouchements en captivité et la menace constante de violences sexuelles utilisées comme armede guerre et de contrôle. »

L’histoire de Leah Sharibu s’inscrit dans un phénomène plus large. Depuis l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok, dansl’État de Bomo, en 2014, les kidnappings massifs d’écoliers se succèdent au Nigeria. « Une véritable industrie dukidnapping s’est développée dans le pays. Chaque année, des centaines de femmes et de jeunes filles sont enlevées,exploitées, victimes de violences sexuelles et sexistes. Des rançons considérables sont ensuite exigées aux familles »,rappelle Guillaume Guennec, qui parle d’un« phénomène endémique dans le nord du Nigeria, dramatique etcatastrophique», que l’histoire de Leah Sharibu contribue à mettre en lumière.

Selon l’index mondial de persécution des chrétiens 2026 de l’ONG Portes ouvertes, le Nigeria figure au 7° rang des paysoù les chrétiens sont les plus exposés aux persécutions. Entre le1°’ octobre 2024 et le30 septembre 2025, l’organisation a recensé 3490 chrétiens tués en raison de leur foi et 2293 chrétiens kidnappés ou portés disparus. Les enlèvements touchent notamment des responsables de l’Eglise, des prêtres et des pasteurs.

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