
pasteur de l’église baptiste Ebenezer
mégachurch progressiste, Atlanta (Géorgie)
3 novembre 2025
traduction Gilles Castelnau
vidéo en anglais
Ésaïe 1.1-3 ; 10-18
Cieux, écoutez ! terre, prête l’oreille !
Car l’Eternel parle.
J’ai nourri et élevé des enfants,
Mais ils se sont révoltés contre moi.
Le bœuf connaît son possesseur,
Et l’âne la crèche de son maître :
Israël ne connaît rien,
Mon peuple n’a point d’intelligence
[…]
Ecoutez la parole de l’Eternel, chefs de Sodome !
Prête l’oreille à la loi de notre Dieu, peuple de Gomorrhe !
Qu’ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices ? dit l’Eternel.
Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux ;
Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs.
Quand vous venez vous présenter devant moi,
Qui vous demande de souiller mes parvis ?
Cessez d’apporter de vaines offrandes :
J’ai en horreur l’encens,
Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ;
Je ne puis voir le crime s’associer aux solennités.
Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes ;
Elles me sont à charge ;
Je suis las de les supporter.
Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ;
Quand vous multipliez les prières, je n’écoute pas :
Vos mains sont pleines de sang.
Lavez-vous, purifiez-vous,
Otez de devant mes yeux la méchanceté de vos actions ;
Cessez de faire le mal.
Apprenez à faire le bien, recherchez la justice,
Protégez l’opprimé ;
Faites droit à l’orphelin,
Défendez la veuve.
Venez et plaidons ! dit l’Eternel.
Si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige ;
S’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine.
Le Seigneur dit : Que m’importe la multitude de vos sacrifices ? J’en ai assez.
C’était une époque mauvaise. La nation s’était égarée.
Elle avait délaissé ce qu’il y avait de meilleur dans sa rencontre et son alliance avec Dieu et entre ses membres.
Elle avait oublié qui elle était et comment elle était devenue ce qu’elle était.
Elle avait tout oublié du Dieu d’Abraham, le père de la foi, qui s’était lancé dans un périple improbable en tant qu’immigrant sans papiers sur une terre étrangère. Elle avait oublié que son histoire commençait avec un immigré.
Elle avait oublié que le Dieu qui était apparu à Moïse sur le mont Sinaï, lui avait dit :
Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte. J’ai entendu son cri face à ses oppresseurs. Oui, je connais ses souffrances ; je suis descendu pour le délivrer et pour le conduire dans un bon et vaste pays
Voilà comment il se présentait : Je suis le Dieu de votre libération. Je suis le Dieu de votre salut. Et c’est ce que signifie le nom d’Ésaïe : « Le Seigneur sauve ».
Au temps que nous vivons, nous avons besoin qu’on nous rappelle que Dieu sauve.
Des fous nous dirigent mais Dieu sauve.
A l’époque d’Ésaïe le peuple et ses dirigeants avaient oublié cela. Le roi était impie et il incitait à tourner le dos au Dieu des ancêtres.
Ils ont abandonné la foi, ils ont abandonné la droiture, la vérité et la justice, ils ont mis au ban les opprimés. Cela a provoqué une telle indignation chez Dieu qu’Il déclare dans ce chapitre : J’en ai assez.
Je ne sais pas vous, mais il y a des jours où je dis, moi aussi : « J’en ai assez. » Y a-t-il quelqu’un dans cette assemblée qui n’a jamais dit lui-même : « J’en ai vraiment assez » ?
En voyant ce qui se passe en ce moment dans notre pays, en mesurant la haine, l’intolérance, les mensonges, la corruption, la cruauté et la brutalité cautionnés par l’État, je ne peux m’empêcher de m’écrier : « ça suffit. J’en ai assez ».
J’en ai assez de ces attaques brutales contre les immigrés, alors que notre pays se définit pourtant par sa diversité. Contrôles au faciès fondés sur la race et la langue jugés légitime par la Cour suprême.
Nous formons ici une communauté mixte et plurielle que je souhaite voir se développer encore davantage. Lorsque nous la nommons « Église noire », c’est une façon de rappeler que nous avons lutté contre l’esclavage et que nous avons vécu de l’appel de Dieu à Moïse : que le Pharaon « Laisse partir mon peuple. »
J’en ai assez.
Nous avons vu dans les rues américaines, des hommes masqués — dont on ignore la véritable identité — semer la terreur au sein de communautés entières ; des adultes n’osant plus aller travailler, des enfants redoutant d’aller à l’école et même se demandant, en rentrant chez eux, si leurs parents étaient encore là.
N’est-on pas indigné de voir des soldats en uniforme descendre en rappel le long d’immeubles résidentiels dans une ville américaine, arracher des enfants à leur lit, leur entraver les poignets et séparer les personnes à la peau mate de celles à la peau noire. Alors qu’ils prétendent ne s’en prendre qu’aux criminels ?
Rappelons-nous les mots prononcés par Martin Niemöller — un pasteur qui a vécu sous le Troisième Reich d’Hitler : « D’abord, ils sont venus chercher les socialistes, et je n’ai rien dit car je n’étais pas socialiste ; puis ils sont venus chercher les syndicalistes, et je n’ai rien dit car je n’étais pas syndicaliste ; enfin, ils sont venus chercher les juifs, et je n’ai rien dit car je n’étais pas juif. Et puis ils sont venus me chercher, et il ne restait plus personne pour prendre ma défense. »
Cette semaine même, ils ont décidé de prendre la nourriture destinée au peuple pour en faire une arme politique. Et cela ne va pas. C’est fondamentalement condamnable.
Démocrates et républicains s’affrontent au sujet de la paralysie de l’administration fédérale et cette situation est terribles pour eux et pour tout le monde.
Un de ces affrontements porte sur la couverture de santé de 22 millions d’Américains :beaucoup d’entre nous ne peuvent supporter les primes d’assurance-maladie qui doublent ou même triplent ou quadruplent — rendant alors les soins inaccessibles. Rappelons-nous que Martin Luther King disait que de toutes les injustices, l’inégalité en matière de santé est la plus choquante et la plus inhumaine.
Rappelons-nous que notre Sauveur a guéri des aveugles, une femme souffrant d’hémorragies, des lépreux, sans jamais leur faire payer ses services. Il a dit : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance. » Comment prêcher en son honneur en détournant les yeux de ce qui se passe actuellement ?
Bon nombre de ceux qui font cela sont assis, ce dimanche matin, tout comme nous dans une église et je me demande : quelle sorte d’église ? Quelle Bible lisent-ils ? que prêche leur pasteur ce matin ?
J’ai lu ceci dans l’Évangile de Matthieu : J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais en prison et vous êtes venus me voir. » Et les fidèles demandèrent : « Seigneur, quand donc as-tu eu faim ? Quand as-tu été malade ? Quand as-tu été en prison ? » Il répondit : « Toutes les fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait. »
Comment peut-on communier tout en refusant du pain aux enfants de Dieu qui ont faim ? Il y a là quelque chose qui ne va pas.
Le livre d’Ésaïe commence par un procès : Yahvé, le Dieu d’Israël, y intervient comme procureur pour instruire le procès du peuple. Il prend à témoin, en guise de jury, rien de moins que le ciel et la terre : Écoutez, cieux ! Prête l’oreille, terre ! Car l’Éternel a parlé. J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir, mais ils se sont rebellés contre moi. Le bœuf connaît son propriétaire et l’âne connaît
la mangeoire de son maître, mais mon peuple ne me connaît pas. Mon peuple ne comprend pas.
Écoutez la parole du Seigneur, vous chefs de Sodome ! Prêtez l’oreille à l’enseignement de notre Dieu, vous peuple de Gomorrhe !
Que signifie être semblable aux habitants de Sodome et de Gomorrhe ? Ézéchiel déclare (16.49) : Voici quelle fut la faute de ta sœur Sodome : elle et ses filles vivaient dans l’orgueil, l’abondance de nourriture et une tranquillité prospère, mais elles ne venaient pas en aide aux pauvres ni aux nécessiteux.
Pendant que vous vous acharnez sur nos frères et sœurs homosexuels en les qualifiant d’abomination, Dieu dit : « Vous voulez vraiment savoir ce qu’est une abomination ? C’est manger à longueur de journée, se gaver, grossir, tout en ignorant les pauvres et les nécessiteux. » Vous voulez savoir ce qu’est une abomination ? C’est utiliser une boule de démolition pour raser l’aile est de la Maison Blanche et y construire une salle de bal à 300 millions de dollars, tout en laissant les enfants de Dieu mourir de faim. Voilà une abomination.
Une telle foi est une abomination. Dieu la hait.
Je suis inquiet, car certaines des voix les plus cruelles en Amérique aujourd’hui sont des voix chrétiennes. Je ne m’appuie pas sur des anecdotes. Les données le confirment. Ce sont les chrétiens qui sont le plus enclins à blâmer les pauvres pour leur pauvreté. Votre religion a-t-elle un problème ? Et Dieu dit : J’en ai assez.
J’en ai assez des holocaustes. J’en ai assez des assemblées. J’en ai assez des réveils spirituels sans repentance.
L’idée que Dieu puisse dire « J’en ai assez » me frappe profondément. Dieu qui abonde en amour inébranlable et dont la compassion ne fait jamais défaut. Dieu dont la miséricorde est infinie. Dieu qui ne cesse de pardonner. Dieu qui voit au-delà de nos fautes pour percevoir nos besoins. Que peut bien signifier, pour Dieu, le fait de dire : « J’en ai assez » ?
Je ne voudrais pas me trouver là où Dieu en a assez. Là où il dit : « J’en ai assez de votre foi factice et de votre religion corrompue. » C’est pourquoi nos ancêtres chantaient : « Avez-vous une vraie religion ? » Charles Adams disait : « C’est une mauvaise religion qui a capturé des Africains pour les entasser comme du bétail dans des navires négriers — au nom de Jésus. » C’est une mauvaise religion qui a envoyé six millions de Juifs dans l’Holocauste d’Hitler. C’est une mauvaise religion qui vénère un drapeau tout en brûlant la croix. C’est une ne mauvaise religion qui a fait exécuter Dietrich Bonhoeffer, assassiner Martin Luther King et Medgar Evers ; qui a tenté de réduire Fannie Lou Hamer au silence, a tué Viola Liuzzo, a fait emprisonner Nelson Mandela et alimente l’antisémitisme ainsi que l’islamophobie. C’est une mauvaise religion qui tue les personnes transgenres, interdit des livres et tente d’effacer notre histoire. Une mauvaise religion qui diabolise les immigrés. Une mauvaise religion qui divise la nation et dénature la foi de l’Église.
La seule chose pire que le mal, c’est le mal justifié par la religion.
C’est pourquoi Dieu dit : « Je le hais. Mon âme le déteste. Lavez-vous. Purifiez-vous. Ôtez le mal de vos actions. Cessez de faire le mal. Apprenez à faire le bien. Si vous voulez être du côté de Dieu, recherchez la justice. Secourez les opprimés. Défendez l’orphelin. Prenez la défense de la veuve.
En d’autres termes, prenez parti pour les faibles. Les orphelins et les veuves — dans cette culture patriarcale — étaient les membres les plus vulnérables de la société car, par définition, ils n’avaient pas d’homme pour veiller sur eux. Et puisque personne au sein de leur propre famille ne s’occupait d’eux, Dieu dit à la nation : « Vous devez être leur famille. » Il incombait au peuple, collectivement, de les protéger et de les défendre. Cette même Écriture dit : « Soyez bienveillants envers l’immigré. Souvenez-vous que votre père Abraham était un immigré. »
[…]
Levez-vous, partout dans cette salle. Bâtissons une communauté ensemble. C’est l’invitation que je vous lance. Bâtissons quelque chose ensemble. Vous et moi, nous tous. Établissons une alliance les uns avec les autres. Bâtissons, vous et moi, un témoignage multiracial, multiethnique et intergénérationnel de l’amour et de la justice de Dieu dans le monde.
Prenez courage. L’Écriture nous montre que Dieu lui-même a dit : « J’en ai assez. »
Je vous invite à être l’église telle que vous pensez qu’elle devrait être. Donnez votre cœur à Dieu.
Venez. Venez. Venez.
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