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Figures de Dieu


entre masculin et féminin

la longue marche



Antoine Casanova

 

préface de Mgr Albert Rouet
archevêque émérite de Poitiers

postface de René Nouailhat
Institut de Formation à l’Étude et l’Enseignement des Religions, Dijon

 

Ed. L’Harmattan
124 pages - 14,50 €

recension Gilles Castelnau

 

28 octobre 2015

Antoine Casanova est professeur émérite d’histoire à l’Université et ses recherches l’ont amené à connaître la Bible et l’histoire de l’Église catholique.

Il est communiste, il a été membre du Bureau politique du Parti et cette expérience le rend sensible à la vie, au désir de domination et au sentiment d’exclusion et de précarité des hommes et singulièrement des femmes.

Ce double aspect fait à la fois l’intérêt de ce livre et sa grande originalité.

En voici quelques passages représentatifs de l’ensemble

 

.

 

préface de Mgr Albert Rouet

page 5

Antoine Casanova examine deux représentations de l'humanité particulièrement fondamentales : les images de « dieu » (sous quelque nom que ce soit) et les relations entre masculin et féminin. Mais, point important, loin de les étudier séparément, il les met en interaction, voire en dépendance. « Dis-moi quel dieu tu vénères, homme, et je te dirai comment tu considères la femme ! »
D'ailleurs, à notre époque, point n'est besoin d'être croyant en une divinité pour vénérer encore ces antiques « évidences », ces vieux « on a toujours fait comme cela... ».
Il y a des dieux innommés sous les propos consciemment affichés.
[...]
Les hommes ont fantasmé leurs panthéons. Ils ont fait eux-mêmes les demandes et les réponses, imaginant les dieux à partir de leurs désirs. C'est vrai, mais il demeure quand même surprenant que ces représentations, naïvement surgies des besoins humains, se soient outrepassées vers l'inconnaissable.
Je veux dire ceci : que des guerriers se construisent un dieu de la guerre, des cultivateurs une déesse de la fécondité, qu'ils les dotent d'une force surhumaine, tout cela reste dans la représentation imaginaire. Elle est suffisante à elle-même.
Mais que ces divinités s'enfoncent progressivement vers l'unité et vers un infini inconnaissable, d'ailleurs pas toujours reconnu ni vénéré, que le « ciel » des antiques orientaux soit à la fois présent et vide, ces tensions suggèrent qu'outre les besoins à satisfaire, les protections à assurer, on entre dans le domaine d'une autre question, qui dépasse l'imaginaire.
Quelles que soient les images, avant elles et après elles, un autre mouvement interroge sur l'illimité du désir. Les réponses peuvent décevoir, la question reste. L'humain pose une question insoluble sur lui-même, sur l'étrange qui l'habite et qu'il ne connaît pas.

Précisément, Jésus de Nazareth coupe ses auditeurs des images et des ambitions qui les attachaient, plus qu'au « dieu inconnu » (S. Paul), à leurs propres constructions systématiques. Par cette césure de sa mort, il fait parvenir à l'univers symbolique dans lequel l'homme accède à l'autre et, par contrecoup, à lui-même, dans une mutuelle reconnaissance. L'homme Jésus place Dieu au cœur de ces relations.

 

La domination d'Adam

de l'aube de l'Histoire au capitalisme industriel

page 17

Patriarches, princes, dieu(x), père(s)

La Mésopotamie va devenir, au VIe millénaire, le « creuset d'une évolution qui ira en s'accélérant, engendrant des rapports sociaux de plus en plus fondés sur la dépendance ». Une évolution qui s'intensifie entre 5300 et 3100 avant J.-C. quand s'opère une transformation qualitative.

 

Les pères, l'ordre, les rêves

Les dieux - et, tout particulièrement, Marduk, que l'instauration de l'empire d'Akkad promeut au rang de prince et souverain des divinités - sont conçus et représentés comme des pères patriarches partenaires de réseaux-lignages de parenté. Ces patriarches sont aussi rois d'une monarchie d'En-Haut, rois-dieux imaginés comme pères.

Le recours aux noms de parenté, utilisés pour parler des dieux et s'adresser à eux, souligne cette vision des divinités. Elle relève de l'attente de leur protection et de la crainte qu'ils suscitent : « Non de leur tendresse » car ces Pères « sont avant tout seigneurs et maîtres (bêlu) ». C'est en ce sens que le terme Abi (père) est utilisé pour parler de Marduk, dieu (Marduk-Abi : Marduk mon père), suzerain suprême des dieux. Le terme de père revêt alors - et pour longtemps - des contenus qui ne relèvent en rien d'une appellation affectueuse.

 

page 26

Les voies plurielles d'une permanence

Les sociétés de ces grands types de systèmes historiques présentent entre elles des caractères convergents dont la première version est apparue en Mésopotamie à la fin du IV- début du IIIe millénaire avant J.-C. Leurs structures sociales sont économiquement, socialement, politiquement, culturellement toutes caractérisées par la dépendance, la domination, l'exploitation.
Les rapports entre les sexes et les générations sont marqués par la domination puissante des pères institués chefs et, plus généralement, des êtres masculins.
[...]
Pères, princes, divinité y sont en complexe mais incontournable osmose. Dieu, de manière non exclusive, non statique et non uniforme, mais dominante, y est pensé, institué, représenté comme un père patriarcal, « kyrie-arcal ». Il y a en tout cela un type historique d'ordre symbolique qui fut pendant longtemps pensé comme éternel, renvoyant à Dieu et à la nature, et/ou à « la structure ». Et cela se prolonge jusque dans la seconde moitié du XXe siècle.
[...]
Dans ces processus sociaux et culturels va s'opérer une innovation historique lumineuse et capitale : Dieu, dans ce mouvement, est désormais pensé et vécu comme venu vivre en humain pauvre, persécuté, debout, apportant le salut à tous - quels que soient leur communauté éthique, leur rang ou leur sexe -, source vivante et provocante de l'appel à l'inaltérable dignité de la personne, base d'incessants ressourcements des actions pour la fraternité, l'égalité des droits, la justice.

Dans le cadre du mouvement du Nazaréen, commence à s'esquisser de manière réelle, mais très minoritaire, limitée et inscrite dans les processus du temps - qu'il ne faut ni ignorer ni survaloriser, en évitant toute forme de relecture anachronique -, une désolidarisation de la figure du père, de la vision de la femme, de Dieu comme père, des rapports de domination.
Les paroles de Jésus marquent le refus de l'assimilation – alors dominante - de Dieu comme père avec le Puissant et les Princes. Dans les paroles du Nazaréen, Dieu le Père est devenu un père aimant et non un patriarche terrible et castigateur, ce qu'il redeviendra dans l'idéo-théologie dominante.
Jésus l'appelle Abba et, ici, le terme a un sens tout à fait différent de celui qui se cristallisait dans les mots Abbi Marduk et qui marquait les millénaires antérieurs. Les paroles de Jésus ne contiennent de même aucune reprise des thèmes idéo-théologiques de l'infériorité corporelle et spirituelle des femmes, et de leur essence ontologiquement peccamineuse.
[...]
En même temps, dans les élaborations de la fin du Ier siècle, des IIe et IIIe siècles et, plus encore, avec Constantin, la vision - déjà ancienne, on l'a vu - de Dieu-Père, roi, mâle, Seigneur terrible et punisseur de toute désobéissance à l'Ordre, sommet des hiérarchies sociales et surnaturelles, sera réélaborée - inséparablement et contradictoirement -, renouvelée et maintenue. On le verra notamment avec les réemplois qu'en feront, au cours des siècles et jusqu'à nos jours, les classes dirigeantes et les clercs - qui s'y rattachent - en élaborant, sous différentes formes, des idéologies et théologies de la domination et de la conservation sociales, politiques, et culturelles.
C'est en ce sens que Mgr Albert Rouet a pu, au printemps 2002, écrire dans Témoignage Chrétien que « le Dieu Père patriarcal est un Dieu qui n'a jamais été évangélisé. »
[...]
On verra même se développer dans l'iconographie, les sermons et les textes catholiques, de significatives mises en scène de Dieu le Père et de son rapport au Fils. En divers pays et États d'Europe, de très nombreux tableaux - cela émerge au XIIe siècle et se développe au XVe siècle pour culminer au XVIIe siècle - mettent en scène Dieu comme père patriarche.

En monarque absolu et justicier implacable, il torture et écrase jusqu'à la mort en de puissantes mécaniques, le Fils, le Christ, figure de Dieu frère des hommes. Le Père punit le Fils et, à travers lui, les peuples et les individus. Il lui fait expier et racheter par de terribles souffrances les « péchés », c'est-à-dire les fautes de rébellion, de désobéissance - originelles, passées et présentes - des simples humains, sujets des souverainetés royales, paternelles et divines, intrinsèquement liées.

 

page 31

La place des pères et mères : un « système des sexes »

En France, les différents grands types de systèmes sociaux et politiques qui existent du Moyen Âge au XXe siècle vont ainsi à la fois transformer et prolonger dans la famille, dans le mariage, dans les relations personnelles entre époux, des rapports de pouvoir marqués par la subordination des femmes
[...]
Les femmes et mères sont instituées comme n'ayant ni droits ni capacités d'intervention(s) dans l'ordre du pouvoir politique. Les cas - telles les régences assurées par des femmes veuves - qui font parfois exception, s'inscrivent eux-mêmes dans ces processus et règles dominants. Les femmes ont ainsi un statut de mineures assujetties à leurs pères ou à leurs frères, puis à leur mari et à leur famille. Elles sont dans la dépendance et dans l'appropriation de ces maîtres masculins.
[...]
Cette domination et ces miroirs ont vécu en longue durée. Ils conservent encore une redoutable et efficiente présence dans les regards que portent sur elles-mêmes des millions de femmes d’aujourd’hui, objets d'exploitation, d'oppression, de violences sociales et sexuelles, y compris de viols. Dans ces miroirs intérieurs, les femmes se trouvaient - et souvent se trouvent encore - surveillées, jugées. Même face aux actes d'oppression, elles s'y apercevaient, et s'y aperçoivent souvent encore, à la fois comme subalternes, dépendantes et coupables.

 

La revanche d’Ève

crise des rapports sociaux et enjeux anthropologiques

 

page 67

La fin du Dieu Père bourreau du Fils

De fait, la figure du Dieu Père bourreau du Fils, « jadis si répandue », est devenue « inacceptable ». C'est là un aspect majeur qui apparaît dans le cadre de ces élaborations des dernières décennies du XXe siècle. Entendons le refus - et, à tout le moins, l'étonnement scandalisé - et la réinterprétation, idéologique et théologique, critique devant une figure qui était jadis, on l'a vu, puissamment dominante : celle de Dieu comme Père Tout Puissant, Seigneur et Souverain absolu.

Un Père justicier castigateur qui punit les humains pour leur(s) péché(s) - originel et incessants - de « désobéissance », un Père Souverain qui a exigé le « rachat » de ces fautes en imposant au Fils, incarné en condition humaine, le « sacrifice » de l'effroyable supplice sur la croix.

Cet étonnement scandalisé et ces « découvertes » du « vrai sens » des textes sacrés sont autant de précieux signes du mouvement d'invention de nouveaux traits de la figure de Dieu comme Père. Ces signes se sont multipliés ces dernières décennies. Articles et ouvrages de nature diverse l'attestent.

 

page 75

« L'objet de la théologie est-il Dieu ou le Fils ? »

La mise en cause de la figure de Dieu comme patriarche justicier, souverain absolu et terrible, est de force massive et inédite. Elle s'accompagne du développement à frais nouveaux - par rapport aux débats christologiques des siècles passés - d'une vision de Dieu qui valorise spécifiquement et prioritairement le Fils, le Christ, Dieu dont la transcendance même s'est exprimée dans une vie de paroles, de souffrances, de luttes d'être humain parmi les humains en leur histoire, histoire des laborieux et des accablés qui se mettent debout en donnant à voir un sens libérateur tout à la fois personnel, socialement concret, et inépuisable.


La libération des femmes : « urgence » pour l'Église

Ces documents soulignent eux-mêmes l'enracinement des demandes et des attentes des femmes, à la fois d'égalité, dans le développement des actes et des exigences visant à la libération, et de participation plénière à la gestion de la vie sociale, politique, culturelle qui - selon des rythmes assurément divers et inégaux -, parcourent les peuples.

« Le mouvement de libération et de promotion de la femme est l'une des manifestations les plus significatives de la tendance générale à plus de participation dans la vie sociale », a souligné le document de travail préparatoire au Synode de 1987 en des termes que l'on retrouve dans le rapport introductif du cardinal Thiandoum.

 


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