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 Église orthodoxe russe
de timides résistances


Louis Fraysse



Article publié dans l’hebdomadaire protestant Réforme
le 6 juillet 2023


6 juillet 2023

 

Nous rappelons que le sang du Christ,
versé par le Sauveur pour la vie
du monde,
sera reçu dans le sacrement de la communion
par ceux qui donnent des ordres meurtriers,
non pas pour la vie
mais pour leurs tourments éternels »
Appel en faveur de la paix de prêtres orthodoxes russes, mars 2022

 


Si peu de prêtres osent prendre la parole pour dénoncer la guerre, tous ne soutiennent pas aveuglément l’invasion de l’Ukraine.

C’était le 25 septembre dernier, sept mois après l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes.

Dans un sermon prononcé dans l’église du Prince-Béni-Alexandre-Nevsky, Kirill, le patriarche orthodoxe de Moscou, déclarait que les personnes tuées en accomplissant « leur devoir militaire » réalisaient un « sacrifice [lavant] tous les péchés ». Ce discours avait choqué au sein du monde orthodoxe. Mais il est on ne peut plus symptomatique du tournant conservateur et identitaire de l’Église orthodoxe russe depuis les années 2000, et de sa subordination au pouvoir politique. Depuis 2009, cette alliance entre Église et Kremlin est personnifiée par Kirill, dont les prises de position publiques sont largement alignées sur celles du président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.

Le patriarche, notait récemment la spécialiste de la Russie Kathy Rousselet dans le Bulletin de l’Observatoire international du religieux, a introduit une « verticale du pouvoir ecclésiastique » reposant sur la peur, tuant dans l’œuf toute velléité de contestation.
Le clergé orthodoxe russe soutient-il pour autant comme un seul homme la guerre de Poutine ? Une vingtaine d’évêques – sur plus de 300 – ont publiquement soutenu l’« opération spéciale » en Ukraine. Cependant, si le nombre de prêtres et de laïcs qui osent critiquer publiquement l’invasion est peu élevé, « l’absence de mobilisation politique des croyants ne signifie pas toujours pour eux une absence de résistance », estime Kathy Rousselet.

De manière générale, la critique publique est plus aisée pour les religieux en poste en Europe occidentale que pour leurs confrères de Russie. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que des voix s’élèvent au sein de l’Église contre une guerre jugée « fratricide ». Au début du mois de mars 2022, quelque 300 prêtres signent ainsi une pétition exhortant à la réconciliation et à la fin de la guerre. « Nous sommes profondément affligés par l’épreuve à laquelle nos frères et sœurs d’Ukraine ont été soumis de façon injuste », y lit-on, ainsi qu’une mise en garde prémonitoire : « Nous sommes attristés à l’idée du gouffre que nos enfants et petits-enfants en Russie et en Ukraine devront combler pour recommencer à être amis, à se respecter et à s’aimer. »

Une partie des signataires, rappelle Kathy Rousselet, ont été rappelés à l’ordre par leur évêque ; certains ont même été condamnés à des amendes par la justice, dans un climat de flou et d’arbitraire caractéristique des institutions russes.

Des réactions diverses

L’attitude du clergé orthodoxe russe devant le conflit n’a en tout cas rien d’uniforme. Certains prêtres soutiennent ouvertement la guerre en chaire, arguments théologiques à l’appui ; d’autres s’y opposent ou se taisent, pour des raisons matérielles – ils dépendent des dons de leurs paroissiens pour vivre – ou pastorales – ils souhaitent éviter à tout prix la discorde au sein de leur église. Certains, comme Alexandre Sorokine, prêtre à Saint-Pétersbourg, s’interrogent sur la meilleure façon de servir Dieu : faut-il s’opposer ouvertement à la guerre, au risque
de ne plus pouvoir célébrer, ou au contraire opter pour le silence afin de continuer à servir sa paroisse ?

Les questionnements sont aussi d’ordre théologique. Le 24 décembre 2022, une « Déclaration de Noël » était diffusée sur les réseaux sociaux. Œcuménique, ce document anonyme, inspiré de la « Déclaration de Barmen » de 1934, texte clé de la résistance spirituelle au nazisme, invite les chrétiens de Russie à « ne pas fuir la réalité », à « s’opposer condamner le mal » en ayant conscience des risques encourus. « Nous savons […] qu’en Russie, qui se veut un pays chrétien, cet appel à la paix est puni par des amendes et des peines de prison, écrivent les auteurs du texte. Mais en tant que chrétiens, nous vous exhortons à le faire pour l’amour de Jésus-Christ et pour l’amour de votre prochain – pour l’amour des habitants de l’Ukraine. »

 

                              


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