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Crise et foi


Questions que la Covid-19 pose aux chrétiens


 

 

Jean-Denis Kraege

professeur à la Faculté de théologie protestante de Lausanne

 

Ed. Olivétan
104 pages – 15 €

 

voir aussi
Jean-Denis Kraege
Bible et parole de Dieu
Espérer contre toute espérance

 

recension Gilles Castelnau


20 mars 2021

Le professeur Jean-Denis Kraege a écrit, durant cette période de confinement du Covid-19, quinze articles que lui suggéraient les réflexions de nos contemporains à propos de cette pandémie. Il n’a pas oublié qu’il a longtemps été pasteur de paroisse, en France et en Suisse, et il comprend manifestement les angoisses, les fantasmes, les questions nouvelles qui surgissent constamment : il sait leur répondre en proposant tout simplement et fort clairement, le message de l’Évangile.

Une punition de Dieu, En souci du lendemain, L’individu contre les statistiques, Entre angoisse et maîtrise, En quête de coupable, La religion n’est pas morte....


En voici deux exemples

 

En quête de coupable

Comme d'habitude, lorsqu'un malheur nous atteint, lorsqu'une crise se produit, la pandémie a été l'occasion de chercher un coupable. On a désigné les chauve-souris, le pangolin, un laboratoire de la ville de Wuhan spécialisé sur la recherche à propos des coronavirus... Il est évident que la recherche scientifique a besoin d'avoir le plus possible d'informations à propos de l'origine de ce virus afin de pouvoir, un jour peut-être, le contenir et en éviter d'autres. Reste que ce besoin de trouver un bouc émissaire, besoin au moins aussi vieux qu’Adam, n'a pas manqué de resurgir à propos de la Covid-l9. Cela donne à penser.

J'ai été frappé, en particulier, de recevoir plusieurs courriels défendant diverses théories du complot. Certains disaient que le virus de la Covid-19 avait été volontairement fabriqué par des Chinois pour affaiblir l'Occident, mal préparé à ce genre d'éventualité. D'autres laissaient entendre qu'il y avait eu une erreur et que le laboratoire spécialisé en virologie de Wuhan avait d'une manière ou d'une autre, laissé s'échapper ce virus sur lequel il travaillait. Certains objectaient à cette théorie que le code génétique du virus est quasiment le même que le virus trouvé chez les pangolins et les chauve-souris. La théorie du complot devenait plus subtile quand on rétorquait que ce sont les virologues occidentaux qui avaient peur qu'on leur interdise de travailler sur leurs chers et rémunérateurs virus et qui essayaient de prouver ainsi que le virus ne provenait pas d'un laboratoire, mais était d'origine naturelle. La communauté scientifique aurait pris la défense des siens pour pouvoir poursuivre ses recherches dangereuses, voire mortifères. Cela rendait d’autant plus vraisemblable, aux yeux de ces défenseurs de la théorie du complot, que l'origine du virus se trouvait dans un laboratoire plutôt que dans la nature... De quelle inventivité l’esprit humain n'est-il pas capable ? Mais pourquoi tant d’effort, pour trouver un coupable plutôt que de simplement réagir à ce qui nous arrive ?

Pourquoi avons-nous effectivement besoin de toujours faire porter la responsabilité de nos problèmes à quelqu’un d’autre ? En général, c'est pour se disculper soi-même que l’on cherche un bouc émissaire. Mais dans le cas de la Covid-19, personne n’est directement responsable s'il tombe malade. Personne donc ne devrait chercher à se déculpabiliser. Dans la recherche d’un coupable tout comme dans l’élaboration d’une théorie du complot, il y a plutôt une conséquence perverse de ce que l’on peut qualifier de ‘mentalité préscientifique’.
La science, avec raison cherche les causes, puis les causes des causes aussi loin qu'elle peut avancer. Elle a pleinement le droit de travailler de cette manière dans le champ et avec les limites qu’elle se fixe. Cela fait toutefois problème quand on applique à toutes choses cette même quête des causes. C’est le cas en particulier dès qu'on ne sait pas, ou ne comprend pas. Car, moins on comprend moins on est capable de reconnaître que l’on n’a pas d’explication.
Or la vraie science est faite d’aveux d’ignorance autant ou même plus que d’hypothèses non encore réfutées sur les causes. Le scientisme de pacotille est incapable d’avouer que notre raison est parfois impuissante. Il invente des causes. Autrefois, quand on n'avait pas d'explication, on cherchait une cause transcendante. Si quelqu'un tombait malade et qu'on ne sache pas trop pourquoi, on attribuait cette maladie à l'œuvre du diable, à la punition de tel dieu, à une faute morale ou spirituelle du patient... Aujourd'hui, on a éliminé bien souvent les raisons transcendantes. On en invente d'immanentes, mais c'est toujours pour tenter de tout expliquer et de le faire à n'importe quel prix.

[...]

Le christianisme vient nous détourner de notre besoin de maîtriser et d’expliquer toutes choses, de sorte que nous puissions porter notre attention là où elle doit l’être. Car chercher un coupable ou trouver une explication détourne notre attention du vrai problème qui est : comment faire face à ce qui nous tombe dessus ? Qu'est-ce que cela change à la menace que le virus représente pour moi qui ne suis pas un scientifique spécialisé en virologie, si je sais qu'il s'est échappé d'un laboratoire ou si je sais qu'il a passé d'une espèce à l'autre sur un marché aux animaux vivants ? Est-ce que je suis moins angoissé face à ma mort possible si je sais que le virus est le résultat d'une manipulation humaine ou s'il est d'origine purement naturelle ? Plutôt que de me préoccuper de manière pseudo-scientifique des causes de la menace qui pèse sur moi, n'est-il pas plus important de chercher à réagir de la manière la plus sereine possible à ce qui me tombe dessus ou risque de le faire ? Et là-dessus le christianisme a des choses à nous dire.

Car le christianisme ne remet pas seulement en question les prétentions exorbitantes de la raison et des humains en général à maîtriser toutes choses. Il redonne à la raison remise à sa juste place toute sa... raison d'être. Le christianisme rappelle à notre intelligence qu'elle n'est pas là pour dominer le monde, mais pour résister au mal. [...]

 

 

Liberté ou obéissance ?

[...]
Pourquoi les pays latins furent-ils plus touchés que les pays du nord de l'Europe, Royaume-Uni excepté ? Pourquoi y eut-il moins de cas, proportionnellement à la population, en Extrême-Orient qu'en Europe et aux États-Unis ?

On a tenté de donner plusieurs explications à ce phénomène. Des recherches seront encore à mener. Une explication me paraît assez alléchante lorsqu'on est intéressé à l'influence du 'religieux' sur nos réalités les plus quotidiennes, en l'occurrence sur notre biologie. Elle consiste à supposer un lien entre mentalités, comportement en société et diffusion du virus.

Par mentalité, j'entends une manière de se comprendre soi-même ou d'articuler les diverses composantes de ce que nous sommes qui est commune à de grands ensembles de population. Ainsi la mentalité chinoise - pour se limiter à elle - est-elle marquée par le confucianisme alors que l'Europe du Nord et l’Amérique du Nord ont été plutôt influencées par le christianisme d'obédience protestante et que l'Europe du Sud l'a été par le catholicisme. Ce sont là de grandes généralités qui ont tous les défauts des généralisations, mais aussi les avantages d'un coup d'œil jeté à grande échelle.

[...]

Le gouvernant doit manifester de la bienveillance à l'égard de ses sujets, lesquels doivent montrer de la loyauté à l'égard de ceux qui détiennent le pouvoir. On demande donc à ceux qui occupent la position haute d'avoir, contre nature, quelque considération pour leurs inférieurs. On demande à ceux qui occupent la position basse de respecter leur supérieur et d'accepter leur sort et leur état inférieur. Cette définition des rapports interpersonnels est - on le devine - à la base d'une société très hiérarchisée. Dans une telle manière de comprendre sa vie, ce qui importe le plus, c'est la place que j'occupe dans la hiérarchie sociale.

[...]

L'individu est d'abord membre d'un tout qui le dépasse et auquel il doit être soumis. L'autorité suprême représente les intérêts du plus grand nombre. Le groupe prévaut sur l'individu.

[...]

Il n'en va pas du tout de même dans la sphère d'influence du christianisme. A grands traits là aussi, l'intérêt de l'individu l'emporte sur celui de la masse. La liberté l'emporte sur l'obéissance. On respecte donc les règles imposées par l'autorité, dans la mesure où elles nous conviennent personnellement. Tant que l'on craint pour sa vie, parce que l'on ne connaît pas la morbidité du virus, on est d'accord d'obéir. Dès que la menace diminue, on exige de pouvoir reprendre ses libertés. Ainsi l'autorité politique, consciente de ce rapport élastique de la population à l'obéissance, a-t-elle temporisé avant d'imposer ses directives. Cette hypothèse est aussi crédible que celle qui l'accuse d'impréparation. L'autorité a aussi - pour le moins en Suisse - laissé une petite marge de liberté à la population afin qu'elle supporte plus facilement ses exigences pour le moins drastiques.

Cela dit, comment expliquer les différences entre Europe du sud et Europe du Nord ? on a pensé que la chaleur et la convivialité propres au Sud du continent, opposée à la froideur des gens du Nord expliquaient ces différences. C'est possible, mais d'où viennent convivialité et froideur ? Si je reprends le couple utilisé ci-dessus : obéissance-liberté, pourquoi le Nord de l'Europe obéit-il plus facilement que le Sud ? Cela ne serait-il pas lié à deux compréhensions différentes de la liberté ? Au Sud, on revendique facilement sa liberté pour elle-même. Au Nord, on articule davantage liberté et responsabilité. On peut voir là deux manières de comprendre le christianisme. Le Sud est surtout marqué par le catholicisme. Face à sa hiérarchie, à ses directives imposées d'en haut, le catholique a tendance à revendiquer aujourd'hui la liberté personnelle la plus plénière possible, d'autant que le christianisme lui promet la liberté. Le Nord est surtout marqué par le protestantisme. En protestantisme, l'individu est davantage laissé à ses responsabilités et lorsqu’il s’agit de les prendre, il a l'habitude de le faire. [...]

 



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