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Libre opinion

 


Il y a 500 ans

Luther brûlait la bulle du pape



Gilles Castelnau

 

 

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Histoire du protestantisme

 

10 décembre 2020

Il y a exactement 500 ans, le 10 décembre 1520, Luther brûla publiquement la bulle du Pape « Exsurge Domine » qui le menaçait d’excommunication.
Il fut effectivement excommunié trois semaines après, le 3 janvier 1521.
Et lorsque, le même mois, Charles Quint convoqua la diète de l’Empire à Worms où il résidait, Luther y comparut, en présence de l'empereur et du légat du pape, les 17-18 avril.
Sommé de se rétracter de ses idées et de se soumettre à l’église et à l’Empire, Luther déclara :

« Votre Majesté sérénissime et Vos Seigneuries m'ont demandé une réponse simple. La voici sans détour et sans artifice. A moins qu'on ne me convainque de mon erreur par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes - car je ne crois ni au pape ni aux conciles seuls puisqu'il est évident qu'ils se sont souvent trompés et contredits - je suis lié par les textes de l'Écriture que j'ai cités, et ma conscience est captive de la Parole de Dieu ; je ne peux et ne veux rien rétracter. Car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre sa propre conscience. Me voici donc en ce jour. Je ne puis autrement. Que Dieu me soit en aide. »

C’est alors qu’il fut mis au ban de l’Empire.
Cette spectaculaire résistance de Luther, affrontant à la fois le pape et l'empereur était la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle enflamma – et jusqu’à maintenant - l'imagination de l'Europe, notamment de l’Europe du Nord ; il acquit une immense popularité. Le protestantisme était né. La situation en Europe était mure pour un renouveau. On disait une « renaissance ».

Comment tout cela était-il arrivé ?

Martin Luther, était un moine inquiet et tourmenté. Il avait une très haute idée des exigences de la vie chrétienne. Il estimait que sa propre existence, pourtant exemplaire sur le plan moral, incarnait très mal l'idéal évangélique. Il se sentait insuffisant et indigne. Il pensait au jour du jugement, où il comparaîtrait devant le tribunal de Dieu. Il vivait dans l'angoisse de la damnation. Il était professeur de Nouveau Testament. En étudiant la Bible, en travaillant pour ses cours en particulier les épîtres de Paul, il trouva l'apaisement. Il y découvrit l'annonce du pardon de Dieu, qui accordait son salut non à des saints, mais à des pécheurs. Nous sommes toujours des êtres inacceptables. Néanmoins, Dieu nous accepte et nous fait grâce. Il est un père aimant, comme celui de la parabole du fils prodigue, et non un juge impitoyable qui nous accablerait sous le poids de nos manquements et de nos fautes. Il ne nous demande pas de gagner ou de mériter notre salut. Il nous le donne gratuitement.
Il nous faut seulement accepter d’être acceptés, alors même que nous sommes souvent inacceptables.
Cette découverte transforma la vie de Luther, lui donna une joie et une assurance profondes. Il mettait sa confiance non pas en sa propre valeur, mais en Jésus-Christ.
L'angoisse que Luther ressentait avant cette découverte, quantité de gens l'éprouvaient à cette époque. De nombreux textes et aussi des peintures décrivant le Jugement dernier et l’enfer avec tous ses démons nous montrent qu'ils vivaient dans la hantise du jugement de Dieu et des peines éternelles.

A ce tourment, l'Église essayait d'apporter une réponse et un remède par la théorie des indulgences.Certes, disait-elle, nous sommes tous coupables, et nous méritons tous la mort. Mais nous pouvons accomplir des actes, faire des gestes qui nous vaudront l'indulgence de Dieu : ainsi des aumônes, des pèlerinages, des dévotions diverses.La théorie et la pratique des indulgences dégénérèrent. Ayant besoin d'argent, les autorités ecclésiastiques autorisèrent leur vente. Ainsi, contre argent, on pouvait acheter la miséricorde divine pour les défunts ; des pauvres y dépensaient toutes leurs économies  et des riches donnaient des sommes considérables. Un moine, Tetzel, dirigeait cette vente avec beaucoup de sens commercial, et bien peu de sens religieux.

Le pape Léon X, était un prince de la Renaissance, élégant et raffiné, fils de Laurent le Magnifique, de la brillante famille des Médicis de Florence. Plus qu’un homme d’Église – il avait reçu le chapeau de cardinal à l’âge de 13 ans. et n’avait jamais eu aucune formation théologique - il était un grand amateur d’art, avait fait venir à Rome le peintre Raphaël, lisait Dante et collectionnait les manuscrits précieux. Il avait débuté son règne par une série de grandes fêtes et réjouissances qui eurent pour résultat de dilapider rapidement la fortune laissée par son prédécesseur le pape Jules II et il avait trouvé commode de vendre lui aussi des indulgences, comme Jules II l’avait fait pour reconstruire la Basilique Saint-Pierre. Ses honnêtes tentatives de conciliation avec Luther tenaient davantage de la politique que de la théologie et les choses se sont fort mal terminées.

En octobre 1517 Luther avait organisé dans son université un débat public sur les indulgences. – On date généralement de ce jour la naissance du protestantisme. Pour la discussion, il avait rédigé 95 thèses, qu'il envoya aux autres universités et aux évêques, suivant une procédure courante à l'époque. Les universités organisaient souvent des confrontations sur divers sujets, et se communiquaient les unes aux autres les propositions qu'il fallait soutenir ou combattre. Les thèses de Luther déclaraient que l'Évangile (par quoi il entend le message central du Nouveau Testament) proclame la gratuité du salut et que, par conséquent, la vente d'indulgences le contredisait. Alors que la plupart des thèses passaient inaperçues, celles de Luther eurent un immense retentissement, parce qu'elles apportaient une réponse à la quête religieuse de ce temps, parce qu'elles s'opposaient à une pratique qui choquait beaucoup de gens pieux, parce que quelques-uns s'inquiétaient de cet argent qui quittait l'Allemagne pour l'Italie, ce qui maintenait la pauvreté et augmentait le sous-développement de l'Empire germanique.

En Allemagne, comme en France et dans toute l'Europe, soufflait d'Italie un vent de liberté et de découverte qui enivrait les esprits.Jusque là, en effet, dans la période dite « gothique » qui durait depuis quatre siècles, l'homme n'avait d'existence, de raison d'être qu'en fidèle chrétien, en fils humble et soumis de l'Église. Les artistes ne peignaient ou ne sculptaient que les saints et les saintes, les martyrs, parfois les donateurs du tableau dans les attitudes, les postures convenues, respectueuses du Christ, de la Vierge ou de Dieu.Les gestes des mains, les mouvements des bras et du corps, les agenouillements, l'expression des visages, loin de manifester le moindre sentiment original et personnel, n'avaient pour raison d'être que de montrer l'insertion sincère des participants dans ce monde céleste dont l'Église était l'incarnation évidente et indiscutée.La pensée unique régnait seule et les bûchers flambaient lorsque l'Inquisition diagnostiquait la moindre déviation.La sérénité qui émane des représentations de cette époque gothique, la paix qui en rayonne, proviennent précisément de l'abandon d'eux-mêmes de ces hommes livrés entre les mains de Dieu, parfaitement dépendants : saints hiératiques, graves et sereins, interchangeables, sans personnalité propre.
Les cathédrale gothiques, par leur grande structure à l'harmonie parfaite, sans irrégularité ni dissymétrie, symbolisaient bien cette vision unifiée d'un univers magnifique à la perfection indiscutable, équilibré, harmonieux, paisible, sans contradiction possible, sans même la fantaisie que la pensée romane aimait tant.
On avait désormais le sentiment de vivre une époque nouvelle.
C’était la Renaissance : peintres et graveurs, Léonard de Vinci, Raphaël, Michel Ange et tous les autres, s'efforcèrent de scruter la personnalité individuelle de leurs modèles : les auréoles disparurent au profit d'une recherche de l'anatomie humaine, des proportions, de la perspective.Les poètes, les écrivains recherchèrent librement dans l'antiquité et la mythologie une inspiration, fort païenne souvent, indépendante de la pensée officielle, enivrée d'humanisme.
Le geste de Luther brûlant la bulle du Pape 10 décembre 1520 fut le premier révélateur de ces idées nouvelles de la Renaissance.

 



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