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James H. Cone


La théologie noire américaine de la libération

De Martin Luther King au mouvement Black Lives Matter

 

Henry Mottu

professeur émérite à la Faculté de théologie protestante de Genève

 

Ed. Olivétan
160 pages – 14 €

 

Voir aussi sur ce site :
Henry Mottu :

Reinhold Niebuhr, La lucidité politique d’un théologien américain


recension Gilles Castelnau


5 novembre 2020


Le professeur Henry Mottu a enseigné dans les années 1970 à l’Union Theological Seminary de New York où il a bien connu James Cone et s’est intéressé à la théologie noire.

Cet ouvrage, écrit dans un style clair et agréable à lire nous fait découvrir ce monde incroyablement vivant de la pensée religieuse afro-américaine.

Henry Mottu donne la biographie de James Cone, puis il présente ses grands précurseurs.
Les chapitres suivants sont :

Black Theology and Black Power (1969)
Les spirituals et les blues
La croix et l’arbre du lynchage
Les critiques adressées à James Cone
Forces et limites de cette pensée
Conclusion - Qu’est-ce que le racisme ?
Bibliographie

Nous serons surpris, en Europe, par les questions théologiques et humaines soulevées par les Noirs américains et nul doute que cela nous amènera à repenser quelque peu la manière dont nous pensons notre fidélité à la foi chrétienne.

En voici des extraits.

 


Les grands précurseurs

 

 

Martin Luther King (1929-1965)
et Malcolm X (1925-1965)

Il peut sembler étrange, à première vue, de placer ensemble le pasteur baptiste Martin Luther King, apôtre de la non-violence, héros du combat pour les droits civiques dans le Sud des États-Unis, et Malcolm X, ancien délinquant, drogué, ayant fait de la prison pendant sept ans, converti à la Nation de l'islam du prédicateur Elijah Muhammad, autodidacte, agitateur musulman à Harlem, promoteur à la fin de sa vie de l'Unité afro-américaine. La lecture de sa célèbre Autobiographie est à proprement parler fascinante. À première vue, rien ne les rapproche, bien au contraire. Non-violence ou autodéfense, intégration ou révolution, christianisme ou islam, n’y a-t-il pas là une ligne de démarcation claire ? Entre les deux options, ne faudrait-il pas choisir ? Surtout, leur langage ne fut-il pas totalement antagoniste ?

[…]

Or, en dépit de cet antagonisme bien connu et de ces deux philosophies religieuses différentes, James Cone, dans le gros livre de sa maturité, Martin and Malcolm and America. A Dream or a Nightmare, considère King et Malcolm X comme des figures politiques non pas opposées, mais complémentaires. Le premier représente ce qu'il y a de meilleur dans la foi chrétienne, tandis que le second personnifie le combat noir contre la suprématie blanche. Cone veut rester chrétien comme King, mais en même temps inclure la noirceur dans son projet de libération. Intégration d'un côté, séparation de l'autre, non-violence ou autodéfense : il n'y a, selon Cone, pas de contradiction absolue. La non-violence n'est pas le dernier mot de King, ni la révolution violente du côté de Malcolm X. James Cone, propose en somme une sorte de synthèse vivante des deux.

 


Black Theology and Black Power (1969)

 

Le contexte historique

Alors que le mouvement des droits civiques, initié dans les années 1950-1960, était centré avant tout sur la déségrégation (Whites only - Colored only) à tous les niveaux dans l'espace public, dans les écoles, etc. au Sud, le mouvement prit une tournure différente, dès 1966-68, et devint une série de demandes de réparations enfin concrètes. Le Manifeste noir de James Forman, paru en 1969, témoigne de ce tournant. Il fallait maintenant que les efforts de déségrégation deviennent réalité en termes de gains réels. Déjà, le discours de King à Washington avait évoqué cet aspect d'une promesse non tenue. Or, les leaders noirs et les intellectuels de l'époque vont dès lors insister sur cette promesse non tenue, sur ce mensonge, cette hypocrisie. D’où l'expression d'une « colère noire ». Dès les premières lignes de l'introduction de son livre, Cone déclare :

« Cette œuvre est donc écrite dans une certaine attitude, l'attitude d'un homme noir en colère, dégoûté par l'oppression des Noirs en Amérique et par la demande académique d'être "objectif" à ce sujet. »

Il a donc pour projet, dans ce qui est une sorte de manifeste théologique, de mettre en question cette « objectivité » ou « neutralité », en développant une contre-théologie critique mais rigoureuse. Cone était considéré à l'époque comme un « homme noir en colère », et il ne faut pas oublier, dans le contexte américain, que la colère est presque toujours perçue négativement, aujourd'hui encore, ce qui a de profondes conséquences en éthique, en politique et en psychologie. Dans le mariage par exemple, on n'aime pas les conflits.

Changement donc essentiel : alors que jusqu'ici le Black Power était utilisé par les étudiants noirs radicaux contre King, Cone l’emploie comme un point de départ et entreprend de « l'analyser dans une perspective rhéologique ». Ma thèse, écrit-il à la première page, est que le Black Power n'est pas l'antithèse du christianisme, ni une idée hérétique qui serait à tolérer avec indulgence, mais bien plutôt « le message central du Christ à l’Amérique du XXe siècle. » Cone fustige le racisme américain, parlant lui-même comme un jeune révolté, directement, sans nuances ni précautions, qui aurait longtemps refoulé sa frustration, de ne pas pouvoir dire la vérité aux Blancs.

 


Son interprétation du Black Power

Le Black Power n'est pas équivalent à la haine du Blanc ; on ne met en question que son statut de maître, non sa personne.

 

 

Une première définition de la théologie noire

Ainsi sommes-nous appelés, nous autres chrétiens, Noirs et Blancs, à être là où Dieu est à l'œuvre, en Christ, pour libérer les opprimés.

« En Christ, Dieu entre dans les affaires humaines et prend parti pour les opprimés. Leur souffrance devient la sienne ; leur désespoir, son désespoir. À travers Christ, le pauvre reçoit la liberté de se rebeller contre ce qui le rend autre chose qu'humain »

Nous rencontrons dans ces pages la séquence classique de la théologie de la libération : l'Exode - les prophètes - Jésus. Cone ne variera pas là-dessus.

[...]


De toute manière, selon Paul Tillich, que cite le jeune théologien noir, il n'y a pas d'amour sans justice et pouvoir. « L’amour est le fondement, non la négation du pouvoir », écrit Tillich, qui va jusqu'à dire : « C’est l'étrange œuvre de l'amour que de détruire ce qui s'oppose à l’amour. » C'est pourquoi il faut viser maintenant, après King, à une juste redistribution du pouvoir.

 

La question de la violence et de la réconciliation

Cone développera peu après une compréhension à la fois physique et symbolique de la « couleur » de la peau dans A Black Theology of Libération, où il pose la différence entre une acception physiologique de la « noirceur » et une acception symbolique (sous l'influence de Tillich) :

« L’attention portée à la noirceur ne signifie pas que seuls les Noirs souffrent et sont les victimes d'une société raciste, mais que la noirceur est un symbole ontologique et une réalité visible qui décrit le mieux ce que l'oppression signifie en Amérique. L’extermination des Indiens, la persécution des Juifs, l'oppression des Mexicains Américains, et toute autre inhumanité concevable faite au nom de Dieu et de la patrie - ces horreurs peuvent être analysées à partir de l'inaptitude de l'Amérique à reconnaître l'humanité des personnes de couleur. »

Ainsi, la noirceur représente-t-elle tous les opprimés et les exclus.

 


Règlement de compte avec Reinhold Niebuhr

Dans ce livre, Cone commence par régler ses comptes avec le grand théologien Reinhold Niebuhr, considéré comme le maître à penser de l’Amérique libérale et professeur à l'Union Theological Seminary de New York. James Cone, qui a enseigné pendant toute sa carrière dans ce même séminaire, avait pu observer de près ses collègues et le type de théologie qu’on y développait. La détestation quasi ancestrale des intellectuels noirs vis-à-vis de l’Amérique libérale a quelque chose de très profond. On la sentait même chez King (bien qu'il se montrât très prudent à cet égard pour des raisons politiques) et surtout chez Malcolm X. Cone la partage vis-à-vis des « libéraux » au sens américain, c'est-à-dire des gens de gauche, qui, pour faire court, disent mais ne font rien. Depuis le mouvement abolitionniste, depuis Frederick Douglass comme nous l’avons vu, on sent cette polémique contre la bourgeoisie éclairée qui se dit antiraciste mais se tait aux moments décisifs.

Cone a plusieurs griefs à faire valoir contre Niebuhr. Son principal reproche est christologique : Niebuhr n’aurait pas fait de relation entre les lynchages et la croix du Christ. Car pour Cone, le lynchage est la répétition de la crucifixion en notre propre temps. L’auteur cite et commente Actes 10.39 : « Ils l'ont condamné à mort en le pendant au bois. » Les Blancs n'ont jamais été capables de voir dans les lynchages la croix même du Christ et de ses deux compagnons à Golgotha.

 

 

Les critiques adressées à James Cone

Deotis Roberts et la réconciliation

On voit déjà dans l'énoncé de ses œuvres pointer la thèse principale de l'auteur : la meilleure réponse à l'oppression raciale est la réconciliation non violente entre les races. En ce sens, Roberts suit à sa manière le grand exemple de King.

James Cone lui a répondu vertement à plusieurs reprises, car le différend est profond. Au-delà des mots et des arguments, il s’agit de savoir ce qui est premier : la libération ou la réconciliation ? Car, dit Cone, avant de nous réconcilier, il faut d'abord que les Blancs en particulier prennent réellement la mesure de l’oppression historique, passée et actuelle des Noirs.


[...]


Voilà la réponse à certains théologiens blancs qui demandaient à Cone et à d'autres théologiens de la libération s'ils pouvaient devenir « des alliés » dans leur lutte : Ils furent vite repoussés.

 


Delores Williams et la Womanist Tbeology

Très tôt, des femmes noires posèrent des questions critiques à la théologie noire faite par des hommes, en particulier James Cone. Parmi ses étudiantes, l'une d'entre elles, Delores Williams, née en 1937 et auteure d'un livre novateur : Sisters in the Wilderness. The Challenge of Womanist God-Talk, paru en 1993, est devenue l’une des porte-parole de ce courant de pensée réagissant contre le discours paternaliste des hommes et surtout contre « l'invisibilité » des femmes africaines-américaines dans l'université et dans les facultés de théologie de cette époque. Williams devint plus tard professeur de littérature noire à l'Union Theological Seminary.

 

 

 

Conclusion

 

L’espérance malgré tout

Y a+-il un espoir d'en sortir ? Oui. L’avenir appartient à ceux et celles qui inlassablement prêcheront, prieront et agiront dans le sens du rassemblement. Il s’agira de rassembler plutôt que de diviser, de se reconnaître au lieu de s'épier et de juger, de s'informer plutôt que de ne rien vouloir savoir.

La grande voix de King ne s'éteindra pas : « Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d'aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, sachant que nous serons libres un jour. »



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