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Bible et parole de Dieu


 

 

Jean-Denis Kraege

professeur à la Faculté de théologie protestante de Lausanne

 

Ed. Olivétan
128 pages – 13 €

 

voir aussi
Jean-Denis Kraege : Espérer contre toute espérance

 

recension Gilles Castelnau


31 mai 2020

Jean-Denis Kraege est un excellent bibliste et un très bon théologien à la pensée claire. Il a été de longues années pasteur en Suisse et en France et en a gardé le souci d’aider ses paroissiens à préciser leur idées et leur foi.
Dans ce livre où il traite de la Bible, il parcourt toutes les questions que l’on peut se poser à son sujet, il évalue les diverses opinions qui ont cours et ramène toujours rigoureusement le lecteur à la ligne droite de la pensée juste et indiscutable.

En voici des passages




La Bible n'est pas identifiable à la parole de Dieu

 

La tentation idolâtre

Jésus, idole de Dieu

Qu'est-ce qui différencie, aux yeux du chrétien, cette image de Dieu révélée en Jésus-Christ de toutes les autres ? Qu'est-ce qui pour lui en fait la supériorité ? Avec Paul Tillich, je répondrai que c'est parce que cette idole s'anéantit elle-même. En effet, sur la croix du Golgotha, Dieu - dont je dis par ailleurs qu'il est parole et que cette parole s'est faite chair en Jésus - paraît radicalement absent et muet ! En Jésus, il n'y a qu'un homme... et pourtant c'est Dieu qui me parle, me rencontre, se fait voir à moi. En Jésus, Dieu m'est présent, mais incognito. Ou encore : il est présent de manière paradoxale. Or une telle image dont on prétend qu'elle est image de Dieu et qui simultanément s'anéantit elle-même pour ne me renvoyer qu'à Dieu, je n'en connais pas d'autre que Jésus de Nazareth

 


Bibliolâtrie

Faire de Jésus l'image de Dieu par excellence est possible dans la mesure où Jésus meurt pour que nous ne nous attachions pas à lui, mais au Dieu qui parle en lui. Si la Bible ne s'efface pas, si elle demeure à travers les siècles, c'est d'abord pour que nous nous attachions au Dieu qui nous parle, et à lui-seul ! Faire de la Bible la parole de Dieu c'est en faire une idole morte, avec le risque que ceux qui adorent cette idole morte finissent par lui ressembler... Quant à la Bible, elle ne s'efface pas comme le fait Jésus, de sorte que nous ne nous attachions qu'au Dieu qui nous parle !

 



La Bible, seul accès à la parole de Dieu

 

Le critère de ce qui est parole de Dieu

Justification par grâce et croix

Jésus aurait-il été crucifié pour avoir simplement annoncé la prochaine venue du royaume de Dieu et appelé à l'espérance qui en découle ? Jamais Jésus n'aurait été éliminé pour ce que nombre d'autres défendaient alors en Palestine. Il en va encore ainsi s'il avait incité ses contemporains à vivre de l'Esprit de Dieu. Ou s'il les avait invités à adopter une théorie sur son propre sacrifice expiatoire nécessaire pour apaiser la colère de Dieu à l'égard des pécheurs que nous sommes tous...

Par contre, il est une raison vraiment scandaleuse que l’on trouve dans les grands thèmes du christianisme primitif et qui a pu conduire Jésus à l'ignominie de sa crucifixion. Elle réside dans sa très probable affirmation que tout dans notre vie doit dépendre de la seule grâce de Dieu. Cela signifiait en effet, une remise en question radicale pour ses contemporains juifs - autant du reste que pour les païens - de toute leur manière de comprendre leur vie. Leurs compréhensions de la loi, de la sagesse comme de la religion sacrificielle liée au temple en étaient, du coup, radicalement remises en question.

[...]

Cela représente toujours – à bien y réfléchir - un scandale pour nous autres humains habités par le principe de rétribution. Car si Dieu fait grâce, il n'y a plus lieu de faire quoi que ce soit pour mériter en retour les bénédictions de Dieu. Ce que je fais, je le fais parce que je vis des dons gratuits de Dieu et non pour mériter sa faveur.


Un effort à humblement toujours refaire

Pour résumer et conclure

Par contre, pour qu'un texte m'interpelle en tant que parole de Dieu, il lui faut répondre à l'une au moins des trois grandes questions existentielles qui se posent à tout humain et même, si possible, aux trois : les questions du sens, de la liberté et de la vérité. Il convient aussi qu'il soit relativement proche de l'événement de parole que fut la vie et la mort de Jésus de Nazareth et qu'il n'entre pas en contradiction avec ce que nous savons du Jésus de l'histoire.

Il convient encore qu'il soit cohérent avec des textes se référant différemment qu'il ne le fait lui-même à ce même événement de parole. En mettant en œuvre ces critères, j'en arrive à affirmer que ce que l'apôtre Paul qualifie de justification du pécheur par la grâce permet de déterminer ce qui, dans le Nouveau Testament, est parole de Dieu ou ne l'est pas. Ainsi pouvons-nous porter un jugement critique à l'égard des vingt-sept livres constituant actuellement le Nouveau Testament. Nous pouvons alors reconnaître qu'une grande majorité d'entre eux offrent un accès au moins partiel à la Parole de Dieu faite homme.

Tous ces critères nous permettraient également de juger de la valeur d'un texte chrétien du premier siècle de notre ère, qui serait soudainement découvert. Ce critère nous est même un moyen de juger de n'importe quel texte ou parole produit par les chrétiens et les non-chrétiens jusqu'à aujourd'hui et même demain !



Le statut de l'Ancien Testament

 

Continuité ?

 

Le Dieu de grâce dans l'Ancien Testament

La Bible hébraïque n'annonce pas seulement un dieu qui juge et rétribue. Elle parle aussi d'un dieu qui donne et pardonne gratuitement. L'élection d'Abraham est elle aussi une pure grâce. Les textes ne disent jamais qu'Abraham aurait eu des qualités qui lui auraient fait mériter son élection. Avec l'élection d’Abraham et de ses descendants vont de pair les alliances qui sont à chaque fois offerte gratuitement par Dieu au peuple, lequel a beaucoup de peine à y tenir son rôle.
La loi est ainsi un don, une grâce de Dieu qui fait immédiatement suite à un autre don absolument gratuit de Dieu : la libération de l'esclavage égyptien.
Et puis, Dieu offre de grands inspirés à son peuple : les juges, David, Salomon, les prophètes, les sages... Dans son existence personnelle devant Dieu, l'Israélite compte aussi régulièrement sur la grâce de Dieu. Qu'on pense ici au Psaume 5l où l'orant confesse son péché radical et demande à Dieu de manifester son pardon sans qu'aucun recours aux œuvres (sacrifices) n'entre en ligne de compte (v. 18-19).

Mais ce sont surtout les actes de reconnaissance qui disent la grâce première de Dieu. On peut ici se référer au Psaume 103 : « Que je bénisse le Seigneur, que je n'oublie aucun de ses bienfaits. C'est lui qui pardonne toutes tes fautes, qui guérit toutes tes maladies, qui reprend ta vie à la fosse, qui te couronne de fidélité et de compassion... » (v. 2- 4)

 

 


Que faire avec la sola scriptura des Réformateurs ?

 

Pour une double lecture critique des Écritures

La tâche de tout lecteur de la Bible consiste, en d'autres termes, à opérer non seulement une lecture historico-critique du texte, mais aussi une lecture dogmatico-critique. La lecture historico-critique a pour fonction d'établir et de traduire le texte, de le replacer dans son contexte tant littéraire que socio-culturel, de dégager la compréhension de soi qu'il propose... Cette lecture est indispensable dès lors que l'on cherche à comprendre le plus clairement possible le texte biblique. Il y a là une tâche indispensable, dans la mesure où le seul accès que nous avons à ce qui nous permet de déterminer ce qui est Parole de Dieu, c'est la Bible (sola scriptura au sens restreint).

Mais cette démarche historico-critique n'est pas suffisante. De nombreux textes, bien compris historiquement se contredisent ou pour le moins offrent des vérités difficilement compatibles. C'est là qu'il est indispensable d'avoir recours à la lecture dogmatico-critique des Écritures. Elle consiste à déterminer la valeur des textes bibliques en fonction de l'évangile proclamé et incarné par Jésus-Christ. En pratiquant cette lecture dogmatico-critique, on est en particulier amené à constituer un canon dans le canon.


Une tâche infinie de reconnaissance

Ceux qui ont fait le choix d'identifier Écritures et Parole de Dieu rejettent cette condition du chercheur de vérité. Fi alors, à leurs yeux, de toutes les difficultés des Écritures. Ce ne sont pas les écrits bibliques qui sont difficiles ou même parfois obscurs, c'est nous qui ne comprenons pas. Finis les efforts pour tenter de comprendre, efforts que, de plus, il s'agirait de constamment remettre sur le métier. Finies les certitudes constamment menacées... « Nous pouvons connaître la vérité et pas seulement la reconnaître » affirment ces bienheureux qui ont la chance de savoir. Il suffit de se déprendre de toutes nos idées humaines trop humaines, de notre raison raisonnante (et résonnante) et d'écouter Dieu nous parler en direct...
Il suffit de croire que Dieu nous parle par la Bible et de nous en prendre à nous-mêmes, si l'idée surgit en nous que la Parole contient des obscurités, des ambiguïtés, voire même - ô horreur ! – des contradictions. Il convient de nous en prendre à nous-mêmes si nous prêtons l'oreille aux sirènes qui nous susurrent que cette foi en la Bible est idolâtre et oblitère la vraie foi qui serait celle qu'il faudrait mettre en Dieu seul... Tout cela et plus de choses encore ne peut être qu'invention de notre esprit non régénéré.

 



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