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Saints et pécheurs,
pécheurs et enfants de Dieu

 

 

pasteur Alain Arnoux

 

Méditation parue dans la Lettre hebdomadaire
de l’Église protestante unie de Bourdeaux, Dieulefit, La Valdaine
9 février 2018

 

9 février 2018

Plus j'avance et moins je supporte un discours chrétien qui réduit les relations entre Dieu et l'homme à une question de culpabilité (de péché), de repentance (ou pénitence) et de pardon. Je sais que ce discours est très ancien, que la grande déchirure de la Réforme s'est faite sur cette problématique, et aussi que la culpabilité fait tellement partie de la vie humaine, qu'elle remplit les salles d'attente des psys, si elle ne provoque plus de queues devant les confessionnaux. Mais l’Évangile ne se réduit pas à cela. Et surtout, avant d'être la mauvaise nouvelle de la culpabilité de l'homme, il est le joyeux message de l'amour de Dieu pour l'homme dans sa réalité, toute sa réalité.
           

Mais à cause de cette focalisation sur « péché, pénitence, pardon », beaucoup de chrétiens ont vécu, et sans doute beaucoup encore vivent dans un perpétuel sentiment d'indignité, dans la scrupulite, voire dans l'anxiété. Quand ils prient, leur premier réflexe est de s'humilier devant Dieu, de confesser leurs fautes, de se repentir. Je pense à cette phrase scandaleuse de Martin Luther (une phrase dont on s'est beaucoup servi contre lui) à son ami Melanchthon qui vivait souvent dans cet état là : « Pecca fortiter », littéralement « Pèche courageusement », mais plutôt : « Accepte-toi courageusement, honnêtement, lucidement pécheur ! Dieu n'attend pas que tu sois impeccable pour t'accepter, il t'accepte, il t'adopte pécheur. »

Et j'imagine la suite :
« Cesse de te courber, de battre ta coulpe, de gémir sur ta médiocrité, de te lamenter sur ta faiblesse ! C'est ton nombril que tu regardes, mais tu es déçu parce que tu le trouves laid. C'est ton orgueil qui est blessé, c'est ta prétention à être parfait, fort, infaillible. C'est sur toi-même que tu pleures ! Ta déception de toi-même, ta culpabilité, ton humiliation occupent tellement de place qu'il n'y en a plus pour Dieu ni pour les autres. Le piège de ta pénitence, et c'est d'être encore une manière de te mettre au centre, de te contempler toi-même, de parler de toi à toi-même et non à Dieu. Pour te détester. Pour te mépriser. Pour dire du mal de toi-même. Tu crois que Dieu attend que tu dises du mal de toi-même pour t'accepter ? Tu crois que tu fais ça pour te rapprocher de Dieu ? En réalité, tu y passes tellement de temps et d'énergie, que tu n'en as plus pour écouter Dieu te dire qu'il t'aime sans avoir besoin que tu t'aplatisses devant lui. Et pourtant n'est-ce pas cela, le plus important ? Tu te regardes et tu t'écoutes tellement toi-même que tu oublies la présence de Dieu ; tu remplis tout l'espace, tu n'as plus de place pour lui. Ton péché tient tellement de place à tes yeux, qu'il n'y a plus de place pour son amour. »
Oui, je vois bien le Docteur Martin Luther rudoyer ainsi son ami.

Et je pense à ces lignes de Charles Péguy, dans Le Mystère des Saints Innocents :

« Quand Joinville tombe à genoux sur la dalle
dans la cathédrale de Reims
ou dans la chapelle de son château de Joinville,
ce n'est pas un esclave d'Orient qui s'écroule
dans la peur et dans quelque lâche et dans quelque sale tremblement
aux genoux et aux pieds de quelque potentat d'Orient.
C'est un homme libre et un baron français,
Joinville, sire de Joinville,
qui donne et qui apporte et qui fait tomber à genoux
librement et pour ainsi dire et en un certain sens gratuitement
et un homme libre et un baron français. »

Et j'imagine que le sire de Joinville n'a pas pris le temps de se rendre présentable, de se nettoyer de la poussière et de la sueur du combat, avant d'aller au plus pressé pour lui : plier les genoux devant Dieu en se tenant bien droit. En se tenant bien droit non par ignorance de ses fautes ni par orgueil ni par désinvolture ni par insolence, mais comme pour dire à son Dieu, les yeux dans les yeux : « Sire, je viens vous rendre hommage, tel que je suis. Et tel que je suis, je suis d'abord votre enfant. »

Oui, le premier respect que nous devons à Dieu, c'est de ne pas le confondre avec un « potentat d'Orient », mais de le croire quand il dit être notre Père, et c'est de nous considérer comme il nous considère : non comme des esclaves qui doivent s'affaler devant lui dans la poussière, mais comme des enfants adultes qui le regardent en face, le regardent lui, même s'ils plient le genou devant lui pour lui dire qu'ils ne sont pas fiers d'eux. Voyez, dans la parabole dite du fils prodigue, comment le père empêche son fils de s'humilier devant lui et de lui demander de le traiter comme un employé (Luc 15 / 20-24). Enfants de Dieu, enfants que Dieu s'est donnés, nous sommes enfants de roi, un peu comme le sire de Joinville, en quelque sorte.

C'est en cette qualité qu'il nous accueille et nous écoute. C'est en cette qualité que nous nous présentons à lui. C'est lui que nous rencontrons, non nous-mêmes. C'est son amour que nous contemplons, non notre médiocrité. Même quand nous plions le genou pour lui dire notre insuffisance. Ainsi sommes-nous courageusement pécheurs, et en même temps enfants de Dieu, des enfants qu'il aime et qui l'aiment, des enfants qu'il accueille et qui lui font confiance. Des pécheurs qui l'aiment et qui lui font confiance. Ses enfants.

 

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