Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Dialogue interreligieux

 

Le pluralisme religieux

 

Introduction aux travaux de théologiens anglo-saxons

 

Gilles Castelnau

 

31 août 2007


John Hick
, professeur à l'université de Birmingham (Angleterre)

Marcus Borg professeur de théologie à l'université de l'État d'Oregon, États-Unis

John Cobb professeur de théologie de Claremont en Californie, États-Unis, fondateur du Centre d'Études du Process

Diana L. Eck professeur de religions comparées et d'hindouisme, université de Harvard, États-Unis.

John Spong évêque de l'Église épiscopalienne des États-Unis

S. Mark Heim pasteur de l'Église baptiste, professeur de théologie à Newton Centre, Massachusetts, États-Unis

Frank Griswold président de l'Église épiscopalienne des États-Unis

Robert Hunt professeur à la Perkins School of Theology, Dallas, Texas, États-Unis

Keith E. Johnson professeur à l'Université du Michigan, États-Unis

 

Jean Dumas, Conférence mondiale des religions pour la paix, France

 

L'exclusivisme

 

Présentation

L'exclusivisme est l'attitude la plus traditionnelle et la plus répandue, notamment dans les milieux fondamentalistes car elle se dit enracinée dans la Bible considérée comme la Parole définitive de Dieu. Certains textes bibliques sont fréquemment utilisés à l'appui de cette thèse :

Jésus dit

Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi. Jean 14.6

Le salut ne se trouve en aucun autre car il n'y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes (que celui de Jésus-Christ) par lequel nous devions être sauvés Actes 4.12.

. Allez, enseignez toutes les nations... et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit Matthieu 28. 19-20.

Mais on peut contester que leur sens soit exclusiviste : Marcus Borg, Gilles Castelnau.

 

L'exclusivisme chrétien est aussi enraciné dans le dogme de l'Incarnation qui enseigne que Jésus n'était pas un simple mortel mais la seconde personne de la sainte Trinité, c'est-à-dire Dieu lui-même incarné sous forme humaine et que la voie de salut qu'il enseignait est donc obligatoirement l'unique voie de salut.

 

Critique

John B. Cobb critique ce qu'il trouve être une identification de l'Évangile avec la culture méditerranéenne dans laquelle il a pris naissance et veut désormais le repenser au niveau de la planète.

John Spong remarque que le judaïsme, l'islam, le bouddhisme, l'hindouisme ont engendré, comme le christianisme, des millions de vies saintes. La sainteté ne se trouve jamais dans l'attitude spirituelle de ceux qui prétendent que leur religion a le monopole de la vérité. Cette attitude-là engendre plutôt la bigoterie religieuse et les guerres de religion.

Le complexe de supériorité chrétien semble bien condamné par les atrocités commises au nom du Christ par les Croisades, l'Inquisition et certains missionnaires.

D'ailleurs la doctrine trinitaire et le dogme de l'Incarnation n'ont été formulés que plusieurs siècles après la mort de Jésus. Une étude attentive des textes évangéliques ne fait pas ressortir la doctrine de Jésus mourant sur la croix pour les péchés, mais s'élevant contre les institutions religieuses corrompues et le montrent condamné injustement en leur nom.

L'exclusivisme est loin d'être aussi évident que certains veulent bien le dire ; il apparaît, bien au contraire, tout à fait discutable.

 

.

 

L'inclusivisme

 

Présentation

L'inclusivisme enseigne qu'en dehors de l'Église, tous les hommes de bonne volonté sont des chrétiens anonymes que l'on peut considérer comme ayant une foi chrétienne implicite, des gens qui accepteront le Christ comme leur Seigneur et leur Sauveur lorsqu'ils le rencontreront face à face après leur mort.

C'est la position catholique et de la plupart des autres Églises (à l'exception de leurs fidèles fondamentalistes). Dans l'inclusivisme, les hommes ne viennent pas au monde en dehors de l'alliance de Dieu (ce qui serait exclusiviste) mais sont au contraire englobés, dès leur naissance, dans son alliance et sa grâce. Les autres religions sont toutes inclues dans le christianisme ; il est patent que les hommes ressentent inconsciemment la présence divine et qu'ils la recherchent naturellement. Ce n'est pas leur religion particulière qui les sauve, ils sont sauvés parce qu'ils sont religieux.

Dans cette conception le christianisme demeure la seule vraie religion, marquée par le vieux complexe de supériorité chrétien, tout en abandonnant l'horrible affirmation que seuls les chrétiens peuvent être sauvés. C'est la raison pour laquelle il est aujourd'hui répandu et populaire.

 

Critique

S. Mark Heim juge l'inclusivisme aussi critiquable que l'exclusivisme : Comment pourrait-on on prendre les religions au sérieux en considérant secondaire ce qu'elles prétendent être fondamental ?

John Hick critique l'inclusivisme en proposant la comparaison suivante. Dans le système solaire, les planètes gravitant autour du soleil reçoivent sa lumière. Mais la conception inclusiviste dit que le soleil ne fait briller sa lumière que sur la terre, qui la reflète elle-même sur les autres planètes. Cela signifierait que les autres religions ne recevraient la lumière de Dieu qu'indirectement reflétée par notre christianisme.
De plus, les fidèles bouddhistes, hindous ou musulmans ne sont pas forcément satisfaits de se voir sont considérer malgré eux comme des chrétiens anonymes.
D'ailleurs, selon le principe inclusiviste, ils pourraient prétendre à leur tour que les chrétiens sont eux aussi des bouddhistes, des hindous et des musulmans anonymes.

Diana L. Eck indique qu'en 1983, l'assemblée générale du Conseil oecuménique à Vancouver butait déjà sur la question de savoir si les hindous et les bouddhistes, dans leur piété et leur prière avaient déjà « trouvé » la vérité ou en étaient encore à la « chercher ».

Un colloque organisé en 2001 par le Conseil oecuménique des Églises à Barr, en Suisse a rassemblé 25 théologiens orthodoxes, catholiques et protestants sur le sujet : « Dieu déplore-t-il la pluralité des religions du monde, ou au contraire cette diversité fait-elle partie de la richesse de sa révélation ? Les grandes traditions non-chrétiennes qui, il faut bien le reconnaître, ont été à l'origine de grandes civilisations et soutiennent la vie de millions d'hommes sont-elles fondamentalement générées par l'Esprit Saint, en accord foncier avec le ministère de Jésus-Christ ? »

Le colloque a répondu que les fidèles trouvent effectivement Dieu lorsqu'ils le cherchent dans leur religion ; que partout où se rencontrent un enseignement de sagesse et de vérité, d'amour et de sainteté, il provient, comme dans le christianisme, d'un don du Saint-Esprit.

Le consensus était fait que nier cette vérité reviendrait à récuser le témoignage biblique, qui affirme clairement que Dieu est partout présent et actif et qu'il est le Dieu de tous les peuples.

La question qui se posait était de savoir si, non seulement Dieu est présent auprès des hommes individuels, mais s'il l'est également dans les religions elles-mêmes où les hommes vivent leur foi. Autrement dit si les hommes trouvent Dieu en dépit de leur religion ou par leur intermédiaire.

Le théologien catholique Jacques Dupuis rappelait que Vatican II avait clairement affirmé la présence d'éléments positifs, non seulement dans la foi des croyants d'autres religions mais dans leur religion elle-même, et que c'était dans une pratique sincère de leur propre foi que ces croyants rencontraient Dieu et non en dépit leur foi.

 

 

Remarque sur la question du salut

 

Si le salut est d'être pardonné et accepté par Dieu grâce à la mort rédemptrice de Jésus sur la croix, il s'agit d'une notion typiquement chrétienne et le christianisme est effectivement la seule religion véritable.

Mais on peut donner du salut une autre définition : connaître une vie réellement nouvelle, ici et maintenant, en nous dépréoccupant de nous-même et en réorientant notre pensée vers la réalité divine que nous nommons Dieu : « Les fruits de l'Esprit sont amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur, maîtrise de soi » Galates 5.22.

 

.

 

Le pluralisme

 

Présentation

Le pluralisme est notamment soutenu par John Hick :

Les religions sont des réponses humaines différentes à la même Réalité transcendante, réalité ultime que l'on rencontre aussi dans les profondeurs de l'être.

La réponse du christianisme est une voix parmi celles des autres religions. La diversité se trouve d'ailleurs également à l'intérieur de chacune des religions.

Si le christianisme est pour nous la seule vraie religion c'est que nous y avons été élevés, il nous convient et il n'y a aucune raison pour que nous le quittions. Il en est de même pour les fidèles des autres religions. Approfondissons notre connaissance mutuelle, enrichissons-nous les uns les autres et ne jetons pas d'huile sur les conflits de notre monde.

Il existe une multiplicité de chemins.

Comme les planètes autour du soleil, le christianisme gravite avec les autres religions autour de ce qu'il nomme la Réalité fondamentale qui est au-delà de toute intelligence. Christianisme, bouddhisme, hindouisme, islam, participent tous également à cette ronde, chacun à sa manière. Ils s'en approchent plus ou moins mais sans jamais pouvoir l'atteindre.

Elles enseignent toutes à ne pas chercher le salut en soi-même mais en une Réalité fondamentale. C'est dans ce recentrement à l'extérieur de soi-même que Hick juge se trouver la Vérité.

Hick n'enseigne pas que toutes les religions sont les mêmes, mais qu'en toutes on peut trouver le salut. Il lui semble, en effet constater qu'en dépit de leurs grandes différences doctrinales, tous leurs fidèles portent les mêmes fruits spirituels, partagent les mêmes valeurs humaines d'amour, de compassion et de justice.

 

Une conférence interreligieuse s'est tenue à l'université de Birmingham en septembre 2003. Les participants étaient chrétiens, juifs, musulmans, hindous, bouddhistes et sikhs. Ils ont tous approuvé la conception pluraliste selon laquelle aucune religion n'a le monopole du salut et de la vérité. Comme l'a dit Rumi, le penseur soufi du 13e siècle : « Les lampes sont différentes mais la Lumière est la même, et elle vient de l'au-delà. »

 

 

Arguments en faveur du pluralisme

 

John Cobb

Nous ne récuserons plus systématiquement les idées des autres, nous n'exprimerons plus notre foi en affirmations péremptoires excluant toute autre forme de pensée, mais notre recherche passionnée sera celle d'une compréhension approfondie de la spiritualité de notre partenaire ; et bien souvent nous découvrirons avec intérêt que certains aspects de la foi que nous n'avions jamais pensé à aborder, ont été jugés importants et approfondi par d'autres qui nous les font alors découvrir et nous en enrichir.

 

Diana Eck

Comme un orchestre où les divers instruments attentifs au jeu les uns des autres, jouent ensemble une symphonie toujours nouvelle.

Le pluralisme requiert la compréhension mutuelle de nos ressemblances et de nos différences. Il est une dynamique de la rencontre, du dialogue, de l'écoute mutuelle. Il poursuit un dialogue constructif entre les groupes des différentes religions à tous les niveaux : écoles et collèges, conseils des communautés religieuses, aumôneries d'hôpitaux etc...

 

Jean Dumas

Le regard que je porte sur Dieu s'enrichit du regard que l'autre porte, de son côté, sur le même Dieu. Il faut la vision des deux yeux pour découvrir le relief du paysage : un seul oeil n'évalue pas les distances et voit tout à plat. Voir, comprendre, entendre Dieu à plusieurs lui donne relief et grandeur.

 

Révélation et mythes

 

Karl Barth. Le théologien suisse affirmait que la religion ne représenter qu'une forme d'incrédulité dans la mesure où elle correspond au mouvement naturel de l'homme qui souhaite se construire un Dieu. La religion est le mouvement qui part de l'homme pour monter jusqu'à Dieu. Par ses seuls efforts, l'homme n'atteint jamais qu'une image construite de Dieu, une idole. Alors que le mouvement de Dieu est de descendre vers l'homme.

 

Diana L. Eck. Au colloque du Conseil oecuménique à Barr, en Suisse, certains pensaient que Dieu ne tient pas compte des religions, même pas de la religion chrétienne, car celles-ci ne sont que des réponses humaines à sa présence et à son amour.

D'autres admettaient bien la présence de Dieu auprès de tous les hommes mais pas dans les structures, les dogmes et les Écritures des autres religions.

 

John Hick propose de distinguer le sens littéral et le sens mythologique.

Bien des affirmation doctrinales sont considérées comme inacceptables par les partenaires des autres religions et bloquent tout débat, lorsqu'on les comprend littéralement. Mais les difficultés se dénouent lorsqu'on aborde ces questions comme des mythes.
« Le théologien pluraliste ne discutera pas de la vérité littérale de telle affirmation transhistorique. Il se demandera si le mythe en question est juste ou faux. »

 

Evan Lewis souligne que les récits du Nouveau Testament doivent être pris au sérieux mais non pas à la lettre. Les textes présentant la préexistence personnelle du Christ, son incarnation, sa naissance virginale, la nature de ses miracles, l'ascension, le retour du Christ au dernier jour ne sont ni faux ni absurdes. Il entendent seulement dépasser le simple langage humain afin de représenter le sens profond de la réalité transcendante et ultime de Dieu, de la vie humaine, de l'univers.

Le langage qui représente Dieu comme un être existant à côté et parmi les autres êtres de l'univers, dans un lieu situé aux cieux ou au dessus des cieux, langage qui reflète évidemment l'état de la connaissance de l'époque, ne doit pas être pris tel quel aujourd'hui.
Il véhicule, en effet, une vision ancienne, d'un monde soumis à des puissances surnaturelles qui interviennent dans la vie des hommes indépendamment de leur volonté.
Il faut prendre ces images au sérieux mais non à la lettre.

On est obligé pour parler de Dieu et de la vie humaine, d'employer des images et des métaphores ; mais il nous faut être conscients d'employer un langage imagé et nous efforcer de traduire les images anciennes en celles qui correspondront mieux à notre mentalité actuelle.

 

Diana Eck

A San Francisco une église et une mosquée ont acquis ensemble un terrain et y construisent leurs bâtiments côte à côte.

Des conseils d'églises et de synagogues s'ouvrent à des mosquées et à des temples hindous. Ils deviennent ainsi des structures interreligieuses incontournables dans la vie des villes et des régions. Des dialogues interreligieux naissent, des associations interreligieuses s'organisent dans la lutte contre la faim et pour le logement social. Il y a des célébrations interreligieuses.

 

.

 

Extrémismes

 

Jean Dumas

Ne tolérons pas l'intolérance. Les fondamentalismes et les intégrismes multiplient leurs dérives religieuses dans toutes les religions. Ils pratiquent le sectarisme et l'anathème. Il faut s' opposer au dogmatisme des fondamentalistes comme à leur interprétation fermée de leurs Écritures sacrées.

 

Gilles Castelnau

Jésus a apporté une libération du despotisme légaliste des textes, des rites et des traditions représentées à son époque par les Pharisiens. Ne nous laissons pas remettre sous cet esclavage.

Aucun pluralisme n'est possible avec des théologiens acceptant les mariages forcés, la lapidation islamiste, l'oppression des intouchables-dalits hindous, la culpabilisation par les catholiques conservateurs et les évangéliques pour les IVG, divorces.

Il y a donc une tension dialectique entre le désir absolu de conserver le pluralisme et le désir également absolu de refuser l'intolérance exclusiviste des divers intégristes.

La recherche de pluralisme doit absolument se faire avec tous les libéraux des autres religions qui le veulent bien. Son idéal nous amène à essayer de comprendre et d'apprivoiser les extrémistes fondamentalistes de toutes les religions et d'entrer en dialogue pluraliste avec eux.

Mais notre témoignage est que le chemin, la vérité et la vie apportés par Jésus est celui qui nous libère des intégrismes légalistes et qu'aucun autre nom donné parmi les hommes par lequel nous devions être sauvés ne peut nous faire retomber sous leur tyrannie.

Et nous prendrons garde à l'exclusivisme larvé de notre langage, de nos textes liturgiques et des paroles de nos cantiques !

 

 Voir aussi
Les autres religions : l'humanisme
Saint-Paul et l'interreligieux

 


Retour
Vos commentaires et réactions

 

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.