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Les athées sont des croyants

 

Atheists Are Believers

The non religion and secularity research network

 

Stephen Le Drew

 

traduction Pharisien Libéré

 

25 juillet 2016

Stephen LeDrew établit que l'athéisme n'est pas la simple absence de croyances religieuses mais rassemble  un tableau complexe de croyances épistémologiques, éthiques et politiques.


Dans l'exemplaire d'hiver de Sociology of religions, mon article ( 1 ) (LeDrew 2013a) sur la formation de l'identité athée est accompagné d'un commentaire de Jesse Smith (2013) et de ma réponse (LeDrew 2013b). Dans ma réponse aux commentaires de Smith, je pointe un détail simple mais très important : les athées sont aussi des « croyants ».  Je voudrais tirer au clair ce que j'entends par là et la façon d'aborder le sujet de ce point de vue nous couvre plusieurs pistes.
L'athéisme est couramment défini comme une négation ou, plus passivement, comme une absence de croyance.  Smith adopte implicitement ce point de vue dans son analyse d'interview de recherche qui montent que l'athéisme est un « rejet d'identité »  ou une identité fondée sur le rejet d'une religion dans un contexte social  uniformément théiste. Dans ma réponse j'expose comment cette approche se fourvoie et que l'athéisme doit être envisagé comme un système complexe de croyances.  Dans l'article LeDrew2012, j'identifie 2 catégories historiques  majeures que je nomme « scientifique » et « humaniste ».

L'athéisme scientifique est le produit du rationalisme des Lumières et du Darwinisme victorien qui fonde la critique des religions dans les sciences de la nature et considérant les religions comme une fausse explication de la nature dépassée par la science moderne. De ce point de vue, la religion est strictement une affaire de  croyances. L'athéisme humaniste est le produit des sciences sociales émergentes au milieu du 19e siècle, particulièrement du Marxisme qui fonde la critique des religions  dans une conception de la justice sociale et les considère comme l'expression de et la réponse à l'aliénation et la souffrance. Dans cette perspective, la religion est un phénomène social plus qu'une question de croyances individuelles. Ces deux traditions ne sont pas exclusives l'une de l'autre mais chacune développe  des compréhensions très différentes de la nature des religions, de leurs fonction tant au niveau individuel que sociétal.

L'athéisme peut être un rejet de la religion, certes, mais il y a des raisons à ce rejet ; historiquement, ces raisons sont liées à des développements intellectuels et sociaux. Au niveau le plus basique, ce rejet est typiquement  fondé sur l'un de ces deux systèmes de croyances ou au moins sur une version du une autre. Par exemple, l’athéisme radical  ( 2 ) se situe clairement dans le sillon de l'athéisme scientifique. C'est une philosophie du darwinisme social qui construit une vision de l'évolution des sociétés moderne depuis la barbarie (caractérisée par la religion et la superstition) jusqu'à la civilisation (caractérisée par le scientisme  ( 3 ). Le biais idéologique  du scientisme est évident chez les auteurs de l'athéisme radical dans le jonglage entre ce qui tient à l'évolution et ce qui tient à de processus euro-chimique susceptibles d'être responsables dans les divers niveaux de religiosité entre les individus. Que ces individus soient situés dans ds contextes  culturels, historiques, géographiques et que des modèles de religiosité puissent être distingués en fonction  de ces contextes  est rarement envisagé. Parce que les athées radicaux ont déjà  engagé la réponse avant d'avoir posé la problématique (la réponse est que la religion ne contient strictement que de croyances qui n’existent que dans la tète des individus ou de processus cognitifs issus de structures physiques moulée par la sélection naturelle), ils  zappent d'autres réponses à la fois plus satisfaisante et moins dépendante de la conjoncture. Cet échec – ou cette réticence – à reconnaître les aspects sociaux et culturels  évident des religions est étourdissant.

PZ Myers, un biologiste  et blogueur populaire qui adhère à l'athéisme radical , dans sa conférence à  la convention 2010 de l’Alliance Internationale Athée exposait que l'athéisme est « une vision positive du monde basée sur la pensée scientifique ». En fait, ceci reflète  le discours de l'athéisme radical, où les « croyances positives » sur la science et le progrès sont inséparables des « croyances négatives » sur le théisme. Certes, l'athéisme tant aujourd'hui qu'hier, est inséparable d'un ensemble complexe et systématique de valeurs, d’épistémologie, de doctrines politiques. Sous cet aspect, ce doit être compris comme une idéologie, largement comprise comme « ensemble cohérent et relativement stable de croyances et de valeurs » (van Dijk 1998: 256).

Je me suis rendu compte que si vous demandez à un athée les raisons pour lesquelles il ne croit pas en Dieu, vous en arriverez naturellement à parler de ce qu'il croit. Ce sujet de ce à quoi croient les athées est un sujet significatif pour les chercheurs du domaine qui, de ce point de vue, s'est  concentré sur les aspects négatifs (ou mieux "négateurs") de l'athéisme – sujets éminemment dignes d’intérêt – avec moins d'emphase sur les idéologies positives dans laquelle cette négation s'enracine, particulièrement dans sa dimension politique. L'athéisme n'existe pas indépendamment des autres croyances. L'athéisme est lui-même une sorte de croyance et c'est pourquoi il n'est ni utile ni valide de tenter d'étudier l'athéisme strictement cantonné à la négation, à l'absence, au rejet indépendamment de ces croyances. L'athéisme est lui-même une sorte de croyance (ou plusieurs sortes de croyances), aussi bien dans sa dimension historique et contemporaine, dans son discours comme dans sa pratique.

Il peut y avoir des gens qui ne croient pas en Dieu ou simplement ne sont pas intéressés par la religion et n'ont pas vraiment d'opinion sur la question ; ceux là sont juste des non-croyants. Appliquer le terme « athée » à ces personnes ni utile ni précis du point de vue de l'analyse parce que l'athéisme n'a jamais été une simple absence de croyance. Pour cette raison, je pense que ce terme doit être réservé aux athées « actifs » ou à ceux qui participent d’une façon ou d'une autre à l'athéisme organisé (LeDrew 2013a, Hunsberger and Altemeyer  2006).  
En fait, le mot est si intensément corrélé au mouvement athée qu'il a presque cessé d'avoir du sens ailleurs que dans ce cercle  ( 4 ). Même un examen cursif de ce mouvement révèle que homogénéité du groupe n'est pas faite du rejet du théisme mais d'un tableau pluriel de perspectives idéologiques qui font naître des tensions croissantes dans les débats en cours sur les buts, les stratégies comme sur le représentations de l'identité (c'est certainement le cas pour les états unis, à un moindre degré au Canada ; je ne peux parler  de façon compétente pour les autres contextes). Si les tensions nont rien à voir avec ce à quoi les athées ne croient pas – e.g. qu'ils sont tous d'accord qu'ils ne croient pas en Dieu -, elles peut provenir de ce en quoi ils croient.  ont à voir avec ce qu'ils croient et, conséquemment, comment ils envisagent  quels projets un mouvement athée doit encourager.

Les croyances majeures trouvées dans le mouvement athée aujourd'hui,  sont les suivantes :
1 – l'idée que la science est l'autorité de toutes connaissances et que le progrès scientifique conduit le progrès social
2 - et que la croyance en l'égalité de base entre les hommes et que les religions empêchent la justice sociale
Dans chacun de ces cas, l’athéisme n'est pas une simple négation ou absence de croyances mais connecté à un ensemble de positions épistémologiques, éthique et  politiques Quand il est institutionnalisé dans un mouvement social ou une parole publique, alors l'athéisme est une idéologie.  Ce n'est pas surprenant étant donné que les athées ne sont pas définis comme groupe par des caractéristiques sociales identiques ni unis par une expérience commune d'une marginalisation structurelle  et qu'est-ce donc qui peut les motiver pour adopter un tel niveau d'organisation et d'activisme si ce n'est une croyance passionnée en quelque chose ?

 

Notes du traducteur

  • ( 1 ) Le traducteur regrette que l'accès à l'article soit défendu par un droit d'abonnement au contraire des revues de sciences humaines de "revue.org"
  • ( 2 ) Eng : New Atheism
  • ( 3 ) Note du traducteur : c'est le principe de "la loi  des 3 états" de Auguste Comte.
  • ( 4 ) Note du traducteur : Sur ce point, l'auteur décrit une réalité américaine. Sur l'internet, un lieu  de libre échange, le mot a encore un sens plus général qu'il décrit quoique les athées francophones soient moins encartés.

 

Références

Hunsberger, Bruce E., and Bob Altemeyer (2006).  Atheists: A Groundbreaking Study of America’s Nonbelievers. Amherst, New York: Prometheus Books.

LeDrew, Stephen (2013a).  “Discovering Atheism: Heterogeneity in Trajectories to Atheist Identity and Activism.”  Sociology of Religion 74(4): 431-453.

LeDrew, Stephen (2013b). “Reply: Toward a Critical Sociology of Atheism: Identity, Politics, Ideology.” Sociology of Religion 74(4): 464-470.

LeDrew, Stephen (2012).  “The Evolution of Atheism: Scientific and Humanistic Approaches.”  History of the Human Sciences 25(3): 70-87.

Smith, Jesse M. (2013). “Comment: Conceptualizing Atheist Identity: Expanding Questions, Constructing Models, and Moving Forward.” Sociology of Religion 74(4): 454-463.

van Dijk, Teun A. (1998).  Ideology: A Multidisciplinary Approach.  London: Sage.

Stephen LeDrew vient de soutenir une thèse en sociologie à York University.  Son travail est du domaine de la sociologie ds religions et de l'histoire des science humaines. Sa rechrche porte sur les aspects politiques de l'athéisme.

 

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