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La religion est-elle l'opium du peuple ?

 

 

 

Alain Houziaux

 

28 janvier 2008
On connaît la célèbre formule de Karl Marx : « La religion est l'opium du peuple ».
De fait, on a souvent accusé la religion d'être non seulement un placebo, mais aussi une fuite dans une hallucination consolante et anesthésiante.

Mais, a contrario, il faut bien constater que ce sont souvent des croyants qui, tels Saint Vincent de Paul ou Mère Térésa, ont été les parmi les premiers à s'engager pour tenter de soulager la misère des hommes.

 

Bref, on peut se poser la question : la religion incite t'elle à la fuite hors du monde ou à l'engagement ?

 

Nous ferons une première constatation : il y a des religions qui incitent plutôt à la fuite et d'autres plutôt à l'engagement.

 

De fait, pour Max Weber (1864-1920), il y a les religions de type mystique qui se préoccupent peu de ce monde et les religions de type ascétique, qui, elles, tentent une forme de maîtrise sur la vie ici bas. Et, à première vue, on pourrait penser que les premières prédisposent à la fuite et les secondes à l'engagement.

 

Mais, pour Max Weber, cette première distinction en croise une deuxième. Parmi les mystiques, certains sont « extra mondains » (c'est le cas des moines contemplatifs qui vivent totalement hors du monde), mais d'autres sont « intra mondains ». Tels Mère Térésa, ils renoncent à tout, au nom d'un dévouement total pour l'humanité. Leur mystique, c'est la charité en acte.

 

Et, de même, parmi les ascètes, certains sont « extra mondains » (ils se préoccupent d'abord d'une maîtrise d'eux-mêmes et se soucient peu du monde). Mais d'autres, au contraire, sont « intra mondains », et ceux-là s'engagent dans le monde par une forme d'ascétisme militant.

 

Il y aurait donc deux formes religieuses de « fuite », l'une de type mystique (le moine contemplatif) et l'autre de type ascétique (l'ermite ou le yogi qui se retirent du monde pour tenter de dompter leur chair et leurs pulsions). Et il y aurait également deux formes religieuses d'engagement, l'une de type mystique (celle du don de soi et l'autre de type ascétique (celle du militantisme et de l'engagement actif dans le monde politique, économique, syndical ou autre).

 

Pour Max Weber, le bouddhisme est l'exemple même d'une religion du type « mystique extra mondain » et le protestantisme est la forme la plus achevée de la religion de type « ascétisme intra mondain ».

 

Mais venons-en au fond du problème. La religion, dans son essence même, doit-elle être considérée comme une forme de fuite ? Si l'on veut prendre au sérieux cette question, il paraît indispensable d'écouter ce que dit Karl Marx à ce sujet.

 

Marx avance un premier point, sans doute tout à fait juste. Pour le croyant, le monde de ses convictions religieuses reste un monde à part, coupé de la vie réelle et sans implication dans cette vie réelle effective. Même si la religion appelle le croyant à un engagement dans le réel, cet enseignement reste, en pratique, sans effet parce que, dans son esprit il relève de la sphère du religieux et non pas du réel. Ce qui est proclamé  le dimanche matin, c'est ce que  Marx appelle la « division du sujet ». Et de fait, beaucoup de théologiens, surtout aujourd'hui, appellent le chrétien à vivre « comme si Dieu s'existait pas » et la théologie des deux règnes de Luther, lorsqu'elle est mal comprise, va aussi dans ce sens.

 

Marx avance aussi un autre point. Le christianisme se construit par référence à une utopie (extra mondaine), l'espérance du Royaume de Dieu. Et le fait  de vouloir fonder un engagement sur une utopie pose deux problèmes :

 

Le premier est d'ordre théorique. Il a hanté Simone Weil jusqu'à la fin de sa courte vie : quel bien peut rechercher et mettre en oeuvre l'éthique et la pratique politique, si le Bien, le Royaume de Dieu par exemple, ne peut être de ce monde ? C'est effectivement un vrai problème

 

Le deuxième problème est celui-ci. Certains courants religieux ont tenté de mettre en oeuvre dans ce monde les utopies dont ils se réclamaient. Mais faut-il pour autant s'en réjouir ? Faut-il se réjouir de ce que Thomas Muntzer et bien d'autres utopistes aient tenté d'établir le Royaume de Dieu sur terre ? Ce n'est pas certain. Les utopies, qu'elles soient religieuses ou non, ont souvent conduit à la construction artificielle de « modèles » de société et de cités prétendument parfaites qui, en fait, étaient passablement terrifiantes. Que l'on pense aux communautés créées par certaines sectes.

 

Ces deux points nous conduiraient donc à considérer que le christianisme, parce qu'il se réfère à une utopie extra mondaine, conduit inévitablement soit à une fuite vers un au-delà sans aucune implication éthique soit à des conduites fanatiques.

 

Mais c'est ici qu'il faut faire une distinction fondamentale. En fait, le judaïsme et le christianisme ne se réfèrent pas à une utopie mais plutôt à des promesses faites par des prophètes. Et ce n'est pas la même chose.

 

En fait, la promesse du Royaume a un rôle d'« attracteur ». Elle fait germer le Royaume dans ce monde. Elle  oriente l'histoire vers le futur et elle l'aimante vers une Cité de justice et de plénitude. C'est là d'ailleurs le message de la « théologie de l'espérance » de Moltmann (théologien protestant du XXe siècle) et de la « théologie de la libération » de Gutierrez (théologien catholique du XXe siècle).

 

La religion, l'opium du peuple ?

 

Venons-en au propos de Marx le plus connu. « La détresse religieuse est pour une part l'expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, la chaleur d'un monde sans c�ur comme elle est l'esprit des catégories sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple »

 

On ne retient en général de ce propos que le mot « opium ». Mais il faut se rappeler que, même si aujourd'hui, l'opium est une drogue dont les effets annihilent la volonté et les facultés intellectuelles, il n'en était rien à l'époque de Marx. Au XIXe siècle, l'opium était un médicament utilisé comme analgésique.

 

En fait, dans le contexte de la phrase de Marx, la religion est plutôt l'expression de la souffrance et même, comme il le dit, une « protestation » contre cette souffrance. En fait, si la religion soulage et peut être comparée à un opium, c'est de la même manière que le « soupir » soulage de l'épreuve et que la « protestation » contre sa détresse soulage de cette détresse.

 

La politique, nouvelle « vêture » de la religion ?

 

Dans bien des milieux populaires et sous-développés (en Afrique et en Amérique du sud en particulier), la religion a souvent été à l'origine d'une « conscientisation », et par là même d'une solidarité et d'un engagement libérateur. Et dans les milieux bourgeois et privilégiés, elle a également favorisé une forme de souci et de scrupule à propos des inégalités et des injustices.

J'ajoute un autre point. La religion, me semble-t-il, engendre l'action politique comme la chrysalide engendre le papillon. Expliquons-nous. De fait, lorsque la religion engendre chez le croyant le sens de l'action politique, bien souvent, la chrysalide de ses convictions religieuses finit par mourir. Il n'en reste pas moins que ce sont ces convictions qui ont fait naître le papillon de l'engagement politique.
Ainsi, par exemple les enfants de pasteurs perdent le plus souvent la foi de leur enfance mais, en revanche, ils sont souvent engagés, de manière militante ou professionnelle, dans des activités sociales ou politiques. Ils expriment ainsi à découvert le sous bassement de l'engagement religieux de leur père.
Et beaucoup de ceux qui ont été élevé dans la foi suivent un chemin comparable. Ainsi les Jospin, Rocard et autres sont devenus athées, mais leur engagement politique exprime l'héritage de ce qu'ils ont reçu dans les paroisses et le scoutisme.
Comme le dit Marcel Gauchet : « La religion a été l'habit multi-séculaire d'une structure anthropologique profonde qui, les religions défaites, n'en continue pas moins à jouer sous une autre vêture ». Et l'action politique est souvent cette nouvelle vêture de la religion « défaite ».

 

Pour détourner la célèbre formule de Marcel Gauchet : la religion de la sortie de la religion pourrait être l'engagement politique. 

 

                                    

 

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