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Ponce Pilate et le sale boulot

 

 

 

Alain Houziaux

 

28 janvier 2008
Les officiers des troupes en opération
et les chefs du personnel (les DRH) des entreprises d'aujourd'hui ont un point commun. Ils savent ce que c'est que le « sale boulot ». Par exemple, faire parler les fellagas ou de modestes villageoises, c'était du sale boulot. Et de même, licencier, pour des raisons impératives (bien sûr !) un homme de 55 ans, c'est du sale boulot. Le sale boulot, c'est le boulot que l'on est obligé de faire (croit-on) et que l'on fait à contre coeur.

Ponce Pilate pourrait être le patron de toutes les corporations où il faut faire du sale boulot. A contre coeur, il a dû faire crucifier Jésus dont il savait au fond de lui-même qu'il était innocent. Il a dû le faire,la mort dans l'âme, pour satisfaire les chefs des prêtres et aussi la populace qui criait « à mort ». Il a dû le faire aussi pour satisfaire aux exigences de la politique de collaboration entre les autorités du Temple de Jérusalem et les légats de Rome. Il a dû le faire aussi pour anéantir ce Jésus qui, qu'il le veuille ou non, aurait pu devenir le ferment d'une révolte populaire contre Rome et le Temple.

On retrouve chez tous ceux qui ont à faire du sale boulot des processus d'autojustification qui sont toujours les mêmes.

 

- L'alibi de l'impuissance. « On ne peut pas faire autrement ; on voudrait bien, mais... ». Il faut se soumettre aux ordres que l'on reçoit. Il y va de l'intérêt supérieur de la nation, de l'entreprise, de la cause que l'on a mission de défendre.

L'impuissance, c'est l'argument de ceux qui, quelques fois par stratégie, quelques fois avec sincérité, se dévalorisent, se discréditent et arguent de la faiblesse des moyens et de l'autorité dont ils disposent. « Moi, je voudrais bien, mais "ils" ne m'écouteront pas ; je n'y peux rien ».

Ainsi, par un étrange paradoxe, celui qui accepte de faire le sale boulot cherche souvent à se faire passer pour une victime. La victime, ce n'est pas celui qu'il va falloir liquider, c'est celui qui doit consentir à faire le sale boulot. Et, du coup, ensuite, sa triste mission accomplie, il faudra qu'il se requinque avec un petit verre d'alcool ou en quêtant la compréhension et le soutien des autres qui diront, entre deux soupirs, que, de fait, il est bien à plaindre.

 

- Il y a aussi l'alibi du « Il faut suivre les règles ». Il faut se conformer à la loi du groupe auquel on appartient. Il faut suivre les objectifs qui vous ont été fixés. C'est l'argument du « normopathe », pour reprendre le mot de Christophe Dejours dans son livre Souffrances en France. Le normopathe, c'est celui dont la pathologie est de ne pas savoir se démarquer de la loi du groupe.

 

- Il y a aussi l'alibi du « le mal est nécessaire ». C'est ce que dit Caïphe, l'allié de Ponce Pilate, dans l'affaire Jésus. « Il vaut mieux qu'un seul meure et que l'ensemble du pays ne périsse pas ». Si on laisse Jésus continuer à prêcher, cela va faire de l'agitation et cela finira par une révolte contre Rome qu'il faudra bien châtier dans le sang. Et ce sera mauvais pour tout le monde (de fait, quelques années après la mort de Jésus, Ponce Pilate fut muté d'office par Rome pour avoir dû réprimer de manière sanglante une révolte des Samaritains). L'alibi du « le mal est nécessaire » se module très souvent par ce que l'on appelle « l'argument de Caïphe ou de Touvier », le collaborateur de la dernière guerre. « J'ai dû consentir à crucifier Jésus, mais c'était pour éviter l'extermination possible de centaines du Juifs ». « J'ai dû consentir à fusilier cinq Juifs, mais c'était la seule manière d'en sauver cent ». « J'ai dû consentir à licencier Monsieur Dupont, mais c'était pour sauver l'entreprise ».

 

- Il y a aussi l'alibi du « J'ai tout fait pour qu'on n'en vienne pas là ». C'est particulièrement clair dans le cas de Ponce Pilate qui a tout fait pour faire libérer Jésus, et qui de ce fait peut se laver les mains de l'acte qu'il est forcé d'exécuter ; « Je suis innocent du sang de cet homme ». De fait, ceux qui ont à faire du sale boulot (que ce soient les DRH ou les officiers de la Légion) font souvent profession d'être humaniste, voire idéaliste et adhèrent volontiers à des mouvements tels que le MCC à la recherche d'une éthique chrétienne. Plus on a à faire du sale boulot, plus il est nécessaire de faire profession de son sens moral et de la justice.

 

- Il y a enfin l'alibi du « Je ne vais tout de même pas accepter de passer pour un lâche ». Celui qui refuserait de faire le sale boulot passerait pour un dégonflé. En fait, c'est faire preuve de courage et de virilité que d'accepter de faire du sale boulot. Un vrai « para », « celui qui en a », c'est celui qui accepte de faire du sale boulot. Il y a ainsi une sorte de retournement. des valeurs. La cruauté est présentée comme une forme de courage et d'abnégation.

 

Pour une éthique de la désobéissance

En contrepartie de cette « éthique » du sale boulot accepté, il faut avoir le courage de prêcher une éthique de la désobéissance. Refuser purement et simplement de faire le sale boulot. La désobéissance, c'est faire « un pas dans la nuit », un pas sans savoir où on va et quels risques on prend. On présente souvent le désobéissance comme une forme d'obéissance à un idéal plus noble et plus élevé. Mais en fait, bien souvent, il n'en est rien. La désobéissance est un acte de refus pur et simple. On refuse ce qu'on vous demande de faire sans rentrer dans l'argumentation de ceux qui vous disent « On ne peut pas faire autrement » et sans même pouvoir proposer une autre alternative. C'est dire « Je dis non parce que je dis non ».

Le premier acte de Moïse lorsqu'il s'est dressé contre un contre maître égyptien qui frappait l'un de ses frères me paraît être le prototype des actes de désobéissance et d'objection de conscience. Et c'était effectivement « un pas dans la nuit », autrement dit une prise de risque considérable, sans savoir où cela pourrait le mener. Ce n'est qu'après coup que Moïse, tout comme le général de Gaulle en 1940, a fait de sa désobéissance une vocation et une mission au service d'un projet.

Cette objection de conscience n'est possible que pour ceux qui sont dotés d'un solide individualisme et également d'un réel désintéressement par rapport à eux-mêmes. L'individualisme, c'est le fait de ne pas avoir besoin de se référer à une obéissance à un bien supérieur pour désobéir à ce que l'on refuse d'accepter. L'individualiste ne se préoccupe que de sa conscience individuelle. Moïse s'est toujours montré individualiste, même par rapport à son peuple (lorsqu'il brise les Tables de la Loi qui lui étaient destinées) et même par rapport à Dieu (puisqu'il accepte, en brisant ces Tables, de s'opposer au Dieu qui les lui a confiées).
On oppose souvent l'éthique de conviction à l'éthique de responsabilité en les considérant l'une et l'autre comme légitimes. Mais, en général, dans la vie professionnelle, il n'y a pas le choix entre éthique de conviction et éthique de responsabilité, mais seulement entre désobéissance et acceptation de faire le sale boulot.

 

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