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Caricature de Plantu, Le Monde du 30 novembre 2017


Le pape François en Birmanie

 

Claudine Castelnau

 

 

4 décembre 2017

Les médias ont suivi pas à pas la semaine passée le vingt-et-unième voyage hors du Vatican du pape François en Birmanie. Un voyage à haut risque dans un pays en proie aux turbulences et aux violences racistes. Gouverné par une junte militaire qui tient les ministères les plus importants et dirige de fait le pays et une première ministre démocrate si décevante, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, qui bien qu’ayant gagné les élections semble tellement indifférente au drame qui se joue. Elle s’est toujours abstenue de critiquer la répression et désespère ceux qui en Occident l’ont soutenue de si longues années.

Est-ce, comme le suggère un article de La Croix que « les militaires utiliseraient le drame des Rohingyas pour [la] fragiliser et la priver du soutien de la communauté internationale dans le but de pouvoir plus facilement renverser celle qu’ils avaient laissée accéder démocratiquement au pouvoir en 2012, après une longue période de dictature ? » La Croix qui rappelle que ces militaires birmans sont accusés par l’ONU de répression et même de « nettoyage ethnique » contre la minorité musulmane des Rohingyas, installée depuis des générations dans l’État Rakhine (à l’ouest de la Birmanie), une population considérée comme des « sous-hommes avec l’intention non seulement de les pousser en dehors du pays, mais aussi de les empêcher de revenir chez eux. »

Ces « attaques brutales (...) bien organisées, coordonnées et systématiques » auraient entraîné la fuite au Bangladesh voisin de plus d’un demi-million de Rohingyas considérés comme apatrides, c’est-à-dire à qui on refuse l’identité birmane.

L’éditorial du Monde, le 30 novembre évoquait « l’impitoyable répression qui frappent les Rohingyas [...]  Depuis août, à coups d’exécutions sommaires, de viols, et de déplacements forcés les militaires birmans se livrent à un véritable “nettoyage ethnique”. »  Et Le Monde relevait que « pour la plupart des Birmans, encouragés à la haine par une fraction du clergé bouddhiste – 88 % de la population appartient à cette religion –, les Rohingyas sont des immigrés et, pour certains, des “ terroristes”. »

Ainsi, devant un parterre de militaires et en présence de Aung San Suu Kyi, le pape n’a pas hésité a appeler au « respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison. L’avenir du Myanmar [Birmanie] doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité, sur le respect de l’Etat de droit et d’un ordre démocratique qui permette à chaque individu et à tout groupe – aucun n’étant exclu – d’offrir sa contribution légitime au bien commun. »

 


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Avant de quitter la Birmanie pour le Bangladesh, le pape a rencontré dans une pagode de Rangoun, le Conseil de la Sangha, une institution créée par la junte militaire en 1980 pour administrer et contrôler les 500 000 moines bouddhistes du pays qu’il a encouragé à s’engager dans un dialogue interreligieux pour venir à bout des tensions confessionnelles et « dépasser toutes les formes d’incompréhension, d’intolérance, de préjugé, de haine. »
La Croix écrit : « C’est en mettant en parallèle Bouddha et saint François d’Assise que le pape a interpellé les responsables des moines bouddhistes birmans : Elimine la colère avec l’absence de colère, vaincs le méchant avec la bonté, défais l’avare avec la générosité, vaincs le menteur avec la vérité », a rappelé François, citant le Dhammapada, rapprochant cet ancien texte bouddhique de la prière du saint d’Assise : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine que je porte l’amour, là où est l’offense que je porte le pardon... ».

François avait aussi la veille rencontré un moine bouddhiste radical Sitagu Sayadaw, proche du mouvement ultranationaliste et islamophobe Ma Ba Tha et qui soutient les lois contre les minorités ethniques. Le site newmandala rappelait le 13 novembre dernier que lors d’un sermon le 30 octobre, ce moine bouddhiste birman « avait paru suggérer que le meurtre de ceux qui ne sont pas bouddhistes pouvait être justifié par le fait qu’ils n’étaient pas complètement humains ou pas humains du tout. » Et aux 150 000 catholiques rencontrés en Birmanie lors d’une messe à Rangoun le pape a demandé d’être disponibles pour le dialogue. 

 

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Fortement critiqué par la communauté internationale pour s’être abstenu de prononcer le nom de Rohingya lors de sa visite en Birmanie, le pape François les a finalement cités à plusieurs reprises lorsqu’il était au Bangladesh où plusieurs centaines de millions de Rohingyas (on parle de 600 000) ont fui et il en a rencontré un petit groupe venu d’un camp de réfugiés où ils s’entassent dans des conditions déplorables. Il était temps ! L’occasion enfin de les écouter raconter leur drame.
« Rappelant alors à ces musulmans que, pour les chrétiens, l’homme est “créé à l’image de Dieu ”, le pape a souligné qu’il faut faire “voir au monde ce que l’égoïsme du monde fait à l’image de Dieu” ». La présence de Dieu dans le monde, aujourd’hui, s’appelle aussi Rohingyas. »

 


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Le dimanche 3 décembre, la correspondante du Monde était dans l’avion qui ramenait le pape depuis le Bangladesh, seconde partie de cette visite asiatique de six jours. Devant les journalistes qui l’accompagnaient, « le pape est revenu sur le reproche qui lui a été fait de ne pas employe la dénomination “Rohingya” sur le sol birman, alors même qu’il était venu plaider leur cause auprès des autorités, écrit Le Monde Pour l’État birman, qui refuse leur refuse la nationalité, et pour une bonne partie de la population, en grande majorité bouddhiste, qui les considère comme des immigrés illégaux venus du Bangladesh, les appeler ainsi revient à les reconnaître comme une composante de la mosaïque ethnique et culturelle birmane, ce qu’ils refusent. »

Le pape s’est défendu en rappelant qu’il avait parlé des Rohingyas plusieurs fois place Saint-Pierre, mais que s’il l’avait fait dans un discours officiel en Birmanie, « le message ne serait pas passé. » Mais il a insisté sur sa rencontre avec le chef de l’armée birmane : « Je n’ai pas négocié la vérité. Je l’ai fait de telle sorte qu’il comprenne un peu que la voie des époques sombres [la dictature militaire ?], aujourd’hui, n’est pas viable. Ça a été une belle rencontre, civilisée, et le message est parvenu. »

Enfin, il y a eu cette rencontre de réfugiés rohingyas, à Dacca, au Bangladesh. Une rencontre dont le pape a dit qu’elle était une « condition du voyage ».
Et Le Monde reprend le récit du pape : « Ils sont venus me saluer, en file indienne. Et subitement on a voulu les chasser de l’estrade et là, je me suis mis en colère. […] Et ils sont restés là. Je les ai écoutés un à un. Je commençais à sentir des choses à l’intérieur de moi. Je me suis dit : je ne peux pas les laisser partir sans leur dire un mot. J’ai demandé le micro. J’ai commencé à parler, je ne me souviens plus ce que j’ai dit. Je sais qu’à un certain moment j’ai demandé pardon. A deux reprises. A ce moment je pleurais, je cherchais à ce que cela ne se voit pas. Eux pleuraient aussi. L’un d’entre eux a dit une prière.  J’ai senti que le message était passé. »

Puis il a rendu hommage au Bangladesh qui accueille sur son sol, dans des camps de réfugiés, ces Rohingyas fuyant les persécutions : « C’est grand, ce que fait le Bangladesh pour eux est grand, un exemple d’accueil. Un pays petit, pauvre, qui a reçu 700 000 personnes [depuis l’été].  Je pense aux pays qui ferment les portes. Nous devons être  reconnaissants de l’exemple qu’ils nous ont donné. »

Et quand on interroge le pape sur l’existence de groupes islamistes parmi les Rohingyas, qui justifieraient l’intervention des militaires [birmans], il répond que oui, mais « comme dans toutes les religions, il y a toujours un groupe fondamentaliste. Nous aussi les catholiques, nous en avons. »

 


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