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L'institution de la cène
et la nuit du 4 août

 

Alain Houziaux

 

14 août 2007
La veille de sa mort, Jésus célèbre
, non pas l'eucharistie chrétienne, mais le repas de la Pâque juive (le seder). Il reprend le rituel de ce repas mais en y apportant trois modifications fondamentales (cf S. Ben Chorin, Mon frère Jésus, Seuil 1967, pages 145 et suivantes).

 

1 - Avant le début du repas de seder, un esclave ou le plus jeune des fils apportait à celui qui présidait le repas un bassin d'eau pour qu'il puisse se laver rituellement les mains. Mais, avec Jésus, c'est le contraire. C'est, Jésus, lui qui préside, qui lave non pas les mains, mais les pieds de ses disciples (Jean 13,1-6), ce qui est une marque d'humilité bien plus grande encore.

 

2 - Lors du repas de la Pâque juive, le président du repas donnait en nourriture aux participants trois galettes de pain azyme (mazza au singulier, mazzoth au pluriel) qui représentaient chacune le « corps » (la corporation) des prêtres, le « corps » des lévites et le « corps » du peuple d'Israël lui-même.

 

Jésus, lui, utilise une seule galette. Il veut ainsi montrer l'unité du Judaïsme et récuser toute distinction entre des « castes » ou des « corps » différents. Il instaure une forme de sacerdoce universel et de démocratie égalitaire et spirituelle.

 

Ainsi, la galette unique que Jésus utilise représente le judaïsme dans son ensemble. Au moment où il dit « ceci est mon corps » en montrant cette galette, il ne veut bien évidemment pas dire que cette galette contient son corps physique ! Il identifie son « corps » (c'est-à-dire la substance de ce qu'il est), non pas à la galette elle-même, mais à ce qu'elle représente, c'est-à-dire le judaïsme dans son ensemble.
Il n'y a pas à en douter. Si, en montrant le drapeau français, je dis « ceci, c'est ma chair et mon sang », il est bien clair que je ne dis pas que le morceau du tissu du drapeau contient ma chair et mon sang. Je veux dire que le service de la France, c'est ma vocation et ma vie. Ainsi, quand Jésus dit en montrant la mazza « ceci est mon corp », il veut dire que la mission qu'il doit incarner dans sa chair et son sang, c'est la mission du peuple d'Israël dans son ensemble. Il dit qu'il veut assumer, en lui-même (dans sa vie, sa mort et son corps rompu) la fonction des prêtres (offrir les sacrifices), celle des lévites (célébrer la liturgie) et celle du peuple lui-même (servir Dieu et obéir à sa loi). Il rappelle aussi que, puisqu'il est de la race de David et puisqu'il descend de toute une lignée qui traverse toute l'histoire d'Israël (cf la généalogie de Jésus de Mat 1,1-17), il porte dans son corps la sève de tout le peuple d'Israël depuis ses origines.

 

Ainsi, lorsque Jésus, dit « ceci est mon corps » en montrant la mazza, il identifie son corps à la mazza ou plutôt à ce qu'elle représente. Il veut dire : « ce que représente cette mazza (c'est-à-dire le peuple d'Israël, sa sève, son histoire et sa mission), c'est ce que je porte en moi et dans mon corps ».

 

Ajoutons ceci. A l'époque de Jésus, certains pensaient qu'Israël avait à assumer une fonction sacrificielle et que les souffrances qu'il endurait avaient une valeur rédemptrice. Plus précisément, on pensait, en se fondant sur Esaïe 53, que cette mission sacrificielle du peuple d'Israël devait être assumée par une seule personne (appelée le Serviteur de l'Eternel) au nom d'Israël tout entier. Selon Esaïe 53,11, ce Serviteur devait s'offrir en sacrifice pour expier les « fautes des multitudes ». Et Jésus considère qu'il a à accomplir, dans son corps et par sa mort sur la croix, cette mission sacrificielle du Serviteur. Et c'est pourquoi, en montrant la mazza qui représente le peuple d'Israël, il dit « voici mon corps rompu pour vous », autrement dit « mon sacrifice, c'est celui du peuple d'Israël dans son ensemble ».

 

3 - Dans le rituel du repas de la Pâque juive, l'officiant élevait successivement quatre coupes de vin, chacune ayant sa signification propre. L'élévation de la quatrième coupe était accompagnée de la formule rituelle : « Ô Dieu, répands ta colère sur les peuples qui ne te reconnaissent pas » Psaume 79,6. En effet le peuple juif attendait la venue du Jugement de Dieu (le Jour de Yavhé) qui devait être une délivrance pour Israël et une condamnation (un jour de colère) pour ses ennemis (les puissantes nations des alentours) qui, depuis des siècles, l'avaient asservi et méprisé.

 

Ici encore, Jésus retourne le sens du rituel du repas de seder. Il utilise seulement une coupe et substitue à la formule de malédiction cette phrase qui, reprenant les mots d'Esaïe 53,11, dit exactement l'inverse : « Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang versé pour une multitude » Marc 14,24, c'est-à-dire non seulement pour le peuple juif, mais pour l'ensemble de l'humanité.

 

Quel sens politique peut-on donner aux trois modifications (et révolutions !) apportées par Jésus au repas de seder ?
Primo, Jésus montre que tout « ministre » (accomplissant un service religieux ou public) doit se considérer non comme un maître qu'on honore mais comme le serviteur de ceux pour lesquels il accomplit son service.
Secondo, Jésus, en unissant les trois mazott (celle des prêtres, celle des lévites et celle du peuple) en une seule affirme l'égalité et l'unité de tous, quelles que soient les différences et les hiérarchies sociales et religieuses. Ainsi il anticipe la Nuit du 4 août 1789 ! Tertio, Jésus énonce clairement le principe de l'universalisme : le salut est pour tous, Juifs ou non Juifs ; tous les hommes bénéficient des mêmes droits et sont au bénéfice de la même grâce.

 

La place du sacrifice en politique

Ainsi, le repas que célèbre Jésus annonce sa mort (son corps rompu, son sang versé) qui est présenté comme un sacrifice salvateur. De fait la mise à mort de Jésus a sauvé le peuple juif. Elle a sans doute évité une révolte des Juifs contre l'occupant romain qui aurait été matée dans le sang. Caïphe a vu juste en disant : « Il vaut mieux qu'un seul meure et que le peuple ne périsse pas » Jean 11,50. Comme le dit René Girard, la violence collective s'est polarisée sur une victime (un bouc émissaire) qui a été sacrifiée. Et le corps social a ainsi retrouvé son équilibre et son unité.

 

Le repas de eder, où Jésus annonce son sacrifice, crée une communauté entre les Douze, et celle-ci donnera naissance à l'Eglise. Le sacrifice du corps du Christ donne « corps » à l'Eglise. De fait, depuis la plus lointaine antiquité, toute fondation d'une cité nouvelle se faisait sur la pierre angulaire d'un sacrifice. René Girard dit que la réconciliation entre frères séparés ne peut se faire que grâce à la mise à mort sacrificielle de ce qui suscite leur rivalité mimétique.

 

Ainsi tout processus d'union se fait autour d'un sacrifice. En 2002, les voix de la Gauche et celles de la Droite se sont réconciliées pour exclure et sacrifier Le Pen. En 2006, l'auto-sacrifice de Lionel Jospin a permis la réconciliation du Parti socialiste autour de Ségolène Royal et la promotion de cette dernière. De même, la Droite a « sacrifié » Jacques Chirac pour s'unir derrière Nicolas Sarkozy. Peut-être que demain verra un nouveau sacrifice (de qui ?) qui permettra l'émergence d'une nouvelle majorité autour de François Bayrou, par exemple !

 


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