
112 pages – 11 €
Recension Gilles Castelnau
Le pasteur Jean-Pierre Julian parcourt les montagnes des Cévennes, les plages du Languedoc et nage dans la Méditerranée, découvre des grottes… et toujours il parle à Dieu – ou au Christ – et raconte paisiblement ce qu’il fait ce qu’il voit, ce qu’il pense, à quoi il réfléchit, les questions qu’il se pose.
Il ne reçoit évidemment pas de réponse mais ces « conversations » lui font prendre conscience de lui-même, de sa foi et de ce qu’il appelle son cœur, son âme et son Esprit. Il consacre à chacun un chapitre lui-même divisé en trois fois trois paragraphes.
Il pense que ce genre de rédaction, de « parcours initiatique », qui l’a tellement éclairé sur lui-même, ne saurait manquer d’en être de même pour ses lecteurs et pour « toute personne désireuse d’approfondir le sens de sa vie »
En voici des exemples :
Une histoire de cœur
La grotte
C’est comme avec toi. J’ai pris l’habitude de tout te confier, du plus intime au plus banal. Depuis cet appel, j’ai pris conscience de ton existence, de ta présence dans ma vie, mais aussi dans cette création, dans cet immense univers. Je te perçois comme une réalité invisible et concrète, insaisissable et pouvant nous saisir.
Comment cela est-il possible ?
Je t’entends et je ne peux te localiser. Je perçois ta présence et je ne sais ni d’où elle vient, ni l’épaisseur de celle-ci. Voilà un vrai mystère. Ce mystère perdure toujours après plus de trente ans de vie commune avec toi. Je n’ai pas pu l’élucider. Dois-je le faire ? Une double évidence s’est imposée. Depuis ma plus tendre enfance, je ne t’écoutais pas, je te tournais le dos, je n’imaginais même pas ton existence. Il n’en était pas de même pour toi. Tu me connaissais déjà dans le ventre de ma mère. J’en suis convaincu. Maintenant, enfin, je t’écoute.
La pause casse-croute
Je sors mes deux sandwichs. Comme à mon habitude, je te rends grâce avant de manger. Ce bénédicité est une manière de nous souvenir de ta présence et de nous émerveiller de la générosité de cette nature, de cet air que nous respirons, de cette eau si vitale pour tous les êtres vivants. D’un côté, tu nous encourages à te rendre grâce de tous ces bienfaits dont nous bénéficions et, d’un autre côté, dans l’évangile selon Matthieu, tu nous encourages à renoncer à nous-mêmes.
Cela m’interpelle. N’est-ce pas contradictoire ? L’expression, renoncer à soi-même, est-elle bien choisie ? Je réfléchis.
Vague à l’âme
La maison arc-en-ciel
Mon âme est belle par ta présence, par ton odeur. Mon âme est humble par ton amour qui exhale. Mon âme est joyeuse d’être à toi. Oui, il y a de la joie et de l’émerveillement à inscrire nos vies dans le sillage de ta vie. Il y a de la paix et de la confiance à se savoir soutenus par ta présence discrète mais ô combien puissante.
Voyage au centre de l’univers
Tu es l’humanité. Je suis issu de toi. Je suis en toi.
Mes yeux plongent dans ton regard. Me voici en train de contempler notre galaxie. Nous l’appelons la voie lactée. Mon champ de vision s’élargit, d’autres galaxies défilent devant mes yeux. Il me semble remonter le temps. Le temps existe-t-il vraiment pour toi ? Je relativise. Je prends conscience de l’étroitesse de mon esprit. Trop souvent le but de mes actions était de me mirer, de me contempler, de m’auto-suffire. Je me retourne et j’aperçois la terre, notre terre, petite boule bleue perdue dans un univers sans fin ni commencement.
L’atelier de sculptures
Je comprends. Tu me pousses à revisiter, une nouvelle fois, ce récit de Genèse 3. Allons-y. Dans ce jardin d’Éden, lorsque nous avons choisi de t’être infidèles, nous nous sommes éloignés de toi sans mesurer le vide de ton absence dans notre vie.
Depuis lors, nous comblons le vide de ton absence par toutes sortes d’artifices.
Nous nous démenons pour alimenter ce vide, en vain. Et pour cause, il ne peut l’être que par toi. Tu l’alimentes chaque seconde, chaque heure, chaque jour par ton Esprit, ta présence, ta parole, ton amour.
[…]
Ô Mon âme, bénis l’éternel et n’oublie aucun de ses bienfaits !
Mon esprit siffle la fin de partie. Le voyage dans les profondeurs de mon âme s’interrompt. Mon imagination se met en retrait. Elle vient se lover près de mon esprit.
Il y a un temps pour tout. Un temps pour rêver, songer, imaginer et un temps pour se mouvoir, pour aller à la rencontre des autres, de notre prochain.
La force de l’Esprit
La plage
Je marche seul. Sur cette plage quasi déserte, il fait beau, le vent souffle sur mon visage. Le soleil se lève à peine. J’écoute de la musique classique avec mes écouteurs.
Je me souviens de ta rencontre avec les disciples avant de faire ton ascension. Tu soufflas sur eux l’Esprit saint, puis tu les envoyas de par le monde annoncer la bonne nouvelle de ta venue, de ton œuvre sur la croix, de ta libération pour nous tous. Tu soufflas sur eux le Saint Esprit.
Je n’avais jamais remarqué cette extériorité de l’Esprit saint.
Je devrais plutôt dire de ton Souffle saint. Il est toi. Il est lui. Tu es surtout insaisissable mais ô combien acteur et actif. Je marche seul sur cette plage d’un bon pas. Le vent est imprévisible. Il souffle où il veut. Je me souviens d’un autre récit en Genèse 2. Tu insufflas ton souffle de vie dans l’être humain et il devint un être vivant.
Je réalise. Je vis.
Grâce à ce souffle remplissant mes poumons, je puis penser, réfléchir, agir. Cet acte d’inspirer et d’expirer est tellement banal, nous en oublions son caractère essentiel. Je range mes écouteurs dans ma poche. J’écoute le vent. Tout cela nous apparaîttellement naturel. Nous sommes un miracle permanent sans le savoir.
Une baignade improvisée
Je suis toujours assis sur le bord de cette plage. Je prends une grande décision. Je me déchausse et me dévêtis. Je suis en maillot et j’entre dans l’eau fraîche de cette mer paisible. J’ai la chair de poule. L’eau arrive à mon torse, puis mes épaules, un grand frisson parcourt tout le corps. Seule ma tête est hors de l’eau. Je plie les jambes, ma tête est sous l’eau. Je vois des petits poissons s’agitant autour de moi. Je ferme les yeux.
Je nage sous l’eau.
Je me souviens de ta parole : celui qui ne haït pas sa propre vie n’est pas digne de moi. Je ne veux plus de cette vie jalouse des autres, prête à détruire les concurrents, prête à soumettre le prochain à mes moindres désirs. Oui, Je hais cette vie qui n’a pas d’avenir.
J’arrête de nager.
Le temps semble s’arrêter. Je comprends. J’ai été baptisé en ton nom. Je t’appartiens. Je suis sous ton autorité. J’ai été baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ton autorité de Père, de Fils et d’Esprit saint règne dans mon cœur, mon âme et ma force. Ta vie règne dans ma vie. Je vis de toi, en toi, pour toi.
Je n’ai plus d’air.
Mes pieds me propulsent. La tête et le torse sortent de l’eau. Je prends une grande respiration. Je respire. Je te respire. Enfin, je te respire !
La course effrénée
Je sors de l’eau, et je décide de courir sur la plage de toutes mes forces et le plus rapidement possible. Je m’essouffle, je continue. Je m’arrête et pose mes mains sur le haut de mes genoux pour reprendre mon souffle. Je cours à nouveau. Je me réchauffe.
Je stoppe net. Je réalise.
Il me suffit de te respirer pour vivre en toi, de toi, avec toi, pour toi. Une jubilation profonde m’envahit. Mon être est le lieu de ta résidence. Nos corps sont le temple de ta présence. Le prophète Jérémie nous avait avertis longtemps à l’avance en nous disant : « Voici ma nouvelle alliance : je mettrai ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirai sur leur cœur ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Celui-ci n’instruira plus son prochain, ni celui-là son frère en disant : « Connaissez l’Éternel ! » Car tous me connaîtront, depuis le plus petit d’entre eux jusqu’au plus grand, dit l’Éternel. Je pardonnerai leur foute, je ne me souviendrai plus de leur péché. (Jér. 1.33-34)
C’est fou comme tout semble se mettre en place dans mon être. Je me sens à ma place sur cette terre, dans cette vie. Mes sens sont tous en éveil.
Le sens de ma vie c’est toi parce que tu en es l’essence.
Cette parole de Jérémie illumine mon esprit. Je repars en petites foulées vers mes affaires que j’avais laissées au bord de la plage. Il est temps de me vêtir pour ne pas prendre froid.
Nous sommes en toi. Je suis en toi. Tu es en nous, en moi.
Épilogue
La surprise lorsque je suis arrivé au terme de ce projet d’écriture est double. Premièrement, il persiste un sentiment d’avoir été moi-même dépassé par la réflexion proposée.
Le décentrement de soi était un choix d’écriture. Mais le fait de prendre la posture d’une personne s’adressant en toute liberté à celui en qui elle a placé toute sa confiance, a ouvert une brèche, laissant passer une lumière éclairant une facette de l’incarnation, jusqu’à ce jour non approfondie de ma part.
La seconde c’est la puissance de l’imagination qui par la force des images permet d’aller plus en profondeur dans le mystère de la passion. La force de la métaphore, de la parabole, de l’image-récit, c’est qu’elle ne se résout pas à ce qu’elle montre, à ce qu’elle dit, à ce qu’elle sous-entend. Il y a toujours du possible à interpréter, à réinterpréter.
Enfin, Le choix de rendre le récit le plus fluide possible m’a obligé à introduire dans ce voyage intérieur un récit dans le récit qui, au fil de l’écriture, prenait de plus en plus d’importance. Ce mariage de deux récits, tout en allégeant la pensée spirituelle, l’a, paradoxalement, enrichie par les allers-retours proposés, par les allusions.
Dans ce voyage intérieur vers l’horizon, j’ai vécu un déplacement intérieur plus profond que je ne pouvais l’imaginer. J’espère qu’il en sera de même pour toi, lecteur, et pour toute personne désireuse d’approfondir le sens de sa vie.
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