Dépasser le supranaturalisme sans réduire Dieu au monde
Le supranaturalisme représente Dieu comme un être supérieur appartenant à un autre monde et intervenant de l’extérieur dans le nôtre, ce que Nietzsche appelait les arrières-mondes. Pour Tillich, cette représentation fait de Dieu une cause particulière en concurrence avec les causes naturelles et historiques. La transcendance divine ne désigne pourtant pas une distance spatiale : Dieu transcende le monde parce qu’il en est le fondement inconditionné, non parce qu’il résiderait dans un ailleurs céleste.
Ainsi, reconnaître l’action de Dieu en Jésus ne suppose pas qu’une substance divine soit descendue du ciel pour s’ajouter à son humanité. Cela signifie que, dans cette existence pleinement humaine, la profondeur divine de l’être s’est manifestée avec une puissance singulière de réconciliation et de libération. Jésus peut dès lors être confessé comme porteur de l’Être nouveau sans être transformé en exception ontologique ou métaphysique à la condition humaine.
Refuser le supranaturalisme ne revient pas à adopter un naturalisme fermé pour lequel seul serait réel ce que les sciences peuvent mesurer ni même à assimiler Dieu au monde comme le fait Spinoza (Panthéisme). Tillich cherche une troisième voie, parfois qualifiée de naturalisme extatique ou auto-transcendant : la réalité naturelle possède une profondeur qui la dépasse sans qu’un second monde lui soit ajouté.
Il faut également distinguer la manifestation de Dieu d’une intervention causale. Dire que Dieu agit ne signifie pas nécessairement qu’il produit un événement inexplicable à la place des causes naturelles. L’action divine désigne la dimension ultime d’un événement, sa puissance de révélation et de transformation.
Le contresens serait donc de remplacer le Dieu supranaturaliste par un Dieu entièrement confondu avec la nature. Dieu n’est ni un être extérieur au monde ni la simple totalité du monde : il en est le fondement et la profondeur transcendante.
Références :
Paul Tillich, Théologie systématique, tome I, Raison et Révélation, particulièrement les passages où il oppose le supranaturalisme, le naturalisme et la conception « extatique » de la révélation. Pour l’application christologique : Théologie systématique, tome III, L’Existence et le Christ, section consacrée à l’apparition de l’Être nouveau en Jésus comme Christ.
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