L’évêque Mariann Budde et le Président Trump

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Article paru dans l’hebdomadaire Anglican Church Times
le 5 septembre 2025

Traduction Gilles Castelnau

Voir aussi sur ce site :

Le fameux sermon de Mariann Budde

La recension de son livre Apprendre le courage

Un article de Matthew Fox

« Appel à arroser une terre desséchée »

Il y a huit mois, l’évêque de Washington, la Très Révérende Mariann Edgar Budde, s’est faite l’écho des craintes éprouvées par ceux qui étaient inquiets de la seconde victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle. Lors de la cérémonie interreligieuse organisée dans la cathédrale nationale de Washington à l’occasion de l’investiture présidentielle, elle l’a directement adjuré de faire preuve de miséricorde envers les migrants, les enfants et toute la communauté LGBTQ+.

Elle en avait mesuré, en préparant ce sermon, l’impact qu’il aurait sans doute. Elle s’attendait évidemment à des critiques et à une certaine hostilité, mais elle ne s’imaginait pas recevoir un tel soutien venant de tous les États-Unis et du monde entier. 

« Voir autant de réactions positives m’a fait penser à la phrase du prophète Ésaïe : « J’arroserai cette terre desséchée. » » Ces réactions l’ont décidée, malgré ses craintes pour sa sécurité, à utiliser sa nouvelle notoriété internationale : « Je vais tout faire pour soutenir ceux qui disent toujours la même chose que moi, dans leurs églises et au sein de leurs communautés.

Il est clair qu’un seul sermon ne changera pas la face du monde. Il y faudra la participation de toutes les personnes prêtes de se dévouer à ces causes en un labeur quotidien. »

Il faudra commencer par dénoncer le danger du nationalisme chrétien qui s’approprie l’Évangile de façon malsaine à des fins politiques et au profit d’un groupe finalement très restreint. Le christianisme a été mêlé, à notre grande honte, au pouvoir politique, à l’esclavage et à la colonisation et à quantité de formes de déshumanisation.

Nous pouvons nous atteler à y remédier et c’est ce que je m’efforce de faire. » L’Église épiscopale doit se focaliser sur deux axes : la solidarité et la vérité. 

La solidarité se manifeste au quotidien dans les paroisses : accompagner les migrants lorsqu’ils sont convoqués par les services d’immigration d’ICE et les tribunaux, fournir nourriture et sécurité aux sans-abri. « C’est un travail ardu et épuisant, confie-t-elle, surtout dans un climat de peur et d’anxiété grandissantes. »

La tension est palpable dans les rues de la capitale américaine, suite au déploiement de la Garde nationale dans le cadre de ce que le président Trump a présenté comme une répression de la criminalité. D’autres États républicains envoient également leurs troupes en soutien à cette initiative.

Et l’évêque Budde précise sa vision des choses : « C’est surréaliste, pour être honnête… On dirait une opération de déportation, une véritable tentative de faire ce que le Président a toujours voulu, à savoir expulser le plus grand nombre possible de personnes sans papiers vivant dans notre pays… C’est terrifiant. Absolument terrifiant. »

Dire la vérité est un « travail à plein temps. Il y a tellement de contre-vérités, de mensonges flagrants, c’est épuisant. Et il est impossible de répondre à tout. Et je pense que cela fait partie de la stratégie, pour être honnête : chaque jour, il y a quelque chose de plus, destiné à déstabiliser les gens, à les rendre indécis quant à l’indignation à laquelle réagir ou à laquelle se fier.»

Invitée à imaginer à quoi ressembleront les États-Unis dans quatre ans, elle confie que son inquiétude concerne l’avenir de la démocratie dans le pays. 

[…]

A-t-elle des moments de désespoir, des larmes de colère ?
« Vous me demandez si je suis humaine ? Bien sûr que oui ! Je suis un être humain. »

[…] 

« L’espérance est une attitude que nous devons décider de vivre à nouveau chaque jour.  Elle est une discipline, une pratique spirituelle qu’il faut cultiver. La vie chrétienne n’est pas fondée sur une perfection qu’il faudrait vivre mais sur une promesse, celle de la Résurrection. La Résurrection n’est pas la disparition de la souffrance et de la mort disparaissent, elle est la possibilité qui nous est donnée de vivre dans l’espérance. Et c’est ce que je fais. »

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