Éditorial du Nouvel Obs
31 décembre 2025
Bien que la fatigue démocratique progresse dans le pays, il nous faut avoir la lucidité de ne surtout pas céder à la résignation. Car la guerre qui oppose forces progressistes et réactionnaires, démocraties et régimes autoritaires, se joue d’abord dans nos têtes, dans notre capacité à croire – et vouloir – que le combat pour les libertés et contre les injustices peut être mené.
Dans un monde saturé de discours simplificateurs, de récits biaisés et de manœuvres de désinformation, cette bataille se joue aussi dans notre volonté de défendre les faits, d’embrasser la complexité du réel, de choisir la nuance contre les affirmations simplistes.
Elle se joue, enfin, dans notre envie de faire exister d’autres récits que celui du déclin, dans notre souci de visibiliser les idées d’avenir et de mettre en valeur les solutions alternatives, celles qui nous permettent de continuer à imaginer un avenir en commun.
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Le sapin de Noël de Trafalgar Square à Londres
Un groupe de chrétiens de l’association Christian Climate Action (CCA) (Action chrétienne pour le climat) a remis, juste avant Noël, un sapin mort à l’ambassade de Norvège pour dénoncer les dégâts causés par les forages pétroliers norvégiens dans l’Atlantique Nord.
Le géant pétrolier Equinor, détenu majoritairement par l’État norvégien, prévoit de commencer le forage du champ pétrolier de Rosebank, malgré les objections des climatologues, des militants écologistes et des populations des pays du Sud.
Dans une lettre adressée à l’ambassadeur de Norvège, jointe au sapin, les membres de Christian Climate Action ont écrit : « Les émissions de CO2 de ce seul champ pétrolier pourraient équivaloir aux émissions annuelles cumulées des 28 pays les plus pauvres, qui abritent plus de 700 millions d’habitants. Et qui ne fera qu’aggraver la situation et la destruction de la planète. »
Le gouvernement britannique a suspendu la délivrance de permis pour les nouveaux gisements de pétrole et de gaz, mais le projet de Rosebank avait reçu le feu vert sous l’administration de Rishi Sunak (Premier ministre conservateur, battu en 2024). Un pasteur baptiste d’Oxford qui a participé à la livraison de l’arbre mort à l’ambassade de Norvège a déclaré : « Les énergies fossiles détruisent notre planète, ses habitants, la faune et la terre. C’est ce que représente cet arbre mort. Et nous le remettons à l’ambassade de Norvège la veille de l’illumination à Trafalgar Square du sapin offert au Royaume-Uni par la Norvège en remerciement de l’aide apportée par le Royaume-Uni pendant les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale. C’est un merveilleux cadeau qui apporte de la joie à des millions de personnes, mais l’histoire de Noël ne se résume pas aux guirlandes lumineuses, aux sapins et aux cadeaux. Elle parle de Dieu venant à travers un enfant né dans une cabane pour une famille bientôt réfugiée, à des kilomètres de chez elle. Il s’agit d’affronter l’obscurité et de voir que la lumière et l’espoir peuvent renaître. Nous sommes confrontés à une obscurité bien réelle et actuelle face à l’urgence climatique, dont nous avons été témoins directs lors de la tempête Bert. L’intervention du gouvernement norvégien et d’Equinor pour stopper la tempête Rosebank apporterait une véritable lueur d’espoir. »
Le don annuel du sapin de Trafalgar Square par la Norvège remonte à 1947, en reconnaissance du soutien britannique pendant la Seconde Guerre mondiale.
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Noël à Bethléem
« Lève-toi, brille Bethléem, car la lumière de la paix s’est de nouveau levée » C’est avec ces mots qu’a été allumé le sapin de la place de la Mangeoire à Bethléem – pour la première fois depuis deux ans. Le symbole était fort pour la ville de Cisjordanie qui avait annulé les festivités de Noël par solidarité avec Gaza. Le 23 décembre, des touristes sont revenus, des scouts ont défilé devant la basilique de la Nativité. Le lendemain, le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pizzaballa, est venu prononcer une homélie pour la paix, et le pasteur luthérien Munher Isaac (aujourd’hui à Ramallah) publiait ce message : « Si le monde chrétien doit honorer le sens de Noël, il doit tourner son regard vers Bethléem. Non pas l’imaginée, mais la vraie ville, une ville dont les habitants, aujourd’hui, réclament encore la justice, la dignité et la paix. »
Trois jours plus tôt, les autorités israéliennes avaient approuvé l’installation de 19 nouvelles colonies en Cisjordanie (dont une à la sortie est de Bethléem). La décision a aussitôt été condamnée par 14 pays, dont la France, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon, qui ont réitéré leur « claire opposition à toute forme d’annexion ainsi qu’au développement de la politique de colonisation ».
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Noël à Bethléem, c’était aussi une église bondée, plus d’une centaine de prêtres et évêques concélébrant, des dizaines de personnes debout : Bethléem a réuni de très nombreux fidèles, comme il ne s’en était plus vus depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Gaza était d’ailleurs au cœur des pensées du cardinal Pizzaballa qui, dans son prêche a rappelé les dévastations qu’il a vues la semaine dernière lors de sa visite à la paroisse de la Sainte Famille à Gaza où sont toujours réfugiées 400 personnes en attendant de pouvoir reconstruire. Et de reconstruction, il en a été aussi question dans la prédication du patriarche latin de Jérusalem : « La souffrance est encore présente à Gaza, a-t-il témoigné. Les familles vivent au milieu des décombres. L’avenir est encore fragile et incertain. Les blessures sont profondes ». Cependant, a asséné le cardinal soulignant la résilience des Gazaouis, ces situations difficiles « ne sont pas le fruit du destin, mais de choix politiques, de responsabilités humaines, de décisions qui souvent mettent les intérêts d’un petit nombre devant les intérêts de tous ».
Les deux années de guerre ont profondément marqué la vie des Palestiniens et plus particulièrement des plus vulnérables. Les conditions de nombreuses familles se sont détériorées pendant le conflit. Emplois perdus, insécurité permanente, mobilité restreinte, contrôles militaires renforcés, beaucoup se sentent prisonniers sur leur terre, et dominés. Or « Noël nous invite à porter le regard au-delà des logiques de domination, pour redécouvrir la force de l’amour, de la solidarité et de la justice », souligne le patriarche latin. Joseph et Marie aussi étaient vulnérables, dans une histoire qu’ils ne contrôlaient pas, donnant vie à un projet qui n’était pas le leur. Jésus nait « dans la nuit de l’humanité, dans l’incertitude et dans la peur ». Il est cette lumière qui contraste avec le pouvoir dominateur. Il envoie dans le monde une lumière qui vainc les ténèbres, le Seigneur qui « agit avec discrétion et accomplit ses promesses à travers des gestes ordinaires ».
La soif de paix de Bethléem s’est ressentie tout au long de la journée sur la place de la mangeoire. Les Bethléhémites étaient joyeux, heureux de pouvoir enfin célébrer Noël en défilant dans les rues, en chantant, en dansant au rythme des tambours et des fanfares lors de la longue procession qui a accompagné le cardinal Pizzaballa dans les rues de la vieille ville. La joie rencontrée par le patriarche sur son chemin s’est transformée en un appel à la responsabilité dans sa prédication : « La paix ne devient réelle que si elle trouve des cœurs disponibles pour l’accueillir, et des mains prêtes à la protéger », a-t-il affirmé. La Terre Sainte est un carrefour de peuples et de foi – en témoigne la mosquée qui jouxte la basilique de la Nativité-théâtre de tensions et de conflit qui en appellent à « la responsabilité des leaders locaux, de la communauté internationale, mais aussi, en commençant par moi, des autorités religieuses et morales ».
Et Mgr Pierbattista Pizzaballa de poursuivre, devant le vice-président de l’autorité palestinienne, Hussein Al-Sheikh, et des représentants du royaume de Jordanie : « Chaque geste de réconciliation, chaque parole qui n’alimente pas la haine, chaque choix qui met au centre la dignité de l’autre devient un lieu où la paix de Dieu prend chair. Ainsi la lumière de Bethléem passe ‘de cœur en cœur’, par des gestes simples, des paroles réconciliatrices, par des hommes et des femmes qui laissent l’Évangile s’incarner dans leurs vies ».
Bethléem en fête
Dès le début de l’après-midi […] l’unique lieu saint resté en territoire palestinien avait revêtu ses habits de fête : les rues se sont illuminées le soir tombé, des jeux de lumière ont été projetés sur les murs de la basilique, le grand sapin dressé sur la place de la mangeoire s’est allumé, abritant une grande crèche sous ses branches. Des vendeurs ambulants se sont installés, proposant aux passants des spécialités culinaires locales et du vin chaud. Un vrai petit marché de Noël a pris place, accueillant dans ses allées familles et bambins, chrétiens et musulmans. La nuit de Noël, la paix s’est emparée de Bethléem.
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