Le religieux dans la presse

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Une croix dans les Alpes-Maritimes
A la fin de la semaine dernière, Le Monde a publié un long reportage sur la résurgence de croix installées de manière illégale sur le domaine public dans les Alpes-Maritimes, les Hautes-Alpes avec un rappel de celle de Corse qui a fait le buzz cet été. Le journaliste a bien trouvé l’objet du délit sur les hauteurs de Saint-Jeannet, dans les Alpes-Maritimes, ou plutôt ce qu’il en reste : un poteau de bois d’à peine un mètre, au bord de la falaise, fiché dans un amas de pierres et trois lettres : REX (ROI).  La constatation est rapide : « C’est tout ce qu’il reste d’une grande croix élevée là, début novembre, avec la mention ‘Ave Christus Rex’ (« Je vous salue, Christ roi ») inscrite sur sa verticale en latin, langue des intégristes. A la mi-novembre, une main inconnue a scié le symbole chrétien. Et c’est ainsi, comme à Montgenèvre (Hautes-Alpes), ou à Quasquara (Corse-du-Sud), qu’une affaire de croix chrétienne installée sur le domaine public est venue réveiller à Saint-Jeannet une vieille passion française : la loi sur la séparation des Églises et de l’État, votée en 1905, et son application. » La croix en question, érigée le 1er novembre par « un groupe de jeunes tout de noir vêtus et parfois porteurs d’insignes à la gloire du club de football de Nice avaient hissé la lourde croix à dos d’homme.  Elle a vite disparu. » Mais le 11 novembre, revoici les hommes en noir, une nouvelle croix géante sur le dos ! Leur ascension-procession est relayée par des « personnalités d’extrême-droite et des mouvements identitaires » précise Le Monde. La deuxième croix n’a pas résisté plus que la première… Et deux promeneurs cités par le journaliste s’offusquent : « Une croix, ça reste symbolique, ça représente quand même la civilisation judéo-chrétienne. » Et encore: « On est sur un territoire français, on doit respecter notre religion ».  Alors que la croix a été érigée sur un terrain communal et un espace classé Natura 2000, un site protégé.  Et que « notre religion », cette dame parle du catholicisme, n’est pas la seule religion reconnue en France…  

La contagion s’est étendue : à quelques centaines de kilomètres, tout près de la frontière italienne, en novembre dernier, une autre croix, érigée sur le domaine public et sans autorisation est apparue à Montgenèvre. Elle a été enlevée par la mairie et faisait partie des 48 000 croix recensées en France par SOS Calvaires une association soutenue par le milliardaire Stérin proche de l’extrême-droite. Et la question surgit : le maire a-t-il eu raison de faire respecter la loi en vigueur sans que les habitants soient consultés ou bien qu’un maire fasse respecter la loi ? Et même imbroglio administratif en Corse, dont on a déjà parlé cet été, où le maire, de sa propre initiative, avait fait ériger un calvaire à l’entrée de sa commune soulevant l’ire de l’une de ses vieilles administrées. Elle a fait appel au tribunal administratif de Bastia qui lui a donné raison. Mais la croix est toujours là et comme l’explique le maire « Nous sommes en Corse, nous sommes des chrétiens, et cela fait partie de notre patrimoine cultuel et culturel » tandis qu’une banderole près de la croix proclame : « Enlever la croix, c’est effacer la Corse ». Montgenèvre, (Hautes-Alpes) Quasquara, (Corse) Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes)… A trois reprises, l’esprit de la loi de séparation des Églises et de l’État a été malmené. Un signe des temps pour le curé de Saint-Jeannet. Derrière ces faits répétés, il décèle « le malaise d’une société » : « On assiste au retour d’un christianisme identitaire. Des gens rêvent d’un passé qui n’existe plus. L’Église a été très puissante, elle ne l’est plus, et c’est très bien ainsi. » Mais devant l’église Saint-Jean-Baptiste de sa paroisse, des fidèles louent au contraire l’approche de la laïcité « à la Corse » : « Ils ont raison ! ». « Preuve, relève Le Monde, que la loi de 1905, cette idée simple, réputée incompréhensible dans le reste du monde, prête encore à confusion en France, cent vingt ans après sa promulgation, le 9 décembre 1905 ».  C’était il y a 120 ans.

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Pour une laïcité de liberté
Dans la page Idées du Monde, « un collectif d’associations » est revenu sur ce « régime de laïcité », cette loi de séparation des Églises et de l’État qui gouverne la France, devenu à leurs yeux « un régime de surveillance des citoyens ». La célébration du 120e anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 est l’occasion de rappeler combien la laïcité est essentielle à l’agencement de la vie démocratique. C’est l’intention de la Constitution qui en a fait, en la plaçant au service de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, l’un des principes fondateurs de la République. Reliant la France à la communauté des nations démocratiques, la laïcité trouve son origine dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui affirme l’autonomie du pouvoir politique à l’égard des lois divines ; en affirmant que « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ». Se manifeste là une rupture décisive avec l’ordre d’Ancien Régime, fondé sur la primauté et l’unité de foi. Il est revenu à la législation de la IIIe République de confirmer le dispositif établi en 1789. La loi du 9 décembre 1905 [… ] couronne la construction laïque en instituant la séparation des Églises et de l’État […] Or, relève le collectif, (au cours des trois dernières décennies, le régime de laïcité a subi un dévoiement de ses principes originels : il était hier un dispositif de protection de la liberté individuelle ; il est devenu un appareil de défense de la prétendue ‘identité nationale’. […] Le refus d’accepter l’ouverture de la société actuelle à la pluralité de ses composantes culturelles a conduit à une instrumentalisation de la laïcité, une double mutation. Jusque-là, l’impératif de neutralité ne valait que pour les espaces et les agents de l’État ; l’espace social étant, en revanche et sous réserve des exigences de l’ordre public, une zone ouverte à l’expression de la pluralité des convictions. Or, en témoignent certaines propositions de loi récentes, on réclame désormais l’extension de la règle de la discrétion en matière religieuse aux citoyens ordinaires

Ensuite, on a réduit la sphère de la liberté. En agitant le chiffon rouge du « séparatisme », en faisant valoir auprès de certains de nos compatriotes leur « devoir d’émancipation », en se faisant en cela le gardien des bons comportements, l’État est entré dans des domaines qu’il laissait jusque-là entièrement libres. Il intervient ainsi en réglementant le port du vêtement. Il soumet les collectivités locales à des contrôles inédits sur les questions religieuses. Il réduit le champ d’autonomie à la fois des associations cultuelles et des associations ordinaires. Malgré le principe de séparation, la loi du 24 août 2021 va ainsi jusqu’à offrir la possibilité aux préfets de refuser à certaines la qualité d’associations cultuelles, les obligeant par ailleurs à de lourdes démarches administratives, renouvelables tous les cinq ans, qui menacent leur pérennité. 

Faut-il se résigner à cette dérive autoritaire ? Nous appelons, au contraire, à la résistance. Cette nouvelle interprétation accentue la défiance au sein de la société et empêche un vivre-ensemble harmonieux. Sans nier l’importance d’intégrer les citoyens dans un espace public organisé autour du respect de la liberté d’autrui et de la recherche de l’intérêt commun, il nous faut rétablir la laïcité sur ses bases historiques, en retrouvant la vision originelle qui en faisait un système de promotion de la liberté et non de surveillance de l’opinion. Dans cette perspective, il s’agit de répondre à trois objectifs. D’abord, refaire droit à la liberté de conscience. Chacun doit pouvoir exprimer jusque dans l’espace social ses propres convictions et croyances sans qu’on lui impose, au nom d’un ordre moral que l’État se chargerait de définir, une quelconque invisibilité sociale, ni une artificielle homogénéité idéologique […] Il est nécessaire, enfin, de renouer avec l’idée de droit social. Au moment de la délibération de 1905, plusieurs défenseurs de la loi n’avaient-ils pas affirmé, tel Jean Jaurès, que « la République ne resterait laïque qu’à la condition d’être sociale » ? Nous l’affirmons à leur suite : il ne peut y avoir de réelle liberté indépendamment de l’amélioration des conditions matérielles dans lesquelles se déploient les existences individuelles. Retrouvons le sens de la laïcité, battons-nous pour une laïcité de liberté qui se nourrit de fraternité et de bien commun, assurons-lui un avenir. »

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Le Piet noir de Saint-Nicolas


Saint-Nicolas et des Zwarte Piet

Le débat autour de Piet, l’assistant de Saint-Nicolas, symbole de traditions ancestrales ou caricature raciste, agite les Pays-Bas depuis des années. Quinze ans en fait. Personnage chéri de l’enfance pour certains et caricature raciste blessante pour d’autres, Piet, le père fouettard assistant de Saint-Nicolas qui distribue des cadeaux aux enfants chaque 5 décembre aux Pays-Bas, a pendant des années suscité un débat national houleux. Jusqu’à récemment, lors des célébrations, de nombreux Néerlandais se déguisaient en Piet non seulement en se grimant le visage de noir, mais aussi en arborant une perruque afro, des boucles d’oreille créoles et de grosses lèvres rouges. Piet distribuait des bonbons aux enfants et gare à ceux qui n’étaient pas sages, ils étaient menacés d’être fouettés.  Une prise de conscience s’est faite, petit à petit. Saint Nicolas, l’évêque, est toujours accueilli en grande pompe à Amsterdam par le bourgmestre avant de monter sur un cheval, la barbe au vent et l’air digne. Mais le Zwarte Piet, le Pierre noir était devenu de trop dans ces réjouissances. D’ailleurs le mouvement « A bas le Zwarte Piet » s’est dissout, il a atteint ses objectifs et son image, un beau stéréotype racial a disparu. L’honneur et la dignité des personnes de couleur en seront-t-ils plus protégés ? En tout cas au pays de Geert Wilders le tribun de la droite extrême aux Pays-Bas, c’est un pas en avant intéressant dans l’élimination 

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