
Revenir avant le tournant qui a défiguré le chrestianisme
128 pages – 13 €
Recension Gilles Castelnau
Michel Gigand et Jean-Marie Peynard sont prêtres-ouvriers à la retraite, toujours actifs et militants notamment dans l’équipe de Caen. Ils sont convaincus qu’aujourd’hui l’enseignement de Jésus de Nazareth conserve l’esprit libérateur et la créativité pour les humbles du peuple de France comme il l’avait alors. A condition, évidemment, que l’on puisse en retrouver le dynamisme vivant qui est malheureusement occulté par les dogmes, les obligations liturgiques et le poids aliénant des sacrements tels que l’Église catholique les enseigne désormais.
Ils sont donc heureux de vivre cette « histoire longtemps enfouie » dans le groupe de théologiens catholiques libéraux que forment José Arregi, Jacques Musset, Joseph Moingt, Bruno Mori et bien d’autres qui retrouvent le modernisme catholique du 19e siècle (Ernest Renan, Alfred Loisy) et le libéralisme protestant (Maurice Goguel, Marc et Adolphe Lods).
Et justement dans le journal du mouvement Golias, les articles d’André Sauge les enthousiasme. Cet helléniste, spécialiste de la mythologie grecque, pense, en effet, retrouver entre les lignes de l’Évangile de Luc les traces historiques de l’homme Jésus de Nazareth avant qu’il ne soit recouvert par les dorures de la divinité et les traditions surnaturelles dont les autorités de l’Église se servaient pour exercer leur puissance.
Ils y trouvent la preuve historique de la présence de vie de Jésus de Nazareth auprès des « chrestiens » et non de Jésus-Christ auprès des « christiens ».
Voici des passages de ce livre :
Présentation
Impossible de nous taire quand on vit une découverte historique longtemps enfouie
Cela fait longtemps que nous témoignons de nos convictions d’une part en tant que membres de la classe ouvrière et d’autre part en adeptes de Jésus de Nazareth, dans la suite de ses premiers disciples qui nous ont fait connaître cet humain pas banal puisque lui-même n’a rien écrit.
« Chrestiens » ou « Christiens » : deux mots pour clarifier deux convictions et clarifier notre appartenance
Il faut savoir que lorsque nous parlerons de « chrestiens », nous ferons référence aux adeptes de Jésus de Nazareth dans la période 30 à 90-100, les premières générations après son assassinat, ce mot émanant de « chrestos », dont vous aurez l’explication au premier chapitre. Le mot « christiens », lui, fera référence aux adeptes après les années 100, ceux qui mettront en place des pratiques, des rites et des dogmes si éloignés de l’enseignement de Jésus de Nazareth
Chapitre 1
Chrestiens ou Christiens ?
Que sommes-nous ? du Christ au Jésus de l’histoire
Des découvertes récentes –
Or, en 2024, nous avons découvert la démarche d’André Sauge, bon connaisseur du grec ancien, exposée dans son livre De Jésus de Nazareth à la fondation du christianisme, (Golias, 2024-2025). Il nous apprend qu’à la fin du premier siècle, au vu des citations d’Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique, Papias, qui a mené une enquête, a affirmé que, dès la mort de Jésus, il a été constitué deux recueils de paroles et d’actions de Jésus de Nazareth, écrits en araméen. Le premier écrit était constitué, sans doute à la demande de Jésus lui-même, de notes prises de son enseignement par Matthieu-Lévi, l’autre étant la mise par écrit, par un certain Jean-Marc (pas celui de l’Évangile) du témoignage de Simon (qui sera plus tard appelé Pierre) sur Jésus.
Chapitre 8
Le chrestianisme n’est pas une religion
Jésus n’est ni fondateur ni fondement de religion
Comme nous l’avons écrit avec nos amis prêtres-ouvriers de Caen : « Il est utile de rappeler que toutes les femmes et tous les hommes qui ont composé le collectif Jésus à ses débuts n’ont pas cherché à en faire un fondateur de religion. Cela aurait été un comble étant donné qu’il a été lui-même victime des autorités de sa propre religion juive ». (Michel Gigand, Michel Lefort, Jean-Marie Peynard, José Reis, Claude Simon) La sortie de religion, est-ce une chance ? Et le théologien Bruno Mori (op.cit) de dire : « Je pense que c’est une insulte à la mémoire historique de Jésus de Nazareth que d’identifier cet homme avec une religion ou d’en faire une figure emblématique et représentative d’un système de croyances religieuses… Il n’a jamais été un homme de religion ou le fidèle d’une religion… Ces considérations nous aident à mieux comprendre l’ampleur et la gravité de la dérive que la « Voie » ouverte par Jésus de Nazareth a subie
».
Chapitre 10
les christiens vont progressivement créer une religion
avec des rites et une hiérarchie
Le tournant religieux
Pour sa part le théologien Joseph Moingt (op.cit) écrit : « Le tournant religieux du christianisme. On voit apparaître la première structuration cultuelle de la société chrétienne, divisée en deux catégories de personnes bien distinguées les unes des autres, des clercs ordonnés en vue du culte et des laïcs dépourvus de tout office et signe cultuel… Vers l’an 200 on voit se répandre des réglementations auparavant inconnues sous ce mode institutionnel qui s’impose en tout lieu : la présidence de chaque communauté par un évêque et un seul dans un même lieu… la consécration de l’évêque par un rite qui fait référence à l’institution des pontifes juifs par Aaron… et qui lui réserve le droit de présider l’eucharistie, l’institution d’un presbytérat… désormais ordonné par l’imposition de la main de l’évêque et qui participe à son sacerdoce… et à la prière eucharistique… la pratique de l’eucharistie sous forme de célébration religieuse… et non plus de repas, et imposant le silence aux laïcs ».
Et Loïc de Kérimel (op.cit) écrit :« L’histoire de l ‘eucharistie est la transformation progressive d’un véritable repas, la Cène, en un acte liturgique, la place du repas allant décroissant pour finalement, au deuxième siècle, disparaître au profit d’un rituel symbolique… Il faut donc contester le monopole que s’est arrogé le sacerdoce ministériel dans la célébration de l’eucharistie ».
Chapitre 11
Les christiens, avec l’empereur, en ont fait le fils unique de Dieu
Jésus n’est pas mort pour nos péchés
L’évêque anglican John Shelby Spong écrit dans Pour un christianisme d’avenir (Kartha/a, 2019) : « L’expression « Jésus est mort pour mes péchés » n’est pas seulement dangereuse, elle est absurde. La théologie de la rédemption est un concept dont nous devons nous dégager ».
Renoncer à « Jésus est mort pour mes péchés » … La théologie de l’expiation a déformé le message chrétien. L’Église a transformé Dieu en un juge intraitable qui réclame réparation, guère enclin à offrir le pardon. Jésus est devenu la personne de qui Dieu exige la souffrance afin de satisfaire quelque prétendu besoin divin. Jésus n’est mort ni pour vos péchés, ni pour les nôtres ! Nous sommes des gens en évolution, non pas des gens déchus. Nous n’avons pas besoin d’être sauvés d’une chute qui ne s’est jamais produite.
Chapitre 16
L’intuition Prêtres-Ouvriers en cohérence avec Jésus le Nazaréen
Être là !
Cette très courte expression, que de fois elle a été dite et redite au cours de nos rencontres de prêtres-ouvriers. L’enracinement par le travail est l’intuition fondamentale des prêtres-ouvriers : c’est la chair de toutes nos réflexions, la vie ouvrière est toujours là, et toujours en premier, au cœur de nos analyses et de nos échanges. C’est impressionnant d’entendre tous les camarades parler de leur vie au boulot dans différents types d’entreprises, d’échanger sur les conditions de travail, la santé au travail, la durée du travail, d’évoquer les partages avec les travailleuses et travailleurs et les militants-es, de parler des luttes pour défendre les intérêts des travailleurs-es à la fois dans la boîte où on travaille, mais aussi plus largement pour obtenir des droits nouveaux pour toutes et tous.
Et c’est dans cette vie-là que les camarades prêtres-ouvriers disent que l’Évangile leur parle, que le message du Nazaréen, celui qui a pris fait et cause pour les pauvres et les nécessiteux de son temps, leur parle.
Sortir du cléricalisme
En société de chrétienté, le cadre dans lequel était annoncé l’Évangile était lié à la religion. Aujourd’hui ce n’est plus le cas.
Nous nous trouvons un peu comme dans les premiers temps du chrestianisme où les disciples de Jésus ont dû trouver la voie pour annoncer la Bonne Nouvelle aux païens dans un cadre autre que le judaïsme. Plus que jamais l’intuition prêtre-ouvrier, qui consiste à être là dans la vie du monde, a sa pertinence. Nos vies simplement humaines remettent en cause le statut du prêtre « mis à part » et le cléricalisme. Désormais nous devons rompre avec les structures hiérarchiques-et cléricales issues de l’époque de chrétienté, pour ouvrir de nouveaux horizons pour l’Évangile. L’avenir plus que jamais va se passer dans le profane, le quotidien de la vie. L’organisation à mettre en place doit se baser tout entière sur l’Évangile et plus du tout sur la religion.
Chapitre 18
La classe ouvrière a dû évoluer pour faire face au capitalisme destructeur
Notre agir de chrestiens dans la modernité
Un autre monde est possible
Actifs et retraités, nous sommes convaincus qu’un autre monde est possible et nécessaire. Ce n’est pas en faisant la charité, mais c’est principalement en s’attaquant aux causes des inégalités que notre chantier d’humanité pourra se construire.
Face à ce système, et malgré les difficultés de s’organiser collectivement, nous sommes conscients de l’importance des organisations syndicales, politiques et associatives qui luttent et résistent. Avec elles nous luttons pour un travail digne, pour le respect des personnes quelles que soient leurs origines, leur âge ou leur sexe. Et nous n’oublions pas que le mouvement ouvrier a permis de conquérir des droits au cours des années passées.
Des similitudes de combats
Les combats contre le système capitaliste s’apparentent au combat de Jésus de Nazareth contre le système du temple asservissant ses contemporains. Cela a été reçu par les pauvres comme une bonne nouvelle de libération. À nous aujourd’hui de poursuivre dans la même voie.
Chapitre 19
Un changement s’impose pour la société
Quelques convictions des chrestiens
que nous sommes
au XXIe siècle
Lutter sans relâche pour la paix dans le monde
La paix, que ce soit dans notre pays comme sur toute la terre, est un impératif aussi, car le bonheur de tous les humains est plus important que tout, sans oublier qu’il n’y a pas de paix sans justice. Quelle horreur en ce 21e siècle que ce génocide en Palestine et ces guerres en Ukraine, mais également dans plusieurs pays d’Afrique, en particulier Soudan et Congo Kinshasa, et toujours dans certains pays d’Amérique latine… Les chrestiens de l’Antiquité ont lutté eux aussi pour la paix et la justice. Comme nous aimerions que l’humanité fasse un grand bon vers la paix.
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