Sur les pas de l’homme de Nazareth

Par | 

Méditations d’un libre penseur chrétien

éd. Karthala

174 pages – 23 €

Recension Gilles Castelnau

J’ai aussi recensé sur ce site :
Bruno Mori :
Méditations insolites sur les Évangiles
Le christianisme est un humanisme non religieux
Pour un christianisme sans religion
Vers l’effondrement

Bruno Mori est un prêtre catholique italien installé au Canada où il a passé tout son ministère. Il étit un homme de prédication. Fort écouté, fort apprécié, il a su s’écarter des traditions, des dogmes et des rites de l’Église catholique dont ses contacts avec les fidèles – et les infidèles ! – montraient que ceux-ci s’en détournaient.

Son langage est très clair et agréable à suivre, le lecteur se sent compris dans ses incompréhensions et ses refus comme dans son désir de fraternité, d’amour universel et de joie de vivre.

Sans jamais rompre avec l’institution catholique, il lui donne un nouveau souffle et propose – avec succès – à nos contemporains de se réconcilier avec leur Dieu et de retrouver la foi.

En voici des passages

I
Le Dieu et le Jésus de Bruno Mori

.1. Un Dieu élaboré par l’homme

Quelle est cette image inacceptable de Dieu ?

Un Dieu conçu comme un Super-Individu avec qui on peut entrer en relation personnelle, à qui on peut demander faveurs et protection, que l’on peut adorer, prier, offenser. Un Dieu anthropomorphique, conçu à l’image de l’homme, qui peut ressentir bienveillance et amour, mais aussi avoir des réactions de rancune, de colère, d’agressivité, de vengeance. Un Dieu que l’on imagine situé « là-haut », dans le «  ciel », séparé de la réalité du monde.

Ce Dieu est et reste un « produit », une projection de l’imagination humaine. Il n’existe nulle part.

.3. Jésus manifestation d’un Dieu autre

Tout l’enseignement de Jésus peut être réduit à ces affirmations fondamentales :

–   le pouvoir, la puissance, le prestige, la supériorité, la grandeur, la richesse, la suffisance, l’arrogance ne peuvent jamais être associés à Dieu et ne sont jamais le signe et la manifestation ni de sa nature ni de sa présence ;

–   Dieu est immanent à notre monde et il est particulièrement présent dans l’humain faible et démuni, mais qui sait aimer ;

–   là où il y a amour désintéressé, là il y a non seulement présence du « divin », mais aussi présence authentique de l’« humain ».

[…]

Dieu est peut-être le nom commun par lequel, depuis toujours, on cherche à exprimer la Réalité Ultime, le Mystère Originel, la Source et la Profondeur de l’Être, l’Énergie de Fond qui lance et garde les êtres dans l’existence. 

C’est lorsqu’il y a manque, pauvreté, petitesse, imperfection, fracture, que semblent s’activer les Énergies qui conduisent les êtres de ce monde vers un meilleur achèvement et une plus grande complexité, en créant relations, connexions, dépendances et communion. 
Ces dynamiques qui semblent être propres à la Réalité Ultime, nous les retrouvons, exactement identiques, dans la perception que Jésus a et qu’il nous transmet de Dieu.

.5. Le christianisme est un humanisme en action

Cela signifie que le projet chrétien se réalise et se déploie non pas dans le monde du sacré, mais dans le monde du profane. Il ne concerne pas Dieu, mais l’homme. Il n’a rien à faire avec une religion, une institution cléricale, une hiérarchie, des dogmes, des rites, des prières, des dévotions, des observances.Il n’a rien à faire avec la soumission et l’obéissance aux autorités religieuses. Le projet chrétien, tel que l’Homme de Nazareth l’a vécu et transmis, s’active seulement en faveur des humains, pour lesquels lui et ses disciples veulent être les signes de la bonté et de la tendresse de Dieu

II
Les évangiles lus par Bruno Mori

.10. Changer notre regard

Dans la société juive du temps de Jésus, le lépreux est un exclu, un paria, un intouchable. 

Ce lépreux de l’évangile est le symbole ou la personnification de tous les exclus du monde, de tous ceux et celles qui ont de la difficulté à trouver le chemin de notre considération, de notre estime, de notre attention, de notre sympathie et de notre amour. Que de gens autour de nous sont porteurs de lèpre ! Nous les fuyons, nous les évitons, nous mettons de la distance entre nous et eux. Nous tournons le regard lorsqu’ils croisent notre route… Car ils nous dérangent, ils nous indisposent, ils nous irritent, ils nous font peur… Nous voyons des lépreux partout autour de nous. Ainsi les Américains sont arrogants et méprisants ; les Italiens sont des mafieux, les Français sont présomptueux ; les Arabes sont rétrogrades ; les musulmans sont des violents et des fanatiques ; les Chinois sont des hypocrites ; les clochards sont des fainéants ; les homosexuels sont des dépravés ; les prêtres catholiques des pédérastes ; les gens nantis sont des profiteurs du système ; les politiciens sont des imposteurs et des ambitieux ; notre voisin est un drogué sans espoir et sans avenir ; les jeunes manquent du sens de la responsabilité, ne pensent qu’à se divertir et restent des immatures jusqu’à l’âge de quarante ans…

Nous avons tendance à cataloguer et à étiqueter les gens au gré de nos préjugés, de nos anxiétés et de nos peurs. Et ainsi bâtissons-nous de l’hostilité, créons-nous de la distance, refroidissons-nous le monde. 

[…]

Et c’est parce que Jésus est affecté de la sorte par l’autre et par la condition de l’autre, qu’il se sent spontanément et inévitablement poussé, en faisant fi de toutes les lois et de tous les tabous, à s’approcher de lui, à abolir la séparation : (« il allonge la main »), à entrer en contact avec lui (« il le touche »). 

Ce texte est donc là pour nous faire réfléchir sur la qualité des rapports que nous entretenons avec Dieu, avec la nature, avec les hommes et avec nous-mêmes. Il est là pour nous demander, à nous, les chrétiens et les disciples du Maître de Nazareth, quelle sorte de regard nous portons sur le monde qui nous entoure : est-ce le regard de l’amour ou de la haine ? Est-ce le regard de la communion ou celui de l’exclusion ? Est-ce le regard de l’accueil ou celui du rejet ? Est-ce le regard de la bienveillance ou celui de la malveillance ? Est-ce le regard de la confiance ou celui de la peur ? Est-ce le regard de l’émerveillement et du respect ou celui du désabusement et de l’exploitation ?

III
Bruno Mori nous parle de la mort, de la Résurrection,
de la Pentecôte, du Péché originel, de Noël, de l’Incarnation

.23. Le sens de la mort de Jésus en croix

L’interprétation théologique de la mort de Jésus en croix, comme sacrifice expiatoire pour nos péchés, nous fait oublier les véritables raisons historiques qui ont conduit Jésus devant les tribunaux religieux et politiques et finalement à son exécution sur la croix. Jésus n’a pas été la personne douce, timide, gentille, tendre, calme, aimante, paisible de l’imagination et de la piété populaire. Il fut un prophète à la parole forte, parfois violente et dure. Il fut un contestateur, un lutteur, un défenseur des faibles et des petits. Il s’est levé contre le pouvoir injuste, l’hypocrisie, l’inégalité des classes l’avidité, l’idolâtrie de l’argent, l’injustice, l’exploitation des minorités et des pauvres. Il a lutté contre le mal et la souffrance sous toutes ses formes. Il s’en est pris aux autorités religieuses et civiles de son temps, parce qu’elles représentaient des structures et des lois oppressives, inhumaines. Il a cherché par tous les moyens à conscientiser les responsables qu’il était possible d’être des personnes différentes, de penser et d’agir autrement. Qu’il était possible d’envisager un autre style de vie, de construire un « Royaume de Dieu ».

Page 133

.25. Résurrection, c’est-à-dire ?

Après la mort de Jésus quelque chose d’extraordinaire s’est passé dans le cœur et dans l’esprit de ses disciples. La foi des disciples en la résurrection de Jésus, n’était pas tellement l’affirmation d’un fait physique et hitorique, ni l’affirmation d’une vérité théorique abstraite, comme pourrait être la croyance en une vie après la mort, mais cette foi était plutôt constituée par la conviction que la Cause de Jésus avait reçu l’approbation de Dieu et que c’était donc une Cause qu’il fallait à tout prix perpétuer, pour laquelle il valait la peine de se battre et de mourir.

Conclusion générale
Le Dieu qui habite l’humain
et l’humain qui habite Dieu

En identifiant la relation à Dieu avec la relation à l’humain, Jésus a accompli la plus grande révolution religieuse et spirituelle de l’humanité. Il a humanisé Dieu. Il a mis Dieu dans l’homme et non pas dans la religion. 

[…]

Pour Jésus c’est dans le service amoureux de ses frères, que l’humain rencontre Dieu et qu’il atteint la véritable grandeur de son humanité.                                

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