pasteur de l’Église presbytérienne des États-Unis
président du réseau ProgressiveChristianity.org
traduction Gilles Castelnau
La théologie n’est jamais déconnectée de la réalité. Elle finit toujours par se traduire en comportements. Et tout comportement porte des fruits.
La théologie doit rendre des comptes sur les vies qu’elle façonne :
Que nous fait-elle croire sur nous-mêmes et sur les autres ?
Quel type de relations engendre-t-elle ?
Quels comportements encourage-t-elle, décourage-t-elle ou condamne-t-elle ?
A qui apporte-t-elle de l’épanouissement ou de l’humiliation ?
Ne nous arrêtons pas à la justesse des versets bibliques qu’elle cite, ni à l’ancienneté de sa tradition, bien que, naturellement cela compte.
Mais observons ses effets dans les familles, dans les salles de classe. Examinons ce qu’elle dit aux gens de leur corps, de leur sexualité, de leurs prochains, de leurs ennemis, de leur valeur et de leur place dans le monde.
Il est curieux de constater que ce sont souvent les théologiens eux-mêmes qui s’attribuent pour cela une note satisfaisante. Mais cela ne ressemble-t-il pas au fait de ne laisser le test d’un nouveau médicament qu’au laboratoire qui l’a produit ?
• Pour savoir si une théologie est saine, ce n’est pas à ses théologiens qu’il convient de s’adresser, ni aux pasteurs qui la prêchent mais bien à tous ceux qui vivent sous nos yeux sous son influence.
Les femmes ont certainement beaucoup à dire sur les fruits d’une théologie affirmant l’autorité des hommes.
Les personnes LGBTQ+ ont aussi des choses importantes à dire sur une théologie qualifiant leurs relations de pécheresses ou leurs identités de déviantes.
Les Noirs ont à dire sur des traditions théologiques qui ont réussi à coexister asse avec l’esclavage, la ségrégation et la suprématie blanche.
Leurs expériences comptent et constituent un témoignage.
Il est vrai que les autorités ainsi mises en question répondent toujours que le problème ne vient pas d’elles mais du vécu personnel des plaignants. Dans un litige, ne faut-il pas écouter pourtant les témoins ?
• Il convient également de se demander qui le plus d’autorité. Si des théologiens enjoignent systématiquement aux autres de se soumettre, s’ils leur demandent toujours de pardonner, s’ils enseignent aux faibles de se contenter de peu alors qu’ils qualifient l’abondance des riches de bénédiction et s’ils clament haut et faut qu’il est dangereux de les remettre en question et qu’il convient de les bénir car ils détiennent le pouvoir, peut-être faut-il leur prêter une attention particulière.
• On peut aussi être attentif à l’éventuelle répétition de préjudices l’égard de personnes ou de communautés qui ne se connaissent pas : lorsqu’une théologie engendre systématiquement peur, honte, domination, exclusion ou déshumanisation, on peut s’interroger. Si une pomme pourrit sur un pommier, on ne s’inquiète pas. Mais si, année après année, cet arbre produit des caisses de pommes pourries, il est clair que le problème vient de l’arbre lui-même.
Il faut laisser les fruits s’exprimer : si les faits prouvent qu’une théologie cause systématiquement du tort, il faut réexaminer ses fondements bibliques, la tradition qui la porte, les présupposés qui la sous-tendent et envisager modifier ce que nous tenions pour sacré.
La théologie façonne des vies. Les vies produisent des fruits. Nous examinons ces fruits.
Voici quelques questions que l’on peut alors poser à cette théologie :
A quoi ressemblent ses fidèles
A quoi ressemblent ses communautés
Qui en tire profit
Qui en pâtit
Qui y exerce réellement l’autorité
Qui y est vraiment ignoré ?
Produit-elle des fruits d’amour, de justice, de miséricorde et d’épanouissement humain
Une théologie qui nuit systématiquement doit être mise en question.
Une théologie qui aide systématiquement les gens mérite notre attention.
N’oublions pas que pour juger une théologie à ses fruits, il faut d’abord écouter ses fidèles.
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