Trouver une Église progressiste est difficile

Par

pasteur retraité de l’Église méthodiste unie des États-Unis

traduction Gilles Castelnau

Un dilemme croissant pour les chrétiens progressistes

Je reçois régulièrement des messages de chrétiens progressistes qui me disent ne pas trouver de paroisse où ils se sentent à leur place et à l’aise. Comme l’a écrit l’un d’entre eux : « J’aspire à une paroisse progressiste, mais je n’en ai pas encore trouvé. » J’ai reçu des centaines de courriels similaires. Les données montrent clairement que les églises américaines progressistes (et même modérées) sont rares, et le deviennent de plus en plus chaque année.

Par exemple, dans son excellent ouvrage The Vanishing Church (L’Église en voie de disparition), Ryan Burge écrit : « La religion américaine est devenue une question de tout ou rien : être évangélique conservateur ou ne rien être du tout. Cela laisse des dizaines de millions de fidèles modérés sur le plan théologique et politique, sans paroisse ni lieu d’édification spirituelle, sans possibilité de s’impliquer collectivement en faveur des problèmes de société. » S’appuyant sur de nombreuses données, Burge déclare que la religion en Amérique « est désormais perçue comme étant de droite ». Il n’y a plus, pour lui, « qu’une seule façon d’être chrétien aux États-Unis : être conservateur ».

Il n’en a pas toujours été ainsi. La plupart des églises américaines étaient autrefois – y compris les évangéliques – pluralistes sur les plans théologique et politique. Personnellement lorsque j’ai commencé, en 1972 alors que j’étais adolescent, à fréquenter une église baptiste du Sud (très conservatrice, note de G.C.) 59 % des évangéliques blancs se déclaraient démocrates, 32 % républicains et 9 % indépendants. Les progressistes y étaient acceptés, ou au moins tolérés. Ce n’est évidemment plus le cas aujourd’hui. Compte tenu du virage à droite qu’a connu la religion américaine ces dernières décennies (dans presque toutes les confessions), les croyants progressistes d’aujourd’hui peinent à trouver des paroisses partageant leurs convictions, tant dans les milieux évangéliques, que catholiques ou protestants traditionnels.

On peut distinguer quatre grandes catégories religieuses : les évangéliques, les catholiques américains, les protestants traditionnels, les sans religion. (Compte tenu de leur faible pourcentage au sein de la population américaine, les religions non chrétiennes ne sont pas incluses dans cette analyse.)

Évangéliques. Plus que jamais, l’Église évangélique (blanche) américaine est conservatrice tant sur le plan théologique que politique. Comme le souligne Ryan Burge : « Ce mouvement, autrefois assez diversifié politiquement et théologiquement est devenu, comme il est souvent caricaturé dans les médias : une horde de républicains théologiquement conservateurs. » La montée de l’extrême droite ne leur a pas nui numériquement : La proportion des évangéliques est aujourd’hui la même qu’en 1972. Mais contrairement à 1972, les évangéliques sont aujourd’hui, selon Burge, « presque tous du parti républicain ». Les Églises évangéliques ne semblent donc pas faites pour les progressistes.

Catholiques américains. Dans « The Vanishing Church », Burge affirme : « L’avenir du catholicisme est de plus en plus conservateur, prêtres et paroissiens se radicalisant à droite. » Par exemple, seulement 2 % des prêtres catholiques nouvellement ordonnés se définissent comme progressistes, tandis que 84 % se disent conservateurs. Comme le souligne Burge, « le sacerdoce est aujourd’hui largement monolithique, tant sur le plan théologique que politique. » L’époque de la diversité théologique et politique au sein de l’Église catholique américaine touche à sa fin. En effet, selon Burge, « le catholicisme suit la même voie que l’évangélisme : celle du virage à droite. » Pour de nombreux progressistes, l’Église catholique devient de moins en moins un lieu de spiritualité viable.

Protestants traditionnels. Premièrement, la plupart des Églises protestantes traditionnelles américaines sont théologiquement et politiquement modérées plutôt que libérales. Comme le note Ryan Burge, « la position moyenne d’un fidèle d’une Église méthodiste unie est d’être un républicain modéré ». Certes, il existe des Églises protestantes traditionnelles très progressistes, mais elles représentent une infime minorité. La grande majorité des Églises traditionnelles sont de centre ou de centre-droit. 
Deuxièmement, l’Église protestante traditionnelle est en voie de disparition rapide. Par exemple, à la fin des années 1950, 50 % des Américains étaient affiliés à une Église protestante traditionnelle. Aujourd’hui, seulement 8 %. Compte tenu de l’âge moyen de leurs membres qui est nettement supérieur à celui de la population générale, ce déclin massif ne fera que s’accélérer et selon les recherches de Burge, l’Église protestante traditionnelle américaine est « en voie d’extinction ». Il est donc globalement difficile de trouver une paroisse progressiste dans la mouvance protestante traditionnelle.

Les « sans appartenance religieuse ». Les Américains sans affiliation religieuse étaient autrefois relégués au second plan dans les statistiques religieuses américaines dans la mesure où ils ne représentaient que 5 % de la population. Aujourd’hui, avec un score d’environ 30 %, ils constituent le plus grand groupe « religieux » des États-Unis. Ils ne sont ni athées ni agnostiques mais pour la plupart croient en Dieu et se considèrent comme spirituels. Cependant, ils ne s’intéressent pas aux institutions religieuses. Ils se disent « spirituels mais non religieux ». 
Une large majorité des « sans religion » partagent des opinions sociales et politiques progressistes. C’est d’ailleurs une des principales raisons pour lesquelles ils ont quitté les religions organisées. Comme le souligne Burge, « le nombre des sans religion a continué de croître car les démocrates et les progressistes se sentent marginalisés par le conservatisme croissant de la religion américaine ».

En résumé, 
La grande majorité des évangéliques sont d’extrême droite sur le plan théologique et politique. 
Les catholiques se radicalisent rapidement. Les catholiques modérés disparaissent progressivement de la scène politique américaine. 
Et ceux qui n’ont aucune appartenance religieuse, bien que progressistes, ne vont pas à l’église.

Les Américains sont donc de plus en plus face à un choix binaire : être conservateur et religieux, ou progressiste et non religieux. 

Comment les Églises traditionnelles peuvent-elle désormais aider les croyants progressistes ? Voici 4 suggestions.

• Créer de nouvelles Églises progressistes. Les évangéliques créent constamment de nouvelles paroisses qui touchent souvent plus de monde que les anciennes paroisses. Si, selon cet exemple, une nouvelle communauté progressiste voyait le jour dans leur ville, nombreux seraient sans doute les esprits libéraux intéressés à l’idée d’y participer. Il n’est nécessaire d’envisager ni un bâtiment spécial (je viens d’apprendre qu’une communauté de gauche récemment créée se réunit dans une salle de café) ni un personnel coûteux ni de nombreuses activités. Mais si l’Église traditionnelle veut éviter de disparaître, il est indispensable qu’elle crée de nouvelles communautés de foi progressistes.

• Créer une atmosphère ouverte et accueillante dans les Églises traditionnelles où les progressistes se soient les bienvenus. Répéter, par exemple, aux fidèles que votre paroisse accepte sans problème les questions difficiles sur Dieu et la foi, que le doute est une composante normale d’une foi authentique. Être bienveillant envers tous ceux qui ne partagent plus les croyances traditionnelles. Faire savoir aux LGBTQ+ qu’ils sont parfaitement membres de la famille. Respecter naturellement les Écritures, mais rappeler toujours aussi l’humanité de leur rédaction. Rappeler les implications sociales de l’Évangile qui transcendent les diverses opinions politiques.

La liturgie utilisée dans la paroisse doit également permettre aux progressistes de s’y associer pleinement : mettre moins l’accent lors des baptêmes sur le pardon des péchés et davantage sur l’accueil d’un nouveau membre dans la famille. Lors de la communion, se focaliser sur la célébration du peuple de Dieu plutôt que sur le sang rédempteur du Christ. Utiliser parfois des confessions de foi nouvelles plutôt que le Symbole des Apôtres. Et utiliser autant que possible, un langage inclusif !

Il est absolument inutile d’afficher des drapeaux arc-en-ciel ou de prêcher des idées de gauche pour s’ouvrir aux progressistes, mais il est essentiel de créer un climat général ouvert à leurs valeurs et à leurs convictions.

• Envisager le progressisme. Ceci est une possibilité tout à fait réelle. Je l’ai mis en pratique dans une ville majoritairement évangélique et républicaine, dans une paroisse qui se voulait traditionnelle modérée. Elle connaissait un déclin rapide. Nous avons invité la communauté à pratiquer un audacieux virage progressiste : « Cœurs ouverts, esprits ouverts et portes ouvertes ». Le résultat a été que lassé du fondamentalisme religieux de droite, les gens ont afflué vers nous et la paroisse a connu une croissance spectaculaire. 
Je ne dis pas qu’il pourra en être toujours ainsi mais une telle ouverture répondrait en tous cas aux besoins spirituels des progressistes actuellement globalement ignorés par les églises américaines.

• Créer des espaces progressistes. Les paroisses politiquement centrées à droite peuvent parfaitement créer des lieux ouverts aux idées progressistes.
Je connais une paroisse plutôt conservatrice dans laquelle vit un groupe surnommé « cours libéral » offrant amitié et fraternité à ses membres de gauche. Minoritaires dans cette église, ils y sont valorisés, respectés et intégrés. Disposer d’un espace qui leur soit propre et où ils peuvent être fidèles à eux-mêmes, leur permet d’être pleinement membres d’une église plus conservatrice qu’eux.

On peut faire de même avec des groupes centrés sur la justice sociale, la protection de l’environnement, le logement pour tous ou les droits LGBTQ+. Les chrétiens progressistes n’ont pas besoin que tous les membres de leur église partagent leurs idées, mais ils ont besoin d’au moins un espace leur permettant de partager leurs convictions et leurs valeurs profondes.

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