Des gestes pour espérer

Par

éd. Olivétan

156 pages – 15 €

Recension Gilles Castelnau

Nathalie Chaumet est une pasteure heureuse et fraternelle, largement expérimentée dans le ministère qu’elle a déjà exercé dans les paroisses de Meudon-Sèvres-Ville d’Avray, Rouen (et à l’aumônerie de l’hôpital), Le Vésinet, à Paris à l’Annonciation. Elle est actuellement pasteurs dans la paroisse de Paris-Etoile.

Elle a prononcé cette années les six « Conférences de carême » de la radio France culture qui constituent le présent ouvrage. Elle nous y fait partager la manière dont, dans les études bibliques paroissiales, les fidèles s’identifient aux personnages bibliques, sont saisis par la bonne nouvelle de la bienveillance et du dynamisme créateur de Dieu, du Christ, y réfléchissent et y trouvent espérance, apaisement et renouveau.

Ce livre nous fait ainsi rendre conscience de la réaction qu’ont vécue des personnages des évangiles, leur surprise devant la nouveauté que le Christ leur proposait et l’importance du geste qui déclenchait leur apaisement et leur « résurrection » intérieure. C’est ce geste initial qui fonde, aux yeux de Nathalie Chaumet le début de l’effort nécessaire au chrétien pour bénéficier pleinement de la présence divine.

En voici des citations :

Jeter le filet
Choisir la confiance en un geste

Sur ta parole, je jetterai les filets

Et Simon a de quoi être perplexe. Il l’explique d’ailleurs : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ta parole, je jetterai les filets. » Simon doit choisir s’il est fidèle à ses expériences manquées ou s’il prend un nouvel appui, sur cette parole de Jésus. Ce geste de Simon, c’est donc le choix de la confiance, la confiance en une parole qui va se révéler parole de vie.

Il s’agit de sortir d’une ornière, celle de la duplication de l’échec du vide, dans la répétition d’une vie en surface. Mais il n’est pas si facile de quitter les rives du découragement. Retrouver l’élan, le désir de croire quand la vie nous a éprouvés, n’a rien d’évident. Comment ne pas être tentés de rester sur le bord, sur la rive décourageante, certes, mais paradoxalement aussi rassurante de nos vies ? 

Déplacer la ligne d’horizon
Or nous-sommes plutôt résistants au changement. Le changement fait peur. Nous savons ce que nous perdons, nous ne savons pas ce que nous trouverons. L’incertitude est difficile à vivre et beaucoup préfèrent ne rien changer, rester sur le rivage, fût-ce pour s’arc-bouter au manque, quitte à tourner en rond autour du vide.

[…]

Jésus n’appelle pas Simon d’un coup, il passe par cette étape de la pêche miraculeuse. Et il invite donc Simon à un petit geste, un geste de rien auquel nous revenons.

[…]

Or cette histoire nous dit que, si nous ne pouvons pas tout changer d’un coup, nous pouvons simplement songer à introduire une variation dans nos vies, peut-être oser un pas de danse, un engagement nouveau, et découvrir que du neuf peut surgir sans que nous ne nous soyons perdus. Faire œuvre nouvelle, ce n’est pas forcément tout changer. L’expérience de la variation peut nous aider à retrouver le goût du possible. Simon se perd-il en avançant en eau profonde ? Il va au contraire faire l’expérience de la plénitude.

[…]

Porter le brancard, ouvrir le toit
L’espérance : fait et geste solidaires

Au premier abord, cette histoire du petit matin, cette fin de partie de pêche résonnait comme un épilogue. Soudainement jaillit du neuf, une abondance qui se fait promesse. Soudainement s’ouvrent les chemins d’une histoire nouvelle. Oui, avec ce geste, tout commence pour les disciples.

Un engagement solidaire
Le petit passage merveilleux de ce récit, celui qui lui donne son sel, celui qui fait qu’on n’oublie pas cette histoire, réside dans l’inventivité des amis. Le chemin est bloqué, qu’importe, ils vont trouver une astuce. Puisque accéder à Jésus est impossible par la porte, ils vont grimper sur le toit. Ils vont dégager les tuiles et descendre la personne paralysée au travers de l’ouverture. Ils font ce que tous les conseillers en management proclament : penser en dehors du cadre ou de la boîte. Ils sortent de l’habitude et des usages. Ainsi, la solidarité des amis n’est pas seulement empathique et agissante. Elle est aussi persévérante et inventive.


Cette histoire est source d’espérance pour nous. Combien de fois ne sommes-nous pas face à des voies qui nous paraissent sans issue, des projets qui n’aboutissent pas, des murs qui s’élèvent sur notre chemin ? Cette histoire nous invite à prendre les chemins de traverse, à contourner l’obstacle. Oui, les porteurs font preuve d’une audace incroyable.

La foi : une dynamique solidaire
Ainsi, soutenir les enfants d’une famille sur le plan scolaire pourra peut-être permettre le passage à travers un autre toit, un autre plafond, social celui-ci.

Répandre le parfum, donner sans compter
La grâce d’un geste

Un geste de gaspillage ?

Aux yeux de la société de l’époque, la valeur de cette femme dite fautive, pécheresse, était nulle. Je dirais même que sa valeur était négative, puisque le pharisien exprime le fait que Jésus aurait dû la maintenir à distance. C’était une femme de mauvaise vie, une femme qui ne valait rien

Le parfum manifeste pour elle la valeur inestimable d’être aimée et accueillie, reconnue comme valable, et donc valorisée. Aux yeux de Dieu, tous nous comptons, nous avons une valeur incommensurable, une valeur insaisissable, que Luc se refuse à chiffrer.

[…]
Je crois que cette histoire est une jolie manière de nous dire le chérissement de Dieu sur nos vies, de nous raconter un parfum non pas de scandale mais de grâce, d’amour. Cette histoire nous invite à ouvrir et à partager tous les inestimables cadeaux de nos vies : la grâce, mais aussi la foi, la joie, l’espérance, l’amour, l’amitié… et à ne pas en être avares ni comptables. Nous voilà donc avec la grâce d’un geste et la splendeur munificente d’une histoire qui nous dit tout à la fois la grâce et la joie débordante de la gratitude.

Quand la vie ne tient qu’à un geste
Geste transgressif, geste d’espoir

L’espoir en un geste
La plupart de nos gestes relèvent du banal, de l’ordinaire. Mais il n’en demeure pas moins qu’un geste peut suffire à nous sauver de la fatigue, du découragement, de la colère. Un geste peut suffire aussi à raviver une joie d’être, un émerveillement. Parfois, il suffit de si peu: préparer un repas, prendre la main d’un enfant au retour de l’école, se tenir aux côtés d’une personne malade… Dans ces gestes se logent toute la tendresse, l’amitié qui nous relient les uns aux autres.

La frange du vêtement
Nous pouvons lire ce geste comme une prière : en touchant ces brins qui représentent les commandements d’alliance entre Dieu et son peuple, cette femme prie, supplie qu’il y ait dans cette alliance une place pour elle, une place pour vivre

Nous pouvons aussi lire ce geste non pas seulement comme une prière, mais comme un positionnement, une décision : en touchant même subrepticement cette frange, cette femme prend sa place dans l’alliance. Elle brise les tabous, les lectures sclérosantes, elle interprète la loi à rebours de l’exclusion.

Une reconnaissance symbolique
Jésus va alors donner toute sa portée symbolique à ce geste en légitimant l’audace de cette femme. Il lui dit : « Fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix. »

[…]

Sortir de la désespérance, accueillir la tendresse, se reconnaître enfants de l’éblouissement, voilà peut-être le chemin de cette femme.

SE MOQUER, FRAPPER
GESTES D’EMPRISE, GESTES MORTIFÈRES

 Nous nous sommes déjà penchés sur quatre gestes. Ils nous appellent à choisir la confiance, la solidarité, la reconnaissance et l’audace. Mais la vie n’est pas faite que de beaux gestes, tant s’en faut. Et les récits bibliques ne sont pas un conte de fées. Dans ce chapitre, nous allons prendre le temps de réfléchir aux gestes mortifères. Pour cela, nous nous appuierons sur trois versets, trois versets qui racontent la violence des gardes à l’égard de Jésus lors de la nuit de son arrestation. Ils nous évoquent des actes de paroles humiliantes et des gestes destructeurs. Nous essaierons de mettre en évidence quelques-uns des mécanismes de la violence et nous réfléchirons aux questions suivantes : de quoi la violence se nourrit-elle ? Peut-on échapper à son emprise ? Et non seulement échapper à son emprise, mais la faire reculer ?

Une exhortation à la vigilance
Tout d’abord, bien sûr, c’est à la vigilance et à l’exigence vis-à-vis de notre propre violence que ces récits nous appellent, pour que nous ne soyons pas emportés loin de nous-mêmes, hors de nous-mêmes, dans nos lieux de vie et de relations. 
[…]

C’est aussi à la vigilance sur la solidité des fondations de nos sociétés que nous sommes invités. Il nous faut construire des solidarités qui ravivent la joie d’être les uns avec les autres, les uns pour les autres, qui donnent d’envisager l’avenir avec confiance.

[…]

Cet appel à faire grandir la vie, de grandes voix s’en sont fait le porte-parole, chacune dans son propre langage : Albert Schweitzer appelait au respect de la vie, Gandhi, Martin Luther King ont montré que la non-violence a raison des plus forts, Matthieu Ricard nous rappelle l’élan créateur de l’altruisme, le pape François appelait à la révolution de la tendresse.

Se lever, se relever
Geste d’élan, geste d’avenir

Il y a chez Angelus Silesius cette parole qui résume bien plus simplement ce que je viens de dire :« À quoi te sert que le Christ se relève de la mort si toi tu restes couché ? »

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