pasteur de l’Église Unie du Christ, États-Unis
traduction raccourcie, Gilles Castelnau
Pendant le service du Vendredi saint, j’ai rappelé l’histoire vraie du sacrifice du Père Maximilian Kolbe à Auschwitz en 1941 :
Un prisonnier s’était évadé de ce camp de concentration et la règle voulait que dix prisonniers soient tués pour chaque évadé.
Ce jour-là, le commandant choisit donc au hasard dix noms dans le registre des détenus et commença à les appeler.
Lorsqu’il mentionna le nom de Franciszek Gajowniczek, celui-ci s’écria :
– Ma femme, mes enfants !
Le Père Maximilian Kolbe, prisonnier lui aussi, se dirigea alors droit sur l’officier allemand, ôta son chapeau et le regarda dans les yeux :
– Herr commandant, je veux mourir à la place de ce prisonnier. Je n’ai ni femme ni enfants. Je suis vieux et il est en meilleur état.
– Qui es-tu ? demanda l’officier.
– Un prêtre catholique.
Un grand silence régna.
Le commandant aboya :
– Demande acceptée !
Et le Père Kolbe fut effectivement exécuté à la place de son codétenu. Celui-ci survécut finalement à l’holocauste et retourna après la guerre dans sa ville natale de Pologne. Il plaça une plaque dans son jardin sur laquelle il écrivit :
« Hommage à Maximillian Kolbe qui est mort pour que je vive. »
Dans ma prédication, j’ai comparé le sacrifice de Maximillian Kolbe à la mort de Jésus sur la croix. « Comme le prêtre, ai-je dit, Jésus est mort à notre place »
Mais en disant cela, j’étais mal à l’aise. Quelle est, en effet, le rôle de Dieu dans cette histoire ? Il est clair que Maximillian Kolbe y représente Jésus, donnant sa vie pour nous. Mais Dieu ? J’ai alors pris conscience avec horreur que Dieu était représenté par le commandant nazi d’Auschwitz réclamant sang, souffrance et mort.
Cette réflexion m’a stupéfié. Elle signifiait que sous la théologie traditionnelle, sous les liturgies, les prières, les chants et les hymnes chrétiens affirmant que « Jésus est mort pour nos péchés », se trouve une divinité assoiffée de sang, courroucée et vengeresse, exigeant la mort pour expier le péché humain. Et bien sûr, ceci est exactement contraire à l’esprit de miséricorde et d’amour que Jésus nous a fait connaître.
C’est cette nuit-là que j’ai cessé de croire au sacrifice substitutif par le sang de la croix et que j’ai décidé de ne plus jamais chanter « attaché à la croix pour moi… »
Bien que la métaphore de l’expiation par le sang ait eu un sens pour le monde ancien qui pratiquait les sacrifices d’animaux, il est aujourd’hui théologiquement inacceptable de penser que Dieu ait pu exiger le sacrifice sanglant de son fils afin de pardonner à l’humanité. Comment pourrions-nous aimer, adorer et servir un Dieu aussi violent, impitoyable et vengeur ? il est plus que temps pour les chrétiens du XXIe siècle de rejeter cette théologie grossière et barbare.
Laisser un commentaire