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Lucas Cranach, Magdalena Luther, vers 1540

 

Portrait de Magdalena Luther

fille du réformateur Martin Luther

 

par

Lucas Cranach l'Ancien


1472-1553

 

Peintre et graveur humaniste
l'un des plus illustres de la Renaissance germanique
peintre officiel à la cour de Saxe
ami de Martin Luther

 

Paris, Musée du Louvre
aile Richelieu 2e étage, salle 8


Gilles Castelnau

et

Élisabeth Foucart-Walter

conservateur en chef au Département des peintures au musée du Louvre


.

Gilles Castelnau

 

Ce tableau a une allure un peu puritaine avec notamment ce fond noir. La jeune fille ne semble pas triste, tout au plus songeuse ou plutôt méditative. Cela me semble tout à fait dans le style de l'Allemagne de cette époque, de la Réforme luthérienne, contrairement à l'exubérance des tableaux italiens de la même époque, comme ceux du Titien, qui ne sont certes pas peints sur fond noir. Le Titien aurait ajouté des bijoux à la jeune fille, alors que Cranach n'en a pas peint un seul, à l'exception d'un tout petit noeud noir qui ferme son corsage. Elle n'a ni perles, ni bagues, ni boucles d'oreilles. On est dans l'ambiance de la Réforme luthérienne : on ne vit pas dans la joie, dans l'exubérance d'une vie naturellement bonne. L'homme, depuis son enfance se sent responsable de lui. Martin Luther le lui a certainement fait comprendre en lui faisant son catéchisme. Il a dû lui dire : « tu es responsable de toi-même. On ne dépense pas son argent pour se faire plaisir mais pour construire un monde meilleur. »

Le fondement de la Réforme est cette phrase de Luther à la diète de Worms, devant l'empereur Charles Quint et le légat du pape :

« A moins qu'on ne me convainque par des attestations de l'Écriture ou par des raisons évidentes, ma conscience est captive des paroles de Dieu ; je ne peux et ne veux rien rétracter. Car il n'est ni sûr ni honnête d'agir contre sa propre conscience. Je m'en tiens là. Je ne puis faire autrement. »

Magdalena Luther, La fillette du portrait, est bien une petite protestante de l'Allemagne renaissante protestante du 16e siècle. Elle montre par sa tenue qu'elle porte effectivement la responsabilité de sa vie, du monde. Elle est puritaine.

La Renaissance est faite des idées nouvelles qui commençaient à naître et enthousiasmaient les hommes. Les grandes découvertes, le retour vers les auteurs anciens grecs et latins : l'homme se sentait émancipé.

Luther a-t-il été influencé par Cranach et par tous les autres humanistes et les a-t-il influencé à son tour ? En fait, ils ont, ensemble, participé à ce grand mouvement de la Renaissance. Cranach était un peu plus âgé que Luther, il avait onze ans de plus. On peut imaginer qu'il disait à Luther que les hommes devaient être conscients de  leur responsabihlité personnelle devant Dieu, que chacun peut être dépréoccupé de soi-même et n'a pas à faire ses preuves. C'est bien le sens de 95 Thèses de Luther qui lui ont permis de se tenir debout, lorsqu'il fut mis au ban de l'Empire, à la diète dde Worms en 1521, face aux représentants du saint Empire et de la sainte Église.

 

 

.

 

Élisabeth Foucart-Walter

 

Une identification rétablie

 

En 1910, le Louvre fit l’acquisition à la galerie Léonce et Paul Rosenberg, à Paris, d’un délicat Portrait de fillette par Lucas Cranach l’Ancien, dont le modèle était alors inconnu, et les choses en restèrent là jusqu’en 1933.

 

La « découverte » d’une gravure par Georges Giraudon

Dans le Bulletin des Musées de France de février 1933, Édouard Michel proposa d’identifier cette jolie demoiselle avec Magdalena Luther, la fille du Réformateur Martin Luther (1483-1546), à la suite de la récente « découverte » faite par l’éditeur de photographies bien connu Georges Giraudon d’une gravure au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale ; très proche du tableau du Louvre, elle portait une inscription en latin donnant l’identité du modèle : Magdalena, fille de Martin Luther et de Katharina von Bora, née en 1529 et morte le 20 septembre 1542 à l’âge de 14 ans.

 

Magdalena, fille de Martin Luther et de Katharina von Bora,
née en 1529 et morte le 20 septembre 1542 à l'âge de 14 ans

(mention de 1699)
Gravure anonyme

Édouard Michel enquêta : cette gravure, déjà connue de la littérature allemande, était tirée de la Vita D. Martini Lutheri de Christian Juncker éditée à Francfort et Leipzig en 1699. Une image postérieure de plus d’un siècle et demi à l’époque de Luther, mais qui pouvait fort bien se fonder comme telle sur une tradition plausible.

 

Le portrait analogue conservé à Wittenberg

En plus de la gravure, il existe en effet à la Staatliche Lutherhalle de Wittenberg – faut-il rappeler que Wittenberg est un haut lieu du luthéranisme puisque que Luther y afficha en 1517 ses fameuses 95 thèses contre les indulgences ? −, un portrait, cité également par Édouard Michel, et considéré de longue date comme celui de Magdalena Luther peint par Cranach :

 

Portrait de Magdalena Luther
D'après Lucas Cranach, copie ancienne


Ce tableau entra à la bibliothèque de Wittenberg en 1860, légué par le Dr. Augustin, pasteur à Halberstadt ; antérieurement, il avait appartenu au juriste et poète Magnus Gottfried Lichtwer (1719-1783) puis au peintre portraitiste Georg Friedrich Adolph Schöner (1774-1841), deux personnalités, soulignons-le, de la bonne société réformée de Wittenberg et de Halberstadt. Il s’agit à l’évidence d’une copie ancienne, de facture un peu modeste, peinte d’après un original de Cranach qui n’est autre que le tableau apparu en 1910 (on ne sait rien de la provenance de ce dernier) et acheté alors par le Louvre. L’effigie gravée de la fille de Luther avait elle-même connu une certaine fortune dans le monde luthérien. C’est ainsi que Magdalena trône en quelque sorte au centre d’une estampe du début du XVIIIe siècle, avec Luther et son épouse au registre supérieur et les propres parents du Réformateur à la partie inférieure

 



Portraits de la famille de Martin Luther
Engelhard Nunzer (+ 1733)

 

Des arguments de style longtemps opposés à l’identification du modèle avec Magdalena Luther

S’il s’agit de Magdalena Luther, en raison de sa date de naissance (1529) et de l’âge apparent de la fillette représentée (une dizaine d’années environ), le tableau se situerait vers 1539-1540. Au cas où il s’agirait d’un portrait rétrospectif commandé par Luther à Cranach pour garder le souvenir de sa fille dont la disparition l’avait beaucoup affecté, il pourrait même être légèrement postérieur à septembre 1542. Or, une telle datation entre 1539 et 1542 a été jusqu’ici rejetée par la plupart des spécialistes de Cranach pour des raisons d’ordre stylistique, et par voie de conséquence l’identification avec Magdalena Luther écartée. Ainsi, Max Friedländer et Jakob Rosenberg situent le portrait du Louvre vers 1520 dans leur corpus réputé de Cranach de 1932 (ils excluent qu’il puisse s’agir de Magdalena Luther et connaissent bien entendu la copie de Wittenberg), datation reprise dans l’édition française révisée de 1978. Werner Schade fait de même en 1974, dans sa monographie sur l’artiste. Pour notre part, nous avions opté dans le catalogue des peintures allemandes du Louvre, en 1981, pour le titre − prudent − de Portrait présumé de Magdalena Luther, mais, à une date plus récente, nous écrivions que cette « identification semblait, hélas !, relever de la pure légende » (1997). Cela dit, cette convergence des historiens d’art pour retenir une date proche de 1520 se fondait sur la seule analyse d’une évolution du style chez Cranach l’Ancien qui n’est, convenons-en, pas assez évidente pour s’imposer comme une preuve irréfutable... Le portrait de la Lutherhalle devait finir lui-même par être débaptisé, tout en ayant paradoxalement les honneurs d’une reproduction en couleurs, en couverture d’une publication de 1986 sur les collections luthériennes de Wittenberg

 

L’examen dendrochronologique venant au secours de Magdalena Luther…

Un nouvel élément devait être apporté par les examens dendrochronologiques (consistant à mesurer les anneaux de croissance annuels d’un arbre) effectués en 1981 puis en 1983 par le Dr Peter Klein, spécialiste allemand de cette discipline, sur l’ensemble des panneaux de Cranach du Louvre. Il est apparu dans le cadre de cette étude que notre portrait avait été peint sur une planche provenant d’un hêtre abattu en 1521 ; considérant un temps de séchage moyen de deux ans, le Dr Klein proposa de situer le portrait du Louvre vers 1523, datation que nous avons alors suivie sans réticence. Toutefois, le Dr Klein avait aussi établi que quatre autres tableaux de Cranach avaient été peints sur des panneaux provenant de ce même arbre. Or, chacun porte une date différente : 1525 pour le Portrait d’une jeune femme d’Helsinki, 1526 pour celui de Hans (?) Melber de Munich, 1528 pour le Jeune patricien de Berlin et enfin 1535 pour L’Âge d’argent du Louvre.

 

L'Age d'argent, 1535
Lucas Cranach l'Ancien

Heureuse coïncidence qui fait que deux tableaux de Cranach provenant du même arbre, notre Magdalena et L’Âge d’argent, se retrouvent aujourd’hui dans une même salle au Louvre ! Preuve en tout cas que Cranach gardait assez longtemps dans son atelier des panneaux en réserve, ce qui est tout à fait compatible avec une exécution du portrait du Louvre quelques années (mettons entre quatre et sept ans) après L’Âge d’argent de 1535.

 

Une réhabilitation : du présumable à la certitude

Dès lors que l’objection d’une date d’exécution trop précoce peut être écartée, pourquoi cette fillette ne serait-elle pas Magdalena Luther que Cranach aurait peinte sur un petit panneau resté dans son stock depuis une bonne quinzaine d’années ? Comme on le sait, Cranach, relayé par son atelier, a peint, dessiné et gravé à maintes reprises les grandes figures du monde luthérien : Martin Luther lui-même et son épouse Katharina von Bora, ses parents, mais aussi les princes et princes-électeurs de Saxe engagés dans la Réforme ainsi que diverses figures de la noblesse beaucoup moins connues. Notre gentille Magdalena tranche justement avec les effigies parfois quelque peu clinquantes et arrogantes de ces princes luthériens – comme le portrait du Louvre de 1531 montrant Jean-Frédéric le Magnanime, futur prince-électeur de Saxe, dans toute sa superbe.

 

Jean-Frédéric le Magnanime, 1531
Lucas Cranach l'Ancien

 

On est ici beaucoup plus proche de l’esprit d’un autre portrait de Cranach au Louvre, Caspar von Köckeritz :

 

Caspar von Köckeritz
Lucas Cranach l'Ancien

Ce seigneur saxon à qui Luther dédia en 1530 sa traduction en allemand du 111e Psaume de la Bible. Mêmes harmonies sombres, même sobriété pleine de distinction. On sent bien qu’avec cet attachant portrait d’enfant on est en présence d’une œuvre assez intime, très probablement destinée à Martin Luther lui-même : la fillette, presque trop sage et réservée, se détache sur un fond sombre qui la met en valeur ; seules animations de cette effigie à la limite de la monochromie, une longue et souple chevelure blonde, des mains fines et délicates, un corsage crème élégamment barré de rubans horizontaux. Magdalena a-t-elle été peinte lorsqu’elle avait une dizaine d’années, à moins qu’il ne s’agisse d’un portrait-souvenir exécuté au moment de son décès (1542) ? On ne le saura jamais.

Toujours est-il que cette Magdalena, si tôt enlevée à l’affection de ses parents, apparaît dans les écrits mêmes de Luther (Tischreden) comme dans les textes qui, au fil du temps, ont formé une sorte de légende dorée autour du Réformateur. Ainsi, le célèbre Jules Michelet, dans ses Mémoires de Luther (la première édition remonte à 1835), rapporte la très charmante anecdote suivante : Magdalena aurait un jour refusé de chanter un choral de son père, alors que sa mère l’y invitait vivement. Luther, prenant fait et cause pour la petite chanteuse rétive, aurait dit : « Rien de bien par la force. Sans la grâce, il ne résulte rien de bon des œuvres de la loi ».

 

voir aussi

Gilles Castelnau et Élisabeth Foucart-Walter Lucas Cranach l'Ancien
Gilles Castelnau et Élisabeth Foucart-Walter La Vierge à l'œillet
Gilles Castelnau Anton Fugger

 

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