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SpiritualitÉ des images


 

 

Paul Gauguin

 

Laure-Caroline Semmer

docteur d’histoire de l’art et chargée de cours à l’Université de Versailles Sant-Quentin-en-Yvelines

 


Éd. Larousse

128 pages - 12,90 €

 

 

12 octobre 2017
Laure-Caroline Semmer cite en exergue de son livre sur Gauguin la phrase de celui-ci qui présente bien toute son œuvre :

« Si j’était appelé à définir très brièvement le mot art, je l’appellerais la reproduction de ce que les sens perçoivent dans la nature à travers les voiles de l’âme. »

Cet intéressant livre paraît en contrepoint de la grande rétrospective du Grand Palais.

Laure-Caroline Semmer nous rappelle dans une première partie les étapes de la carrière de Gauguin, de Bretagne à Tahiti en passant par la brève phase d’Arles en compagnie de van Gogh. Elle nous montre l’évolution de sa peinture en les illustrant de belles reproductions de ses tableaux.
Dans la grande deuxième partie, elle commente les principales toiles de Gauguin, fort bien reproduites, en nous en faisant comprendre la profondeur.

En voici trois exemples :

 


Le Christ jaune, 1889

page 70

Syncrétisme accompli entre référence chrétienne et culte païen, frappante par ses couleurs et le contraste dominant entre jaune saturé et rouge, cette toile intrigue. Audacieuse et courageuse ou blasphématoire et sacrilège : les attributs ne manqueront pas pour décrire cette œuvre qui compte parmi les plus célèbres du peintre. Parangon de son style mystico-religieux, du cloisonnisme et de son intérêt pour le folklore breton, elle témoigne parfaitement du mélange des références si chères à Gauguin. Placée dans un contexte « naturel », avec au premier plan des Bretonnes en prière qui rappelle évidemment Vision après le sermon, cette scène donne à voir le Christ lui-même et non plus seulement la ferveur qu'il déclenche. Sorte de transposition bretonne et symboliste d'une scène traditionnelle de crucifixion, la figure centrale est directement inspirée par une œuvre locale en bois polychrome datant du XVIIe siècle qui se trouve dans l'église de Pont-Aven, le Christ de la chapelle de Trémalo. Par son intérêt pour l'art local et sa simplicité plastique mais aussi pour la pratique religieuse folklorique des Bretons, Gauguin témoigne également de sa ferveur personnelle, lui qui ne se départira jamais de sa culture chrétienne d'origine. Grâce au contraste coloré si fort au premier plan, dont l'effet est pourtant si peu réaliste, Gauguin réussit à nous montrer un Christ presque vivant, au visage serein. Cet effet de réel sublimé est renforcé par le second plan : dans un décor totalement stylisé fait de lignes sinueuses et de couleurs saturées, un homme semble enjamber une clôture.

Curieuse césure entre le monde spirituel des Bretonnes et la vie réelle des paysans locaux, cette clôture à enjamber apparaît presque comme une métaphore de l'état de Gauguin [...]

 



Je vous salue Marie – La Orana Maria, 1891


page 82

Dans Je vous salue Marie, à la composition plus harmonieuse, on retrouve ce syncrétisme local que l'artiste développe à Tahiti. Bien que tahitienne, l'œuvre joue avec des éléments de la culture catholique. Gauguin décrit cette toile dans une lettre à Daniel de Monfreid datée du 11 mars 1892 : «  j'ai fait pourtant un tableau, une toile de 50. Un ange aux ailes jaunes indique à deux femmes tahitiennes Marie et Jésus tahitiens aussi - du nu vêtu du paréo, espèce de cotonnade à fleurs qui s'attache comme on veut à la ceinture. Fond de montagne très sombre et arbres à fleurs - Chemin violet foncé et premier plan vert émeraude; à gauche des bananes - J'en suis assez content. »

Comme dans une peinture Renaissance, deux personnages reconnaissent la Vierge et le Christ parmi les hommes grâce à leur auréole ; la présence de l'ange caché dans les feuillages achève de conférer une tonalité chrétienne à cette scène. Le titre inscrit au premier plan de l'œuvre vient, quant à lui, donner une touche d'exotisme par l'utilisation de la langue tahitienne. Inspirées des reproductions du temple de Borobudur plus que de la réalité, les femmes sont habillées de paréo quand les Tahitiennes portaient des robes manufacturées la plupart du temps ; ces personnages montrent que Gauguin continue de mélanger le réel et l'imaginaire. Il crée un Tahiti composite dont il pense qu'il rencontrera le succès en métropole. D'ailleurs, La Orana Maria lui semble tant correspondre au goût de la métropole qu'il cherche à en faire don au musée du Luxembourg à son retour en 1894. Elle sera refusée.

 

D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? 1897
1,39 x 3,74 m

page 108

L' année 1897 est très difficile pour Paul Gauguin. Rentré en France depuis septembre 1895, il est sans argent, souffre de sa cheville et de forts symptômes syphilitiques. L’annonce de la mort de sa fille Aline au printemps 1897 le plonge dans un profond désarroi, comme il l'écrit à Daniel de Monfreid en février de l'année suivante à l'heure d'envoyer cette immense toile. En proie à de fortes fièvres et migraines, il pense à se suicider : « Alors j'ai voulu avant de mourir peindre une grande toile que j'avais en tête et durant tout le mois j'ai travaillé jour et nuit dans une fièvre inouïe », écrit-il. Plus métaphysique qu'esthétique, cette œuvre affirme que la peinture est aussi forte que la philosophie et parle de l'homme et de son angoisse à l'heure de sa mort. D'ailleurs, le titre n'est, pour une fois, pas en tahitien et montre l'aspect à la fois personnel et universel qu'il a voulu donner à son tableau. Dans cette lettre à Daniel de Monfreid, il avoue y avoir mis toute son âme. « Dame, ce n'est pas une toile faite comme un Puvis de Chavannes, études d'après nature puis carton préparatoire, etc. Tout cela est fait de chic, du bout de la brosse, sur toile à sac pleine de nœuds et de rugosités, aussi l'aspect en est terriblement fruste. »

Composition enchevêtrée, cette œuvre donne à voir pêle-mêle des références chrétiennes, un Tahiti fantasmé et un Tahiti réaliste, une idole inspirée du temple de Borobudur, les trois âges de la vie. Mais laissons J'artiste la décrire précisément : « À droite et en bas, un bébé endormi et trois femmes accroupies. Deux figures habillées de pourpre se confient leurs réflexions ; une figure énorme volontairement et malgré la perspective, accroupie, lève les bras en J'air et regarde, étonnée, ces deux personnages qui osent penser à leur destinée. Une figure du milieu cueille un fruit. Deux chats près d'un enfant. Une chèvre blanche. L’idole, les deux bras levés mystérieusement et avec rythme, semble indiquer l'au-delà. Figure accroupie semble écouter l'idole ; puis enfin une vieille près de la mort semble accepter, se résigner à ce qu'elle pense et termine la légende ; à ses pieds un étrange oiseau blanc tenant en sa patte un lézard représente l'inutilité des vaines paroles. Tout se passe au bord d'un ruisseau sous-bois. » En train de réfléchir sur l'origine, la définition même de la vie, ces personnages représentent toute la complexité de ce questionnement. Gauguin d'ailleurs n'affirme pas posséder de réponses : il ne nous donne pas à voir la vie, mais des personnages réfléchissant sur la vie. La répartition de l'œuvre prend alors tout son sens.

Cet homme, au centre, en train de cueillir une pomme semble-t-il, comme Adam lui-même, symbolise le passage entre le monde de la pensée et le monde réel. De l'autre côté, que trouve-t-on ? Les trois âges de la vie, avec la petite fille, la jeune femme, et la vieille femme dans cette fameuse pose de la momie péruvienne ; une idole, qui représente la spiritualité, cruciale à l’heure de la mort, car elle symbolise l'espoir pour ceux qui croient et dont probablement Gauguin fait partie. Moins contrastée dans ses couleurs que certaines œuvres du peintre, D'où venons-nous... se présente comme un achèvement et un testament pictural. « Il est vrai qu'on ne se juge pas bien soi-même mais cependant je crois que non seulement cette toile dépasse en valeur toutes les précédentes mais encore que je ne ferai jamais une meilleure ni une semblable. » Tout est dit.



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