Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français


Spiritualité


Il n’y a qu’un seul Dieu, lequel ?


 

Jean-Yves Leloup

 

éd. Philippe Rey
192 pages – 18 €

 

recension Gilles Castelnau

 

4 avril 2018

Jean-Yves Leloup est écrivain, philosophe, théologien et prêtre de l’Église orthodoxe. Il a publié de très nombreux ouvrages.
Il est un mystique contemplatif. Il aime parler et écrire.
Cet ouvrage est un long monologue de méditation spirituelle, un long fleuve de vie apaisée. Il rayonne d’une confiance, d’une tendresse, d’un bonheur qui font du bien.
On relève à la lecture des passage saisissants qui donnent à penser...

En voici quelques uns.

 

 

Avant-propos

page 9

Une petite fille regarde le plafond de la chapelle Sixtine et demande à sa mère :
- Où est Dieu ?
- C'est le vieux monsieur avec la barbe blanche qui tend la main à l'autre monsieur, plus jeune, Adam, son fils.
La petite fille s'étonne : l'un comme l'autre ressemblent à des hommes. Ce n'est pas Dieu.
- Dieu est invisible, dit-elle, il ne peut pas ressembler à quelque chose ou à quelqu'un.
La mère est surprise par l'intelligence de sa fille, par son bon sens qui la traverse à son tour, comme un éclair :
- Oui tu as raison. Dieu, c'est cette lumière, ce silence, cet espace entre les deux doigts de l'homme qui représente Dieu et de l'homme qui représente Adam.

 

 

De quel Dieu parlons-nous ?

page 23

Dire que Dieu existe ou dire que Dieu n'existe pas, c'est dire à peu près la même chose. Pourquoi tant de querelles entre ceux qui affirment que Dieu existe et ceux qui affirment que Dieu n'existe pas ? Si nous réfléchissons un peu, cela n’a pas beaucoup de sens : si je dis « Dieu existe », il va falloir préciser comment Il existe. Et si je précise comment Il existe, je suis obligé de dire qu’Il n’existe pas comme les choses existent, que ce n'est pas une chose parmi les choses, que ce n'est pas un objet, ce n'est pas un (gros) être. Dieu n'existe pas comme existent les choses.

Si j'affirme que Dieu n’existe pas, il va falloir dire qu'Il n’existe pas comme quelque chose qu’on peut sentir, qu'on peut peser, qu'on peut mesurer. Alors, paradoxalement, je parle dans les termes mêmes de l'Evangile de Jean, « Dieu, nul ne L’a jamais vu » (Jn I) : Dieu n est pas un quelque chose à voir, c'est la lumière qui nous permet de voir. Ce n'est pas un objet de conscience, c'est la Conscience qui nous permet d'être conscient de ces différents objets. Dieu existe ! Dieu n'existe pas ! Si on interroge nos affirmations et nos exclamations, on arrive à la même conclusion.


page 33

La voie du cœur
Certains diront que ce langage, que cette façon de parler de Dieu, décrit « le Dieu des philosophes, des savants » et non « le Dieu des croyants, Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob » (cf. le mémorial de Pascal). C'est aussi le Dieu des sages, le Dieu des silencieux, « mais, la cause première, moi, ça ne me parle pas ; le premier principe, je veux bien, mais cela ne me touche pas et cela ne m’aide pas beaucoup dans mes problèmes, dans ma souffrance, dans ma maladie. J'ai plutôt besoin de quelqu'un. »

On est alors davantage attiré par les voies du cœur où Dieu n'est pas un premier principe, une cause première, mais quelqu'un ; c'est une présence, c'est une personne. Le propre du cœur, c'est de tutoyer toute chose.

 

 

Dieu est-il une personne ?
Peut-on parler de spiritualité sans Dieu ?


page 62

Le problème, c'est qu’on traduit généralement le mot « personne » dans le sens d'individu. Et quand on dit que Dieu est une personne, on en fait un individu. Dieu n'est pas un individu, Il n’est pas une personne dans ce sens, Il n’est pas comme on le représente quelquefois dans certains tableaux, un grand vieillard barbu. Dieu est une personne dans la mesure où Il est une relation, où Il est don de Lui-même : l'Être se donne. Parler de Dieu comme personne, c'est observer que, dans l'Être, il y a du don, il y a donation. L’Amour précède l'Être. L’Être est déjà un don. Quand on dit que Dieu est Trinité, on dit que Dieu est relation, don de l'Être. Et devenir une personne, être soi-même une personne, c'est sortir de notre être « individuel ». L’individu, c'est ce qui est fermé sur soi-même, la personne, c'est cet individu qui se donne, qui se donne à travers la paternité, la filiation, la relation, autant d'expressions symboliques qui tentent de dire que Dieu est Amour. C'est l'Être qui se donne, qui se communique. On parlera d'intercommunion, d'intersubjectivité ou encore d'interconnexion, d'interrelation.

 

 

Dieu est amour ?

 

page 81

Quand Yeshoua, dans l'Évangile, nous déclare : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés... », quel est le mot employé ? Est-ce que Jésus nous dit : « Soyez amoureux les uns des autres » ? Ou : « Soyez amis les uns des autres » ? Ce serait une invitation à l'amitié, une invitation au partage, une invitation à l'alliance ; mais l'expression qu’il emploie, c'est « Agapete allelus ». C'est-à-dire : « Je vous propose une expérience nouvelle, un exercice nouveau : essayez d'aimer gratuitement, essayez d'aimer pour rien ! Et vous allez voir que vous devenez « participants de la nature divine », vous devenez ce que « je suis », ce que j'incarne, vous devenez Agapè.
[...]
Il nous dit aussi « aimez vos ennemis ! », il ne dit pas « soyez l'ami de votre ennemi », (philia), ce n'est pas possible ! Mais « agapete ». Vous êtes capables de respect, vous êtes capables de reconnaître l'autre qui ne vous plaît pas dans sa différence. Si vous êtes capables de cela, vous posez sur l'autre le regard même de Dieu. Ce n'est plus vous qui vivez, c'est l'Amour qui vit en vous. C'est une invitation à un exercice, et à une pratique de divinisation (theosis).

 

 

Évolution de la conscience et représentation de Dieu

 


page 95

L’échelle des « je suis »
On n’a jamais le droit d'imposer sa foi à quelqu’un. L’Évangile ne s'impose pas : « si tu veux » ; si tu veux, viens... « Acolouthei moi - accompagne-moi », dit Yeshoua.

Il ne dit jamais : « je t'ai guéri » ou « ma foi t'a guéri » ou « ma prière t'a guéri », mais il dit : « ta foi t'a guéri... ».

Ce n'est pas Jésus qui guérit, sa présence a été utile pour éveiller la foi du malade, sa conscience a été réveillée, sa foi l'a sauvé. Notre façon de parler de Dieu, quand on est soi-même, est différente. On ne répète pas ce qu'on a appris au catéchisme, on ne répète pas ce qu'on a lu dans les livres, ce qu'on a entendu à une conférence, mais on assume, on en fait quelque chose de personnel, quelque chose de propre.

 

Notre façon de parler de Dieu
Si nous sommes restés fixés, par exemple, au stade oral, mal sevrés, il y aura toujours en nous cette faim, cette soif qui cherchent à se combler par toutes sortes d'alcools ou de drogues ; ce « manque viscéral », on peut aussi chercher à le combler du côté de Dieu. À ce moment-là, on fait de Dieu « une grande tétine », c'est le langage de Maître Eckhart quand il considère ceux qui traitent Dieu comme une « vache à lait », c'est-à-dire un Dieu qui doit répondre à nos besoins : « j'ai mal, je souffre, donc j'appelle Dieu ». Je l'invoque comme la mère qui m'a manqué, comme la bonne mère qui doit être là, à mes petits soins, à mon service, quand j'ai faim et quand j'ai soif, J'ai alors une relation infantile avec Dieu. Nous sommes souvent cet enfant perdu et nous évoquons l'absolu comme une mère secourable.

[...]

L’empreinte laissée par le catéchisme est quelque chose de très fort, parce que l'enfant est totalement réceptif. On devrait faire davantage attention à ce qu'on raconte aux enfants, parce que l'enfant accueille vraiment ce qu'on lui donne. Et quelquefois ce qu’on lui donne, ce n'est pas de la liberté, du bonheur, de l'amour, c'est un dieu terrible qui juge et culpabilise. C'est de la culpabilité plus que de la responsabilité.

[...]

N'est-ce pas attristant de voir des adultes qui restent fixés aux images du dieu reçues à l'école maternelle, comme s'ils n'avaient pas étudié, comme s'ils n'avaient pas évolué ? Comme si Dieu, c'était ce que le « catéchisme en dit ». Il y a d'autres façons de parler de Dieu, il y a d'autres façons d'aborder le Réel infini, d'autres images à employer - accepter que les images qu’on a reçues n'étaient pas obligatoirement mauvaises, mais relatives. Le drame d'un catéchisme, c'est de nous mettre en « arrêt de pensée », en état d'arrestation.

 

 

Job ou le problème du mal

page 142

Il n'y a pas de Jésus sans Judas. Jésus sans Judas, ce serait un bouddha comme les autres, dans ce sens où Jésus aurait vécu longtemps, tranquillement, en continuant d'enseigner. Judas a une fonction : révéler Jésus, révéler le Christ en Jésus, révéler quel Amour est au cœur de Yeshoua. Autrement, Jésus aurait été un dieu comme les autres dans le panthéon, un être parfait, un être de lumière qui ne connaît pas la souffrance, qui ne connaît pas l'obscurité, l'abandon, qui ne connaît pas la mort. Un être qui n'aurait pas vaincu la mort. Un dieu qui ne sait rien de l'homme.

 

 

« Tuer Dieu » ou en « prendre soin » ?
De Friedrich Nietzsche à Etty Hillesum

 

page 149

« Dieu, nul ne L’a jamais vu. » (Jn 1,18)
C'est une évidence : l'Invisible n'est pas visible.
La Vie, nul ne l'a jamais vue.
La Conscience, nul ne l'a jamais vue.
L’Amour, nul ne l'a jamais vu.
La Liberté, nul ne l'a jamais vue.
« Dieu, seule l'incarnation nous Le fait connaître » (Jn 1,18).
C'est une autre évidence : on ne connaît la Vie que dans des corps qui la manifestent ; corps humains ou corps cosmiques.
On ne connaît la Conscience que dans les corps conscients d'eux-mêmes et des autres.
On ne connaît l'Amour qu'à travers les actes amoureux, bons, beaux et respectueux de corps vivants et conscients.
Les saints ne « démontrent » pas l'existence de Dieu, ils la « montrent » ; à travers leur propre existence et leurs actes, ils n'ont « rien d'autre à faire que d'aimer ».
La liberté, on ne la prouve pas, on l'éprouve, à chaque instant où la Vie nous inspire d'être plus vivant, plus conscient, plus aimant, plus libre à l'égard de tous nos conditionnements.
Nous sommes libres également, si ce n'est de « tuer » Dieu, de Le « meurtrir » en nous et choisir chaque jour d'être moins vivant, moins conscient, moins aimant, moins libre...

 

Retour
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.