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Athéisme

 

 

 

Gilles Castelnau et Laurent Gagnebin


dialogue à la radio Fréquence Protestante

29 avril 2017

 

 

20 octobre 2017

Gilles Castelnau. Nous présentons deux manières différentes de présenter l’athéisme qui sont, en fait peut-être très semblables. Je dirai un mot sur la manière dont des théologiens anglo-saxons pensent l’athéisme et tu commenceras en parlant de la pensée classique en France.

Laurent Gagnebin. Il n’y a en fait pas un seul athéisme mais plusieurs. Il en est de même d’ailleurs du christianisme : il y a plusieurs formes de christianisme. Je ferai deux remarques introductives. Si nous sommes si fortement requis par l’athéisme c’est parce qu’une grande part de cet athéisme vit en nous. La foi suppose le doute. Alexandre Vinet, ce grand penseur de Lausanne du 19e siècle disait : « là où l’incrédulité est impossible, la foi est impossible aussi. »
Quand j’étais professeur à la Faculté de théologie, à l’occasion d’exercices de prédication je faisais remarquer aux étudiants que ce qui manque un peu dans votre prédication est que vous ne tenez pas compte du fait que vos auditeurs se posent des questions. Vous parlez comme si tout ce que vous dites allait de soi. Mais ce n’est pas le cas.
Le dimanche dans nos églises il y a des gens qui se demandent si Dieu existe vraiment, s’il y a vraiment une vie après la mort, est-ce que Jésus a vraiment multiplié les pains, marché sur l’eau, apaisé une tempête.
Le doute nous habite et dialoguer avec les athéismes est aussi une manière de dialoguer avec soi-même.

Une deuxième remarque est de dire que lorsque nous pensons aujourd’hui à l’œcuménisme ou au dialogue interreligieux, il ne faut pas oublier le dialogue avec les athéismes. Je me souviens d’une soirée de prière pour la paix qui avait eu lieu à l’église Saint-Merri, près de Beaubourg à Paris. Toutes les confessions chrétiennes ont eu des témoins qui se sont exprimés : les orthodoxes, les catholiques, les protestants ainsi que bouddhistes, les hindouistes, les musulmans, les juifs. Et on n’avait invité aucun agnostique, aucun athée. Ne pouvaient-ils pas se recueillir pour la paix à leur manière parmi nous ?

Le livre d’André Comte-Sponville « l’Esprit de l’athéisme, introduction à une spiritualité sans Dieu ». Il y a en effet une spiritualité sans Dieu. Comte-Sponville y écrit : « nous sommes des êtres finis ouverts sur l’infini, des êtres éphémères ouverts sur l’éternité, des êtres relatifs ouverts sur l’absolu. » Comme le disait le poète romain Horace : « l’homme est pareil à un oiseau dont les ailes sont plus grandes que son nid ». Nous portons en nous le sens de la transcendance que nous soyons croyants ou que nous ne le soyons pas.

 

des pasteurs athées

Gilles Castelnau. Je lis dans les textes du monde anglo-saxon que je traduis aussi sur le site Protestants dans la ville que j’anime, des pasteurs qui se disent athées et dont la pensée me semble ressembler à ce que tu as dit de Comte-Sponville. Des pasteurs qui demeurent pasteurs avec l’accord de leurs paroissiens et des autorités de leur Église et dont le nombre augmente actuellement. On dit que des autocars entiers se garent devant l’église de Breda où prêche le pasteur Klaas Hendrikse. Ils voient une dimension sacrée, surnaturelle (ils récusent ces termes) dans la relation d’amour entre deux êtres.
Cela a d’ailleurs commencé il y a longtemps et je voudrais citer en exergue de ces réflexions une béguine alsacienne, Marguerite Porète, qui a été condamnée et brûlée vive le 1er juin 1310 à Paris. Elle disait que puisque Jean avait déclaré « Dieu est amour », c’est que l’amour est Dieu et lorsque deux personnes ont une relation fraternelle, positive, créatrice d’amour, c’est Dieu qui est là. Elle récusait la notion que les théologiens appellent le théisme. Et qui consiste à penser que Dieu est « là-haut », dans le ciel, en dehors du monde, tout-puissant, omniscient, omniprésent, agissant comme il le veut dans la vie des hommes, ayant envoyé son Fils qui marchait sur les eaux, apaisait les tempêtes, tout-puissant lui aussi.
Ceux qui ne peuvent pas croire ces choses récusent ce théisme et sont donc des a-thées. Je cite la pasteur canadienne Gretta Vosper qui a beaucoup de succès : elle a fait des tournées de conférences en Angleterre et en Nouvelle-Zélande. Elle dit ceci : Un croyant dit :
-  Dieu m’a donné la force qu’il fallait pour m’en sortir.
Celui qui croit qu’il « y a quelque chose » sans le nommer Dieu, dit :
-  Ça m’a donné la force d’en venir à bout.
Un humaniste laïc dira :
- J ’ai trouvé la force qui m’a permis de m’en tirer.
Un athée dira :
- J ’ai eu la force qu’il fallait.
Gretta Vosper dit : ils disent tous la même chose. Ils expriment tous la même force intérieure. Ne vaut-il pas mieux vivre de la force intérieure que Dieu fait monter en nous que de nommer Dieu sans savoir vivre en lui ?
Le pasteur Klaas Hendrikse a écrit ceci : « Dieu merci je suis athée »
Qu’est-ce que l’athéisme ? Le mot le dit déjà : il s’agit d’un refus du « théisme » dont je viens de parler. Un athée a cessé de croire au Dieu de son enfance. La majorité des croyants ont changé alors que chez les athées cette image ancienne a perduré et ils ne peuvent plus y croire. Mais nombreux sont ceux qui, tout en récusant l’idée de Dieu, vivent pourtant consciemment de l’élan, du dynamisme créateur qui passe entre nous lorsque nous aimons notre prochain et qui me semble tout à fait Dieu. Comme Comte-Sponville.

Laurent Gagnebin. Ces pasteurs-là qui ont une grande audience, correspondent aux questions que se posent leurs paroissiens. Ne pourrait-on pas dire, par conséquent, qu’ils sont athées au nom d’une certaine image d’un Dieu plus grand, plus noble, plus profonde que celle de beaucoup de croyants ?

Gilles Castelnau. Lorsque le pasteur Hendrikse est venu faire une conférence à Paris, et a évoqué « la relation créatrice d’amour entre deux êtres qui s’aiment », j’ai pensé que c’était cela la présence de Dieu. Mais il ne voulait pas accepter de dire qu’il croyait en Dieu. Il m’a dit « non » et je pense que c’était « oui ».

Laurent Gagnebin. Le mot « Dieu » est trop piégé. Ils y trouvent trop de représentations et d’images qu’ils refusent. Notre ami le professeur Raphaël Picon disait : « Il nous faut changer notre image de Dieu, nous devons croire en un « Dieu sans barbe ». Tu disais que ces athées n’ont pas évolué dans leur représentation de Dieu et récusent des notions auxquelles nous-mêmes ne croyons plus. Comment se fait-il que tant d’athées gardent aujourd’hui l’image d’un Dieu – qu’ils récusent à juste titre – alors que nous mêmes ne l’avons plus ?

Gilles Castelnau. Beaucoup de gens qui sont athées ont eu un catéchisme non crédible, très primitif où on leur présentait un Dieu tout-puissant, là-haut, capable d’intervenir souverainement dans notre monde s’il le souhaite. Je pense à une famille qui s’était mise à prier ce Dieu tout-puissant pour la guérison d’un enfant malade. Même le père qui n’y croyait pas s’y était mis. L’enfant est mort est tout le monde est devenu athée. La faute n’en revient-elle pas au pasteur qui les a laissés s’enliser dans cette notion « théiste » inacceptable.
Ce que disent les pasteurs Gretta Vosper et Klaas Hendrikse est justement que Dieu n’est pas cet Être surnaturel capable d’inverser l’évolution d’une maladie, d’arrêter un tsunami. Dieu est l’Élan dynamique qui monte à l’intérieur de nous-même. Mais beaucoup de gens en savent pas que l’on peut croire cela. Ils pensent que s’ils ne croient pas au Dieu « théiste » extérieur ils sont sans Dieu. Ils ne se rendent pas compte qu’il y a une autre manière de comprendre Dieu, non pas « théiste » mais « panenthéiste » comme disent les théologiens, c’est-à-dire « tout est en Dieu ».

Laurent Gagnebin. Il y a là une sorte d’humanisme qui est commun aux athées et aux croyants, aux athées et aux chrétiens. Plus même qu’un humanisme, il y a entre nous un agnosticisme commun. Je dis que Dieu existe mais je ne le sais pas, ce qui est une forme d’agnosticisme. Quand je dis « je crois », cela ne veut pas dire « je sais ». Il en est de même chez certains athées : ils disent « je crois que Dieu n’existe pas, mais je ne le sais pas ». Nous devons, dans ce dialogue, partager un agnosticisme commun.

Gilles Castelnau. Un auditeur téléphone : « Dieu existe vraiment et me l’a prouvé ». J’en suis très content. Mais je m’interroge : quel Dieu « existe vraiment » ? Le Dieu dont certains sont athées. Je pense notamment au pasteur Pat Robertson, qui est un pasteur américain. Du temps du terrible tsunami qui a détruit la Nouvelle Orléans il a dit que c’est Dieu qui a lui-même provoqué ce drame parce qu’une gay pride – que Dieu a, disait-il, en horreur – devait passer là le lendemain. Ce à quoi les athées ont répondu que la gay pride ne devait justement pas passer là mais plus loin. Un Dieu détruisant la Nouvelle Orléans à cause de sa réprobation de l’homosexualité à mes yeux n’existe pas : j’en suis athée.

 

Albert Camus

Laurent Gagnebin. Albert Camus est un humaniste dont nous nous sentons très proches. Dans son livre « La Peste » qu’il a écrit en 1947, le héros est un médecin, le docteur Rieux, homme remarquable, exemplaire. Nous nous reconnaissons en lui beaucoup plus que dans les prédications du Père Paneloux qui dit que la peste est dans notre ville parce que Dieu l’a envoyée pour nous punir. Ce qui rejoint la remarque du pasteur Robertson. Dans le livre d’Albert Camus le docteur Rieux n’est pas d’accord avec cette idée et refuse de croire en un tel Dieu. Camus voyait – comme nous aujourd’hui, une incompatibilité entre un Dieu d’amour et un Dieu tout-puissant. Camus était tourmenté par cela. Il disait : « je ne peux pas croire en un Dieu créateur d’un monde où des enfants sont torturés et meurent injustement, victimes des maladies et des maux de ce monde. » Camus traduit là un élan de l’être humain, de son dynamisme créateur, qui habite aussi les croyants.

Gilles Castelnau. Trois choses sont incompatibles :
la toute-puissance de Dieu,
sa bonté,
l’existence du mal.
Si Dieu est bon et tout-puissant, il ne peut pas y avoir de mal.
Si Dieu est tout-puissant et qu’il y a le mal, il n’est pas bon.
S’il y a le mal et que Dieu est tout-puissant, il n’est pas bon.
C’est d’ailleurs pourquoi on ne trouve nulle part dans la Bible les mots « tout-puissant ».

Laurent Gagnebin. Certaines traductions utilisent ces mots mais elles sont fautives par rapport aux originaux hébraïque et grec.

Gilles Castelnau. Dans la Bible Dieu est puissant, il n’est pas tout-puissant. Il ne faut pas se bloquer sur l’idée très jupitérienne d’un Dieu tout-puissant alors que justement Jupiter, s’il était considéré comme tout-puissant brandisseur de la foudre, n’était pas considéré comme bon et faisant régner une paix heureuse dans le monde ! On le craignait et voilà tout. Le Dieu de la Bible est puissant par la puissance qui agit en nous. Dieu est en nous, il n’agit pas sans nous, et il est plus que nous : il nous fait faire ce que nous n’aurions jamais pu faire par nous-même. Définir Dieu comme la puissance qui agit en nous et nous permet malgré tout, de nous relever et de marcher, avec un esprit de résurrection, voilà une définition de Dieu qui fait que l’on n’a plus besoin d’être athée.

Laurent Gagnebin. Dans la pensée de Camus il y a l’idée que croyants ou non, nous sommes ensemble pour résister au mal, aux injustices. Dieu ne nous oppose pas, croyants et incroyants. Nous sommes solidaires dans un même combat. Un christianisme social, pratique rassemble tous les hommes de bonne volonté, croyants ou non. C’est très important de le dire et Camus qui était athée, était très sensible à ce rapprochement.

Gilles Castelnau. D’ailleurs quand à Noël les anges chantent : « Gloire à Dieu dans les lieux très-hauts et paix sur la terre parmi les hommes de bonne volonté », je crois que parmi les hommes de bonne volonté, beaucoup ne peuvent pas croire à ce Dieu incroyable du théisme et la paix de Dieu est néanmoins pour eux. Ne vaut-il pas mieux collaborer, « croyants » et « incroyants » pour la paix, le dynamisme, la joie, sans savoir nommer Dieu – alors que c’est son Esprit qui nous anime - plutôt que le nommer et demeurer froid, égoïste, indifférent et dominateur ?

Laurent Gagnebin. Il y a une manière de servir Dieu qui n’est celle qui consiste à croire que Dieu est ceci ou cela. Beaucoup de gens qui n’ont pas les croyances chrétiennes ont pourtant une manière de vivre qui est exemplaire et qui, pour autant, n’a rien à voir avec un Credo.

Gilles Castelnau. Un auditeur pose la question suivante : « si je ne crois pas au théisme, qu’est-ce alors que le déisme ? »

 

Jean-Jacques Rousseau

Laurent Gagnebin. Jean-Jacques Rousseau, qui était croyant et protestant, employait effectivement le mot « déisme ». Lorsqu’il a écrit son fameux livre « l’Émile » qui a été immédiatement condamné par l’Église catholique, il présentait son « déisme ». Celui-ci consistait à croire que pour lui, il y a un Dieu maître du monde, aux origines du temps et de l’univers. Un Dieu qui nous inspire et nous habite. Rousseau répondait là aux athées du 18e siècle comme Diderot, par exemple, en affirmant qu’une forme de déisme très noble peut nous rassembler, nous unir.
Voltaire pensait la même chose. Un Dieu considéré comme l’Être suprême.
En écrivant, plus tard, ses « Lettres à Christophe de Beaumont », l’archevêque de Paris, il ne se disait pas « déiste » mais « croyant ». Croyant protestant, défendant un protestantisme d’ouverture en affirmant que la foi appartient elle aussi à la liberté de conscience qui est la nôtre et qu’on ne peut contraindre personne à croire ou à ne pas croire, et qu’on ne peut pas défendre une notion d’infaillibilité, aussi bien pontificale que biblique.
Le déisme rassemble beaucoup de gens aujourd’hui. Mais je me demande s’il n’est pas plus une croyance qu’une foi. Je fais une différence entre une croyance et la foi qui est de croire en Dieu. Nombreux sont ceux qui ne croient pas en Dieu mais croient que Dieu existe à l’origine du monde. Il y a une différence entre croire « que » et croire « en ». Par exemple certains affirment la Trinité : c’est une croyance. Ils croient « que » Dieu est trinitaire. Mais croire « en » Dieu est autre chose.

Gilles Castelnau. Si quelqu’un me propose la croyance que Dieu est trinitaire, que Dieu a créé le monde, je lui répondrai : et puis ? qu’est-ce que cela implique pour moi ? Personnellement je ne crois pas en un Dieu extérieur, théiste mais je crois en une présence intérieure qui me permet de me lever le matin malgré tout et de vivre de manière fraternelle, heureuse, de créer un monde meilleur avec l’Élan qui est en moi. Cela change vraiment quelque chose !

 

Jean-Paul Sartre

Laurent Gagnebin. Après l’athée qu’était Camus, on pourrait parler aussi de l’athée qu’était Jean-Paul Sartre qui présente un visage très différent de l’athéisme. Il dit qu’il a mené dans sa vie un grand combat très cruel pour parvenir à un athéisme rigoureux. Dans son livre « Les Mouches », il disait qu’il voyait une incompatibilité entre Dieu et la liberté de l’homme. « Si je crois en Dieu, l’homme n’est plus véritablement libre et si je crois que l’homme est véritablement libre, je ne peux plus croire en Dieu. »

Gilles Castelnau. Il s’agit là du Dieu théiste dominateur.

Laurent Gagnebin. Absolument. Alors que pour nous, loin d’être opposé à notre liberté, Dieu en est le fondement. Une autre chose intéressante que l’on trouve chez Sartre, dans l’ « l’Être et le néant » est que le propre de l’homme est de croire en Dieu. Cela rejoint un peu Comte-Sponville qui disait « nous sommes finis et nous pensons l’infini , des êtres éphémères ouverts sur l’éternité. » Sartre précise que nous devons toujours en nous détruire cette image de Dieu afin de dépasser l’illusion et de parvenir à l’athéisme.

Gilles Castelnau. Si je comprends bien Sartre récuse ce Dieu théiste qui nous oblige à être selon sa volonté, comme on nous le répète toujours dans les églises, alors que l’homme doit être libre et ne pas se laisser commander sa destinée par Dieu. Dieu ne doit pas nous obliger à être ce que nous ne voudrions pas. Il me semble que le Dieu de la Bible, le Dieu de Jésus-Christ nous laisse libres et met sa force, son Esprit, son dynamisme en nous. Lorsque Jésus vient de guérir le paralysé, il lui dit « va dans ta maison » : maintenant tu peux marcher, vis ta vie que tu ne pouvais pas vivre avant. Il faut vivre sa vie. J’aime la phrase de l’ancien Ecclésiaste (Qohêlêt) qui écrivait dans l’Ancien Testament au 4e siècle av. JC : « Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité que Dieu t'a donnés sous le soleil. » Dieu dit : tu es libre et je suis avec toi. Il n’est pas un tyran. On a raison d’être a-thée pour être dans le panenthéisme, cette présence de Dieu en nous.

Laurent Gagnebin. Certains reprochent à Sartre de penser que la vie et le monde n’ont aucun sens puisqu’il est athée. Mais c’est une erreur. Sartre disait que le propre de l’être humain, croyant ou non est justement de donner un sens à sa vie et au monde. Il ne faut pas penser, comme le pensent certains croyants, que le monde a un sens donné d’avance.

 

 

Jésus-Christ

Gilles Castelnau. Une auditrice demande si on peut avoir une idée de Dieu en regardant le Dieu de Jésus-Christ. En effet Jésus a dit : « celui qui m’a vu a vu le Père ». Cela ne signifie pas du tout que Jésus est un Dieu qui se promène sur la terre. Mais quand on voit comment Jésus agit avec les hommes, comment il leur parle, comment il les renouvelle, c’est ce dynamisme créateur, cette force de Dieu que Jésus nous révèle et qu’il fait rejaillir sur les hommes : effectivement les évangiles nous montrent Dieu. Mais le Dieu que les athées récusent n’est pas du tout ce Dieu de Jésus-Christ ! C’est le Dieu épouvantable des théologiens dominateurs de l’Inquisition qui ont brûlé Marguerite Porète le 1er juin 1310 parce qu’elle avait dit que l’Amour c’est Dieu ! Le Dieu que récusent les athées n’est pas le Dieu de Jésus-Christ.

 

 

Nicolas Berdiaef

Laurent Gagnebin. Cette auditrice dit quelque chose de très juste. Beaucoup d’athées estiment que Jésus est, pour eux, exemplaire. C’est le titre d’un livre de Nicolas Berdiaef, le grand penseur russe : il y a la dignité du christianisme et l’indignité des chrétiens. Il y a la dignité de l’Évangile et l’indignité des chrétiens. Quand je regarde à Jésus, oui, cette auditrice a raison, j’apprends quelque chose de Dieu. Mais d’un Dieu qui, justement n’est pas le tout-puissant. Jésus sur la croix est plutôt la représentation d’un Dieu qui souffre avec nous, d’un Dieu qui nous aime et qui ne peut pas tout. Wilfred Monod, le grand pasteur, a fait une très belle prédication un vendredi-saint, en parlant du Dieu vaincu. Il y a là quelque chose de très profond qui nous dit en Jésus que Dieu n’est pas tout-puissant, ce que nous affirmons comme vrai et important. L’image d’un Dieu tout-puissant n’est pas celle que nous apporte l’évangile.

Gilles Castelnau. On peut prolonger ce terme de tout-puissant, en disant que quelles que soient les malheurs, les souffrances, les angoisses qui nous arrivent, on ne peut jamais dire que sur tel point Dieu serait impuissant : on peut dire que Dieu trouvera toujours la capacité de mettre en nous l’esprit de renouveau de résurrection, de courage qu’avait Jésus lorsqu’il affrontait lui-même la croix en disant même, selon l’Évangile de Luc « Père pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font » et « Père je remets mon esprit entre tes mains ». Il y a une manière de s’accrocher à la force de Dieu qui nous empêchera de dire qu’il n’est pas tout-puissant.

Laurent Gagnebin. C’est très vrai. Quand à Gethsémané, Jésus s’adresse à ses disciples en leur disant : « veillez avec moi », nous entendons Dieu qui nous dit à nous de veiller avec lui. Dieu a besoin que nous combattions avec lui, que nous soyons ses partenaires. Paul dit que « nous sommes ouvriers avec Dieu ». Mais en même temps Wilfred Monod disait que Dieu n’est pas tout-puissant mais la toute-puissance de Dieu est à venir. Dieu, un jour, sera tout en tous. André Gide disait : « Dieu est en devenir, Dieu est devant nous. Il nous faut combattre pour que Dieu existe véritablement. »

 

Le Saint-Esprit

Gilles Castelnau. Un auditeur demande que devient, dans notre conception, le Dieu personnel, celui avec lequel on peut entrer en relation. Cet auditeur a très bien vu que nous parlons plus, en ce moment, de ce que les théologiens appellent le Saint-Esprit que de ce qu’ils appellent Dieu le Père. La notion de Dieu le Père a été tellement détournée que certains disent, comme les pasteurs athées dont je parlais, qu’ils ne peuvent plus y croire. Mais ils croient encore au Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est la chose la plus simple à comprendre : le dynamisme créateur qui nous habite est plus que le nôtre. La force que j’ai pour vivre est plus que ma propre force : c’est la force du Souffle de Dieu : le mot esprit dans la Bible est le mot souffle. Et je pense à ce merveilleux premier verset de la Bible qui dit : « La terre était informe et vide, il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'Esprit de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit : "Que la lumière soit !" Et la lumière fut. »
Ceci est dit aussi de nos vies. L’Esprit de Dieu est évidemment un peu dépersonnalisé. Le Souffle est dépersonnalisé ; il plane sur le tohu bohu de nos vies et la parole dynamique est prononcée « que la lumière soit ! » Et la lumière – petite peut-être, mais éclairante - jaillit sur nos vies.
Nous ne concevrons plus désormais Dieu comme un roi assis devant nous sur un trône et décidant souverainement ce qu’il entend faire, mais comme un souffle en nous ? Peut-on parler à ce Souffle qui nous anime ? Certainement ! On peut le personnaliser en lui disant « tu » alors qu’il est un « cela ».

Laurent Gagnebin. Quoi que nous disions de Dieu, c’est une manière humaine de nous exprimer. Quand dans la Bible il est écrit « Dieu a dit que... » c’est un homme qui nous dit que Dieu a dit.
En revenant à la question de la personnalité de Dieu, je propose de distinguer la personne de l’individu. Cela en me gêne pas de dire que Dieu est une personne dans la mesure où avec Dieu, en Dieu, avec Dieu, je peux me réaliser, je peux être moi-même. Je peux effectivement être une personne inventive et créatrice. En ce sens-là il y a entre Dieu et moi un nous et cette dimension personne de Dieu. Mais évidemment si Dieu est alors considéré comme une personne, il n’est pourtant pas un individu.

Gilles Castelnau. Dieu n’est pas un individu. Un théologien méricain disait que Dieu n’est pas puissant : il est la puissance qui monte en nous. Il faut accepter de le dépersonnaliser.

Laurent Gagnebin. Disons plutôt de le désindividualiser.

 

La prière

Gilles Castelnau. Les pasteurs qui se disent athées président des cultes dans lesquels ils disent des prières où ils disent « tu » à Dieu, tout en sachant et en disant qu’il s’agit d’une manière de s’exprimer, c’est une image que l’on emploie : Dieu n’est pas un individu auquel on peut dire « tu », il est un souffle en nous auquel je dis « tu » en étant conscient qu’il s’agit là d’une image, d’une manière humaine de m’exprimer.

Laurent Gagnebin. Quand je dis « tu » à Dieu – et il s’agit bien d’une image, d’une manière humaine de m’exprimer – c’est parce que je peux dire « je » en sa présence. Devant Dieu je suis un être vivant, personnel, digne – et je dois défendre la dignité de tous les autres êtres.

Gilles Castelnau. Nous voudrions que les auditeurs qui nous écoutent comprennent qu’il ne faut pas opposer les croyants et les incroyants, qu’il ne faut pas dire : si je suis incapable de croire en ce Dieu tout-puissant qui laisse le mal triompher et ne m’aide pas quand je le lui demande, je suis alors athée et le ciel est vide, obscur et bouché et je suis seul avec moi-même. Les prophètes d’Israël, le Christ et les apôtres ont affirmé qu’il y a véritablement cette Présence, cette force en nous qui nous permet de vivre et d’être libre, d’être heureux et d’avoir un esprit de résurrection. Cet esprit est celui de Dieu.

Laurent Gagnebin. Nous croyants et nous incroyants entendons que beaucoup d’athées disent non à Dieu et se disent hostiles à lui, au nom de ce qu’ils portent en eux qui est une image très noble sans doute, digne et généreuse mais qui n’est que l’image d’un certain Dieu auquel nous disons non avec eux. Ils disent oui à un certai Dieu qui les habite mais dont ils trouvent que les chrétiens ne sont pas assez les représentants sur cette terre. Je me dis agnostique parce que je partage avec beaucoup d’athées leurs doutes, leurs interrogations mais je sens qu’il y a chez eux une soif d’un Dieu vrai qui est aussi la mienne.

 

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