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Praying to Love  

 

Kurt Struckmeyer

théologien
Michigan, États-Unis

 

  « Je suis Dieu, dit l’Amour, car l’Amour est Dieu et Dieu est Amour »

Marguerite de Porete
béguine brûlée vive le 1er juin 1310

 

 31 juillet 2014

L’image que nous nous faisons  de Dieu détermine la manière dont nous le prions. L’image la plus traditionnelle de Dieu dans les religions abrahamiques (judaïsme, christianisme, islam) est celle d’un être surnaturel qui demeure quelque part là-haut, « au ciel », et règne avec une majesté et un pouvoir sans limite. Une telle conception est celle d’un Dieu transcendant, plus grand que tout et distinct de la création et notamment de l’humanité. Le Dieu des traditions cananéenne et hébraïque que nous rencontrons dans la Bible, y était présenté dans un langage anthropocentrique masculin. Ézéchiel et Daniel l’ont vu comme un être humain assis sur un trône céleste (ou un chariot de feu), entouré d’une cour royale d’êtres de moins grande divinité.

On a appris au catéchisme que Dieu est omniprésent (il est partout) et omniscient (il sait tout). On peut lui adresser des prières qu’il écoute « là-haut » dans son ciel. Il connaît nos cœurs et nos esprits avant que nous ayons parlé et il peut intervenir souverainement en changeant l’ordre du monde pour exaucer nos prières, si cela est nécessaire, par de puissants moyens surnaturels.

Pour de nombreux chrétiens, un tel Dieu « théiste », fait partie comme une réalité quotidienne de leur vie, mais beaucoup d’autres, ne lui trouvent tout simplement aucune réalité : ils souhaitent ressentir la présence de Dieu et son amour mais ne rencontrent que vide et solitude. Ils vont à l’église pour prier Dieu mais ne l’y rencontrent pas. Ils prient Dieu en privé avec ferveur mais constatent que leurs prières ne sont guère exaucées et que seul le silence leur répond. Job s’écriait déjà : « O Dieu, je crie vers toi, et tu ne me réponds pas » (Job 29.20)

Mère Teresa (1910-1997) qui s’est occupée pendant 50 ans des pauvres, des malades et des orphelins et qui est morte en Inde, a ressenti dans sa vie, cette absence et ce silence. Elle l’interprétait comme un manque de foi : « Si tu existes, pardonne-moi. Lorsque je m’efforce d’élever mes pensées vers le ciel, elles rencontrent un tel vide qu’elles retournent à moi comme des poignards blessant mon âme. On me dit que Dieu m’aime mais l’obscurité, le froid et le vide sont envahissants et mon âme ne peut rien entendre. »

Cette image d’un Dieu transcendant, tout puissant et intervenant de l’extérieur dans la vie des hommes est majoritaire pour beaucoup de gens aujourd’hui. Mais, pour beaucoup de gens également, elle a cessé d’être une hypothèse crédible.

Il existe pourtant une autre image de Dieu dans la Bible. La Première épitre de Jean dit que « Dieu est amour ». Le mot grec utilisé, agapé, désigne un amour qui est don de soi. L’auteur de I Jean suggère que « Dieu » est le nom donné au don de soi qui jaillit des profondeurs de notre humanité et que l’on rencontre dans l’amour mutuel.

Dieu est amour et celui qui demeure dans l'amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui. I Jean 4.16
Personne n'a jamais vu Dieu; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. I Jean 4.12
Bien-aimés, aimons nous les uns les autres ; car l'amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu.
Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour. I Jean 4.7-8

L’auteur de cette lettre nous dit trois choses :  
1  Dieu est amour  
2  L’amour est l’incarnation, la demeure de Dieu dans l’humanité.
3  Nous connaissons Dieu et vivons notre union avec lui par l’expérience de l’amour humain.

Lorsque la Bible dit que Dieu est amour, cela signifie que Dieu et l’amour sont deux symboles interchangeables. Si Dieu est amour, l’amour est donc Dieu. « Dieu »  signifie donc que le don de soi de l’amour est une entité divine. Dieu est le nom que nous donnons à la puissante force qui se trouve au plus profond de notre être et qui agit sur nos relations. Durant des millénairesles hommes ont projetté cette image de Dieu sur un être surnaturel. Mais Dieu n’est pas un être aimant. Dieu est l’amour lui-même.

Le théologien Don Cupitt a écrit :
« Dans le Nouveau Testament, dans la Première épitre de Jean, on nous dit que les mots Amour et Dieu sont interchangeables. Il n’y a pas entre eux l’intervalle où passer une feuille de papier à cigarette. Si on aime son prochain humain, on sait qu’on aime Dieu et qu’on est en Dieu. Si on n’aime pas, on n’aime pas Dieu. Le mot Dieu ne désigne pas un être particulier, c’est simplement le nom de l’Amour. » (« All you need is love »)

John Robinson a dit : « Dire que "Dieu est amour" est croire qu’en aimant, on entre en relation avec la réalité la plus fondamentale de l’univers, que l’Etre lui-même a fondamentalement ce caractère. » (« Dieu sans Dieu »)

L’amour est souvent considéré comme une émotion, une affection, un désir sexuel. Mais l’amour est beaucoup plus que nos émotions. L’amour à son niveau profond est action, activité, engagement, don de soi. L’amour est se sentir concerné par quelqu’un. L’amour est « se demander ce qui est le mieux pour quelqu’un ». Dans une famille, l’amour signifie que l’on s’occupe de ses enfants, de leur nourriture, de leur habillement, de leur instruction afin de leur donner ce dont ils ont besoin pour vivre et grandir. Dans la grande famille humaine, l’amour signifie s’impliquer des mêmes besoins pour ceux de notre communauté, de notre nation, du monde. L’amour est même de s’impliquer dans la vie de toute l’humanité, son intégrité, sa guérison, sa croissance, son évolution.

Si Dieu est l'Amour, le but et le sens de la vie est de s’impliquer dans le bien-être de ceux qui nous entourent.  La présence de l’amour divin en nous signifie que nous soyons des acteurs pleinement humains de l’amour dans la vie du monde.

 

Quel sens prend la prière ?

Il faut premièrement reconnaître que l’amour n’est pas tout-puissant ; il fait complètement partie de la faiblesse humaine. Ses actions sont d’une fragilité humaine et non pas surnaturelles. L’amour peut faire beaucoup de choses mais il ne peut pas tout faire. Il peut modifier une situation mais il ne peut pas en changer la réalité. Ce qu’il change c’est nous et ceux que nous aimons.

Dans la théologie « théiste », les gens prient quotidiennement Dieu pour lui demander de changer les conditions de vie du monde. On a parfois l’impression qu’ils rappellent à Dieu ce qu’il est supposé faire (ramener la paix parmi les nations en guerre, guérir les malades, soutenir ceux qui souffrent). Ils veulent que Dieu fassent tout et notamment qu’il rattrape les désastres que nous avons réalisés.

Une telle manière de prier permet évidemment au fidèle de demeurer passif et immobile en attendant que Dieu fasse tout, alors qu’en réalité le Dieu d’amour n’agit que par l'Amour qui agit en nous de manière humaine dans le monde. C’est par nos mains, nos jambes et notre voix que Dieu est présent dans le monde. La puissance que nous appelons Dieu n’agit « que » par nous. Il n’est ni approprié ni réaliste de demander à Dieu de faire lui-même les choses dans le monde indépendamment de nous. Il est plus juste de lui demander de nous rendre capables de faire les choses nous-mêmes animés par l'amour.

Nous devrions prier par exemple afin d’avoir nous-mêmes le courage d’agir contre la guerre, d’avoir nous-mêmes le temps de visiter et d’encourager les malades, de participer à notre niveau à créer des systèmes de justice apportant du soulagement aux défavorisés, de nous impliquer dans l’amélioration de nos nations et de refléter ainsi la nature de Dieu qui est vie, amour, compassion et justice.

Phillip Brooks qui était évêque dans l’Église épiscopalienne du Massachusetts  dans les années 1890, a dit que la prière avait pour but de nous rendre capables d’accomplir les tâches qui se présentaient à nous : « Ne priez pas pour une vie facile, prier pour être plus forts. Ne priez pas pour que vos responsabilités soient à la hauteur de vos capacités, priez pour que vos capacités soient à la hauteur de vos responsabilités. »

Si Dieu est amour, la prière se doit d’être surtout méditation tournée vers les autres.

Le théologien allemand, pasteur et martyr, Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) concevait un avenir de « christianisme non religieux » centré à la fois sur une prière méditative et une action pour la justice. Il disait que la méditation-prière, particulièrement la prière d’intercesssion, était importante car en priant on ressentait un sens imortant d’empathie et de solidarité avec ceux que l’on présentait à Dieu. Penser profondément aux souffrances des autres – et pas seulement aux nôtres – nous aide à considérer objectivement les besoins du monde. La compassion ouvre les coeurs et incline à une action responsable.

Bonhoeffer disait : « dans la prière méditative, j’entre chez l’autre, je pénètre sa vie... sa culpabilité et sa détresse. Je m’afflige de ses péchés et de ses infirmités. »

Il pensait que cette attitude d’identification avec l’autre dans sa situation concrète donnait la force et la motivation nécessaires pour « renouveler la vie des hommes et des femmes dans le monde entier. »

La prière d’intercession n’est pas réservée aux gens religieux. Athées et agnostiques peuvent prier pour les autres et même le doivent. C’est une attitude de compassion qui convient à tout le monde, que l’on croie en Dieu ou non.

La prière d’intercession nous fait prendre conscience de l’existence des autres, de leur situation, de leurs joies et de leurs peines, de leurs succès, de leurs échecs et de leurs craintes. Elle améliore notre empathie et notre solidarité.

La prière d’intercession est en elle-même un geste d’amour qui prélude à une action d’amour et de compassion et nous motive à agir. Elle nous tourne au début vers nos proches, notre famille et nos amis pour lesquels nous éprouvons tout naturellement de la compassion. Elle doit s’ouvrir ensuite en cercle concentriques de plus en plus larges qui incluent ceux pour lesquels nous n’éprouvons pas forcément de sympathie et aussi ceux avec lesquels nous avons des difficultés, ceux qui souffrent et sont dans le besoin dans notre ville, notre pays, dans le monde entier.

La prière peut être un puissant instrument de révolte et de transformation qui suscite l’action. Le théologien Karl Barth (1886-1968) a dit : « joindre les mains dans la prière est le premier geste d’opposition au désordre du monde. »

Le mahatma Gandhi (1869-1948) a dit : « La prière n’est pas une distraction inoffensive de vieilles femmes. Correctement comprise et pratiquée, elle est le moyen d’action le plus efficace. »

Au lieu d’être dirigée vers le ciel, la sorte de prière qui fait une différence dans la vie, est dirigée vers l’intérieur du coeur. La prière méditative devient la force qui nous motive pour une vie de compassion et d’action tournée vers le développement, l’achèvement, et le renouvellement des autres, vers la guérison du monde.

  Traduction Gilles Castelnau    

 

 

 

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Prière d'un disciple

 

Prayer for Discipleship

 

 Kurt Struckmeyer

 

Dieu d’amour, source de mansuétude et de compassion, nous t’en prions, tisse dans la trame de nos vies les couleurs de ton dessein pour le monde.

Ôte de nos yeux les écailles qui nous aveuglent et l’indifférence de nos cœurs afin que nous pénétrions la vision qui est la tienne d’une ère de justice et de compassion qui renouvelleraient la face de la terre.

Renouvelle nos vies afin qu’elles puissent accomplir ta volonté. Envoie sur nous ton Esprit qui nous fera proclamer la bonne nouvelle aux opprimés, soulager les cœurs brisés et annoncer la libération aux captifs.

Mets en nous un sentiment d’urgence et renouvelle notre motivation à nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus, loger les sans abris et visiter les isolés.

Fais-nous à approcher ceux à qui personne ne parle, à accepter les inacceptables et à embrasser nos ennemis.

Environne-nous de ton amour, emplis-nous de ta grâce et fortifie-nous pour ton service.

Rends-nous capables de répondre à l‘appel de Jésus, de récuser notre ego, de prendre notre croix et de le suivre.

Fais de nous tes disciples,

Amen

  Traduction Gilles Castelnau

 

 

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Prier Dieu  

 

Praying to God  

 

Je me demande parfois si Dieu ne se fatigue pas de nos prières. Notamment le week-end : vendredi à la mosquée, samedi à la synagogue, dimanche les églises. La ronde des demandes incessantes :

-  Fais ceci, Seigneur et fais cela, tout-puissant Dieu.
-  Occupe-toi des malades, viens voir les solitaires, aide les défavorisés,
-  Encourage les chômeurs, apporte la paix au monde.

Comme si s’occuper de tous les problèmes humains, grands et petits faisait partie du devoir de Dieu et qu’il l’avait oublié en grande partie.

Parfois j’imagine que Dieu s’impatienterait de toutes nos folies et nous dirait de manière claire que le souci du monde et de nos prochains est de notre responsabilité. Notre tâche à nous seuls.

- « C’est votre problème, pas le mien, dirait Dieu. Occupez-vous en et arrêtez de tout me demander ».

Peut-être Dieu ajouterait-il avec un sourire ironique :

- « Amen, ainsi soit-il ! »

  Traduction Gilles Castelnau 

 


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