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Spiritualité

 


La Présence ineffable

 

Thomas R. Kelly

1893-1941

 

Ed. Labor et Fides

126 pages, 14 €

 

Recension Gilles Castelnau


Paru pour la première fois quelques mois après la mort de son auteur en 1941, « A Testament of Devotion » a été traduit en français et publié une première fois par Labor et Fides en 1946. Ceci est donc une réédition plus de 70 ans après sa publication.
La toute simple - et si profonde - communion mystique avec Dieu que propose Thomas Kelly, à la manière des quakers, se veut une manière de vivre le quotidien de notre existence habituelle.
Il ne conçoit pas Dieu « au ciel », extérieur à notre monde mais en nous, Lumière intérieure de notre âme. La conscience de cette Présence aimante et créatrice transforme le regard que nous jetons sur la vie, sur le monde, sur nous-même et... transforme notre vie. Un mysticisme apaisé, en douceur, sans effort, sans ascétisme ni enfermement monastique dans une sainte obéissance, une fraternité bénie et une simplification de la vie.

En voici quelques passages.

 

.

 

8 octobre 2012

 

page 10

Préface de Michel Cornuz

[…] Thomas R. Kelly est quaker, un mouvement religieux peu connu dans notre espace francophone. La Société religieuse des Amis (Religious Society of Friends) a été fondée en 1647 par George Fox (1624-1691) à partir d'une intuition fondamentale : la Lumière divine se révèle directement, sans intermédiaires, dans le cœur de tout être humain qui La recherche avec sincérité. Toute la vie est alors transformée par cette Lumière intérieure à quoi tout doit être subordonné. Les quakers ont tiré les consé- quences de cette intuition en rejetant toute institution ecclésiale ou cléricale, tout sacrement, tout intermédiaire entre Dieu et les hommes. Leur culte en est un exemple radical : il est entièrement silencieux. Chaque participant est invité, dans le silence, à se recentrer sur cette Lumière intérieure, à simplement être présent à la Présence, ce qui permet une communion spirituelle en Dieu de chacun avec tous les autres. […]

Les quakers ont poussé ce radicalisme très loin également dans la sphère sociale et politique : ils ont prôné très vite l'égalité de tous les êtres humains, notamment l'égalité entre les sexes et ils ont été des pionniers dans la lutte pour l'abolition de l'esclavage. Ces prises de position dans la société anglaise du XVIIe siècle très hiérarchisée leur ont valu de nombreuses persécutions, tant de la part des Eglises officielles que de l'Etat.

Maître Eckhart est souvent cité, et c'est bien de la mystique rhénane que vient le thème de la « naissance de Dieu en l'âme », de « l'étincelle divine » ou de la « lumière intérieure », mais la plus grande influence est celle de la mystique française avec la prière de « simple présence à Dieu », si proche de la spiritualité quaker : Madame Guyon (1648-1717, personnalité mystique de premierplan, auteure d'un manuel de prière « Le Moyen court » qui a eu une très grande influence, notamment dans les milieux piétistes protestants) ou surtout frère Laurent de la Résurrection (un carme du XVIIe siècle) dont le recueil de lettres et d'entretiens qui témoignent de manière très simple de l'expérience de la Présence de Dieu a été un livre de chevet de nombreux quakers et de protestants « spiritualistes ».

 

page 18

La Lumière intérieure

Vous qui me lisez, vous connaissez déjà cette vie et cette lumière, puisque c'est grâce à cette lumière en vous que vous comprenez de quoi je parle. A notre époque férue d'humanisme, nous nous imaginons volontiers que c'est l'homme qui prend l'initiative et Dieu qui lui répond. Mais l'initiative part du Christ vivant au-dedans de nous et c'est la réponse qui vient de nous. Dieu, le Dieu qui aime, qui accuse, qui révèle la lumière et les ténèbres, nous presse : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe » (Ap 3,20). Et tout ce que nous prenions pour notre propre initiative est déjà une réponse attestant sa Présence qui travaille secrètement en nous.

La réponse de l'âme à la Lumière se traduit par l'adoration et la joie intérieures par la reconnaissance et l'hommage, le don de soi, le silence qui écoute. Les lieux secrets du cœur cessent d'être un atelier bruyant, pour devenir un sanctuaire d'adoration où nous nous offrons en oblation à Dieu, où l'Eternel garde en paix ceux qui sont fermes dans leurs sentiments,

[...]

La Lumière intérieure devient une boussole, c'est-à-dire le guide le plus sûr de la vie ; elle nous fait découvrir en nous-mêmes, et dans nos semblables, des défauts ignorés, mais elle nous fait voir en même temps des possibilités insoupçonnées dans la puissance de la bonne volonté parmi les hommes. Au tréfonds de notre âme, Celui qui habite en nous nous incite, en une persuasion intime, à vivre avec Lui d'une vie intérieure si merveilleuse que, fermement attachés à Lui, nous contemplons le monde entier à travers le rayonnement de la Lumière intérieure et que nous nous comportons envers nos semblables, spontanément et joyeusement, selon l'inspiration qui nous vient de ce Centre intérieur.

[...]

La vie de I'esprit peut s’organiser sur plus d'un plan à la fois. A l'avant, nous serons peut-être occupés à réfléchir, à discuter, à examiner, à calculer, à faire face à toutes les exigences des affaires temporelles, tandis qu’en même temps, derrière la scène, à un niveau plus profond, nous pounons être joyeusement en prière et en adoration, et nous maintenir dans un état de paisible réceptivité au souffle de l'Esprit divin. Aujourd'hui le monde séculier ne prise et ne cultive que le premier de ces plans, persuadé que c'est à ce niveau que se traitent les affaires sérieuses de l'humanité ; il méprise la culture de l'autre plan, ou bien il en sourit avec une indifférence tolérante, la qualifiant de passe-temps pour les oisifs, de vestige d’antiques superstitions, de distraction convenant à certains genres de tempéraments.
Mais les hommes qui ont une véritable culture religieuse savent que le niveau profond, celui de la prière et du service de Dieu, est ce qu'il y a de plus important au monde.

[...]

D'un niveau à l'autre, des échanges fructueux ont lieu, mais il faut toujours accorder la primauté au niveau profond, où l'âme habite perpétuellement en la présence du Très-Saint. C'est là que l'être vraiment religieux apporte tous les problèmes qui concernent le niveau superficiel, afin de les examiner à la Lumière, de les étudier devant la Présence divine : il les voit alors - il voit I'univers des hommes et des choses - sous un jour nouveau qui bouleverse tout, et il se comporte à leur égard de façon spontanée, simple et directe, avec amour et avec foi.

[...]

Mais les systèmes de théologie, les symboles, les professions de foi, bien qu'inévitables, sont provisoires : ils deviennent caducs, tandis que le grand courant de la Vie divine traverse perpétuellement les âmes humaines, leur apportant de nouvelles révélations, les renouvelant par sa puissance créatice. C'est à cette Vie divine qu'il faut nous attacher, c'est dans ce courant qu'il faut nous plonger. Dans ce Centre stable et cependant dynamique, nous devenons un, malgré les différences superficielles de nos formules et de notre culture. Car la consécration et l'adoration - et non la réflexion et la théorie - sont l'âme de la vie religieuse.

[...]

Abandonner la direction de notre vie à la Lumière intérieure, ce n'est pas seulement - comme on le croit trop souvent - nous sentir appelés à des tâches spéciales. C'est, en premier lieu, nous livrer à une révision totale de nos réactions envers le monde extérieur. En adorant Dieu dans la lumière, nous devenons « de nouvelles créatures » (2 Co 5,17) : nos réactions à notre milieu sont entièrement nouvelles, surprenantes. Elles ne sont pas raisonnées : ce sont, pour la plupart, des réactions spontanées, nées de l'incompatibilité qui nous frappe entre les jugements de valeur portés par le « monde » et la Valeur suprême que nous adorons dans les profondeurs du Centre.

 

page 47

La sainte obéissance

Voici le monde où s'agitent les hommes et les nations, aveuglés et enlisés dans le pêché, voici les plantes et les animaux, la ronde des astres ; tout cela est neuf, tout cela est baigné de l'amour tendre et persuasif qui radie de ce Centre.

[...]

Promenez-vous dans la rue et causez avec vos amis. Mais derrière la scène, soyez en prière tout le temps, offrez-vous à Dieu dans une obéissance continuelle. J'estime que cette incessante prière intérieure est absolument essentielle. Elle peut se poursuivre jour et nuit, que ce soit dans les affaires, dans la famille, ou dans la classe. Cette prière de soumission peut être très simple. Il est utile d'employer une seule phrase qu'on répète à maintes reprises; par exemple : « Sois ma volonté », ou bien : « Je t'ouvre toutes les portes », ou encore : « C'est à travers le ciel que je veux considérer la terre ».

[...]

L'âme éblouie par sa contemplation de Dieu ne voit plus rien d'elle-même, rien de sa dégradation ou de sa supériorité personnelle, elle ne voit que la sainte Volonté qui agit impersonnellement par son intermédiaire, et celui d'autres âmes, en tant que Vie et Force, unique, objective. De quelles bagatelles ne nous sommes-nous pas occupés au cours de notre vie ! Que d'années nous avons perdues à poursuivre des mirages, pour essayer de rehausser la dignité de notre petite personne ! Et quelles angoisses inutiles nous avons souffertes parce que notre infime « moi » avait subi des échecs, ou qu'il n'était pas l'objet de flatteries, qu'il n'était pas choyé et dorloté !

 

page 76

La fraternité bénie

La relation de chacun avec tous en passant par Dieu est réelle, objective, existentielle. C'est une relation éternelle, à laquelle participent tous les êtres de l'univers, pierres et plantes, oiseaux et bêtes, saints et pécheurs. L'amour de Dieu rayonne sur tous et les presse instamment, avec sollicitude. Celui qui, doué de volonté, cède aux tendres sollicitations de cette Vie qui frappe à la porte de son cœur, s’en trouve pénétré, possédé, transformé, transfiguré.

 

page 94

L’éternel présent et les préoccupations sociales

L'Eternité fait irruption dans le temps, en agissant énergiquement par l’intermédiaire de ceux qui consentent à se laisser saisir, qui renoncent à avoir confiance en eux-mêmes, Qui ne se fient plus à leurs propres efforts, mais se soumettent à l'Etemel, Lui permettant ainsi de recréer, par leur intermédiaire, notre monde temporel.

[…]

Dans l'expérience de la divine Présence, un océan infini de lumière et d'amour s'étend au-dessus de l'océan de ténèbres. Dans le Présent éternel, nous apercevons tous les hommes sous un jour nouveau. Nous les enveloppons de notre amour et nous sommes enveloppés avec eux du vaste Amour de Dieu que nous connaissons en Jésus-Christ. Dès que nous nous mettons à vivre dans le Présent, les hommes se transforment à nos yeux, car maintenant c'est du sommet des hauts plateaux que nous les voyons. Ils ne sont plus une foule de personnages anonymes, dont quelques-uns servaient nos ambitions ou les contrecarraient, tandis que la plupart d'entre eux nous étaient indifférents parce qu'ils nous demeuraient complètement étrangers. Maintenant, nous nous identifions à eux, nous souffrons et nous nous réjouissons avec eux. On pourrait presque parler d'une paternité cosmique, car nous les entourons tous d'une tendre sollicitude.

 

page 121

La simplification de la vie

Les besoins les plus pressants des hommes ne sont point la nourriture, un abri, le vêtement, quelque importants que soient tous ceux-ci : c'est de Dieu qu'ils ont besoin avant tout. Nous nous sommes mépris sur la nature de leur détresse, nous avons cru qu'il s'agissait de misère économique. Non, il s'agit de détresse de l'âme, de la privation de l'amour divin qui pourrait les recréer, et de la paix de Dieu !

[...]

Le monde a besoin de quelque chose de plus profond que la pitié : il réclame l'amour.

[...]

(dernière page du livre)
La vie qui a sa source dans le « Centre » est une vie de paix, de calme puissance. Elle est simple. Elle est sereine. Elle est merveilleuse. Elle est triomphale. Elle est rayonnante. Elle ne demande pas de temps, mais elle nous occupe tout le temps. Elle nous propose un nouveau programme, de nouvelles victoires. Nous n'avons pas besoin de nous affoler. Dieu est au gouvernail. Et lorsque notre brève joumée touche à sa fin, nous pouvons nous coucher tranquilles, en paix, car tout est bien.

 


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