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Impensable Résurrection

 

 

Henri Persoz

préface du professeur André Gounelle

 

éd. Passiflores

210 pages,  7 €

 

Recension Gilles Castelnau

 

4 avril 2012

Les conceptions les plus diverses d’une vie dans l’au-delà courent parmi nos contemporains et à l’intérieur même des églises. Rares sont, il est vrai, les prédications des prêtres ou des pasteurs qui se hasardent sur un tel sujet, alors que l’incertitude de leurs paroissiens se fait grandissante.
Quant à la résurrection de Jésus-Christ, qui n’est jamais non plus mise en question, elle soulève également des interrogations, qui se font culpabilisantes pour les plus fidèles.

Ce livre n’entend pas proposer une réponse doctrinale unique qui ne manquerait pas d’être immédiatement contestée par tous ceux qui penseraient autrement.
En remarquable connaisseur de la Bible et en pédagogue confirmé, Henri Persoz n’entend contredire personne et n’asséner aucune affirmation péremptoire.
Il prend les textes des Écritures par ordre chronologique et présente l’idée qu’à leur époque les auteurs se faisaient de la vie au-delà et – pour le Nouveau Testament – de la résurrection du Christ.

Henri Persoz s’efforce systématiquement et à juste titre d’éviter de donner un sens littéral aux formulations imagées utilisées couramment en ces temps anciens. Aujourd’hui, fait-il remarquer en citant le théologien Rudolf Bultmann nous ne lisons pas couramment dans les romans (ou les média) « que les événements politiques, sociaux ou économiques soient causée par des forces surnaturelles telles que Dieu, des anges ou des démons ? »

En voici des exemples ainsi que les émouvantes dernières lignes de cet important ouvrage.

(G.C.)

 

.

 

Préface du professeur André Gounelle

professeur honoraire à la Faculté de théologie protestante de Montpellier

 

Quand on se tourne vers la Bible, on s'aperçoit, parfois avec étonnement, qu'elle parle surtout de cette terre et de l'existence que nous y menons. Elle se préoccupe de la manière dont nous y vivons et dont nous nous y comportons. Elle nous parle beaucoup plus d'une vie autre (d'une manière différente d'exister ici-bas) que d'une autre vie (de ce qui nous arrivera après notre décès). Les chrétiens ont-ils eu raison de donner, au cours de leur histoire, tellement d'importance à l'enfer, au paradis, au « ciel », au sort heureux ou malheureux des défunts, thèmes qui ne sont pas totalement absents de la Bible, mais y tiennent vraiment très peu de place ? On peut se demander si, ce faisant, ils ont bien lu et s'ils n'ont pas trahi les Écritures dont ils proclament l'autorité ?

[...] Premièrement, la résurrection de Jésus signifie sa présence, son action, ce qu'il suscite en nous ; il est ressuscité parce qu'il vit en nous. Deuxièmement, pour le croyant le passage de la mort à la vie éternelle désigne une réalité présente, une expérience actuelle et non pas (ou pas seulement ni principalement) future.

 

 

 

Introduction : sortir des malentendus

 

page 18

Dans la première moitié du 20e siècle, le grand théologien Rudolph Bultmann entreprenait de « démythologiser » le message biblique, c'est-à-dire de séparer ce message de l'univers mythologique qui était le langage de l'époque. Laissons-lui la parole pour quelques lignes prises dans son livre « Jésus, mythologie et démythologisation » :
« La vision biblique du monde est mythologique ; elle est de ce fait inacceptable pour l'homme moderne dont la pensée n'est plus mythologique, puisque modelée par la science... Bien sûr, il existe encore aujourd'hui des séquelles de la pensée primitive et de la superstition auxquelles on s'efforce de redonner vie. La prédication de l'Eglise, néanmoins, commettrait une erreur désastreuse si elle venait à prendre en considération ces survivances et s'y conformait. »

Ensuite le théologien demande si nous lisons couramment dans les romans (ou les média) « que les événements politiques, sociaux ou économiques soient causée par des forces surnaturelles telles que Dieu, des anges ou des démons ? »

 

 

I

Avant le christianisme

 

 

page 36

Dans l’Israël ancien
L'idée d'une vie après la mort est complètement absente des textes anciens. Nulle part il n'est dit qu’Abraham ait survécu à sa mort (sauf dans le Nouveau Testaments) ; ni d'ailleurs aucun autre patriarche ou roi. La mort de Moïse est impressionnante de simplicité. « Personne ne sut où est sa tombe » dit le Deutéronome (34,6). En comparant cette courte phrase à la grandeur démesurée des tombes des pharaons, nous voyons bien le grand écart qui sépare ces deux civilisations voisines. L'Égypte est hantée par la mort, Israël est hanté par la vie. Les prophètes ne parlent que de la vie sur terre et dénoncent sans cesse les excès des riches et des puissants.

 

 

 

III

L’apôtre Paul a évolué sur la résurrection des morts

 

page 75

Dans les années 50, Paul écrivait aux Tessaloniciens : « Nous, les vivants, qui serons restés jusqu’à la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas du tout ceux qui sont morts. Car le Seigneur, au signal donné, à la voix de l’archange, et au son de la trompette de Dieu, descendra du ciel : alors les morts en Christ ressusciteront d’abord ; ensuite, nous les vivants qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (I The 4.15-17) [...]

 

page 85

Et dans les années 54, aux Corinthiens : « Nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons transformés, en un instant, en un clin d'œil, au son de la trompette finale. Car la trompette sonnera, les morts ressusciteront incorruptibles et nous, nous serons transformés. » (I Co 15.51-52)

L'apôtre écrivait aux Thessaloniciens : « nous, les vivants ». Ici il écrit : « nous ne mourrons pas tous ». Paul est plus prudent, car du temps s'est écoulé entre les deux lettres, pendant lequel certaines de ses connaissances sont mortes et lui-même a vieilli !

 

 

IV

A travers les évangiles synoptiques

Les silences de Jésus sur la résurrection des morts

 

 

page 130

Pour Albert Schweitzer, Jésus se serait trompé également, croyant à une fin du monde proche. Disant cela au début du 20e siècle, Albert Schweitzer a beaucoup choqué les représentants des Églises, même protestantes. Il s'en explique dans son livre « Ma vie et ma pensée », en commençant par une tirade contre ceux qui ne veulent pas reconnaître la vérité historique :

« Puisque l'essence même du spirituel est la vérité, toute vérité nouvelle représente un gain… Alors même qu'elle peut paraître étrange à la piété et soulever d'abord des difficultés, le résultat final ne peut jamais lui nuire. La religion n'a donc rien à craindre d'une confrontation avec la vérité historique.
Combien la vérité chrétienne aurait plus de puissance dans le monde actuel, si sa relation avec la vérité historique avait été, à tous points de vue, ce qu'elle devrait être. Au lieu de lui reconnaître ses droits, chaque fois que la vérité historique la gênait, elle l'a interprétée à sa guise et, consciemment ou inconsciemment, déguisée, faussée, niée. Aujourd'hui, la situation du christianisme est telle qu'il lui faut lutter durement pour parvenir à ce libre examen au regard de la vérité historique, tant de fois négligée jusqu'ici. »

Pour le théologien et médecin, Jésus vivait tout naturellement, comme ses contemporains juifs, dans l'attente de la fin du monde et de la venue surnaturelle du Royaume de Dieu. « Mais nous n'attendons plus que le Royaume se réalise en événements surnaturels. Nous croyons qu'il se manifestera seulement par la vertu de l'esprit de Jésus agissant dans nos cœurs et en ce monde ». Devant ses interlocuteurs qui se scandalisaient à l'idée que l'on puisse supposer Jésus capable d'erreurs, Schweitzer répond dans son livre que « l'infaillibilité absolue et universelle de Jésus » n'est qu'un dogme et que Jésus lui-même n'a jamais prétendu à cette omniscience.
Pour notre auteur, il faut donc admettre que la religion d'amour de Jésus a été proclamée lors d'une attente imminente de la fin du monde. Jésus demandait à ceux qui voulaient le suivre d'être non plus « en ce monde, mais autrement qu'en ce monde, et à participer ainsi à sa paix ». Il les menait sur le sentier de la méditation intérieure, et les exhortait à chercher dans un détachement de ce monde la force véritable de se conformer à l'esprit du Royaume de Dieu. Mais en son essence, cette religion d'amour reste la même lorsque nous nous éloignons de cette perspective de fin du monde.

En ce qui nous concerne, nous ne serions pas aussi affirmatif dans la défense de cette idée suivant laquelle Jésus se serait trompé. En premier lieu parce que, comme le fait remarquer Schweitzer lui-même, mais aussi Bultmann, il est extrêmement difficile de faire la part des choses entre la pensée de Jésus et la pensée des Églises au sein desquelles sont nés plus tard les évangiles. Ensuite parce que toutes ces allusions aux fins dernières, et par extension au Royaume de Dieu, ont plusieurs niveaux de compréhension possibles, comme nous venons de le voir à propos des discours apocalyptiques. Après la mort de Jésus, ses paroles ont été recueillies dans différents milieux plus ou moins juifs, plus ou moins grecs, plus ou moins païens. Elles ont pu diverger notablement et être interprétées dans des sens différents. Les évangiles portent encore, gravés dans le texte, tous ces sens. Certains peuvent être compris comme annonçant effectivement une fin du monde, suivie de l'avènement d'un Royaume de Dieu au sein duquel les justes seront assis triomphalement à la droite de Dieu. D'autre sens peuvent signifier une conversion intérieure (la métanoya) de chacun, le portant à une compréhension différente du monde, qui le porte à privilégier des attitudes charitables envers ses semblables en difficulté. Chaque lecteur retient évidemment le sens qui lui convient. Mais comme la fin du monde et la période de justice et de bonheur qui devait suivre ne sont pas venues, il est plus raisonnable aujourd'hui de retenir des compréhensions plus réalistes. Sur un certain nombre d'exemples, nous allons voir le problème plus en détail.

 

page 140

Nous devons bien considérer que certains chrétiens pensent encore à un retour possible du Christ, en un jour qu'ils attendent. En témoigne ce Symbole des Apôtres récité encore dans tellement d'Églises, qui rappelle que le Christ reviendra de la droite de Dieu (où il se trouve) « pour juger les vivants et les morts ». Quel sens peut-elle avoir aujourd'hui une telle affirmation ? Quel est l'intérêt d'aller juger ceux qui sont morts depuis des milliers d'années ? Et que va-t-on faire de tous ces jugements ? Il serait temps de moderniser notre religion chrétienne et de prendre nos distances par rapport à de tels propos qui ne peuvent que troubler ceux qui cherchent à s'y retrouver dans le dédale de la pensée chrétienne, devenue beaucoup trop compliquée. Le Symbole des Apôtres explique ensuite que Jésus est descendu aux enfers, qu'il est monté au ciel etc. ; mais il ne dit pas un mot de l'enseignement de justice et d'amour du dit Jésus. L'essentiel est passé sous silence.

 

 

VI

Oui à la résurrection de Jésus

mais pas n'importe laquelle

 

page 176

Autant les évangiles font une description concordante et cohérente des événements qui ont conduit Jésus sur la croix, autant les récits des apparitions qui suivent sa mort sont très divergents ; ils n'ont pas lieu aux mêmes endroits, ni aux mêmes moments, ni ne concernent les mêmes personnes. Et les récits de l'apôtre Paul sont encore différents. Même les fameuses descriptions de la découverte du tombeau vide sont loin d'être identiques et ne sont pas entièrement vraisemblables. [...]

Ce manque de cohérence d'ensemble des récits concernant les apparitions laisse supposer que la mémoire collective s'est plutôt construite dans l'ordre inverse : d'abord la foi en la résurrection qui s'affirma peu de temps après la mort de Jésus ; ensuite des récits d'apparitions qui se formèrent progressivement pour étayer et consolider cet événement incroyable ; chaque évangéliste récoltant, chacun de son côté et plusieurs décennies après les événements, des versions issues de traditions différentes. Les apparitions seraient donc une conséquence de la foi en la résurrection de Jésus et non une preuve de cette résurrection. Ceci nous paraît plus logique, mais n'exclut pas que certains disciples aient eu eux-mêmes des visions de Jésus après sa mort. Nous savons bien que, dans le domaine religieux, ces phénomènes de vision sont assez répandus, à cette époque comme à d'autres, et ne concernent pas que Jésus Christ et ne prouvent rien.

Cette résurrection du Christ est une réalité évidente si l'on songe à la place que le Messie a prise et prend encore dans la pensée et dans la vie de millions de personnes, au rôle qu'il a joué dans l'Histoire et qu'il joue encore aujourd'hui. Combien de personnes vivent encore "en Christ" au sens où l'apôtre Paul employait cette expression, c'est-à-dire sont encore animées par le Christ ? A la limite, cette résurrection est plus évidente aujourd'hui qu'au premier siècle de notre ère. Bien sûr, le personnage de Jésus a été déformé, idéalisé, et les hommes ne s'en sont pas toujours servi pour la meilleure cause. Mais il est "suscité à nouveau", c'est incontestable ; et il est inutile de rechercher dans les textes des preuves de sa résurrection, preuves que nous ne trouverons pas. Nous prenons celle-ci, dans un sens spirituel, et non pas au sens pharisien d'une résurrection corporelle, d'une montée au ciel, avec un retour prochain sur la terre pour juger les vivant et les morts. Nous manquons toutefois de documents et d'indices pour comprendre comment cette idée de résurrection a pu germer et se répandre si rapidement dans le monde méditerranéen après la mort de Jésus. Nous résumons ci-après ce qui peut être dit, selon nous, de cette question.

 

page 184

Jésus était descendu du ciel et y remontera après le drame de la croix pour y rejoindre son Père. Le livre des Actes raconte aussi le fameux récit de l'Ascension, quarante jours après Pâques, qui marque un point final aux apparitions du Seigneur. Cette symbolique du ciel est donc très forte, parce que le ciel est plein de mystères. Il n'a pas de limite, pas de forme, on ne sait pas où il commence et où il finit, d'où il vient et où il va. Il est hors du temps et de l'espace. Il est au-delà de ce que nous pouvons comprendre. Il est donc par excellence le domaine de Dieu, ou Dieu lui-même, parce qu'il nous dépasse complètement, tout en nous faisant entrevoir le monde de la lumière. Ne nous étonnons pas qu'il soit entré, depuis la nuit des temps, dans la représentation du monde divin. Le ciel est un espace idéal pour parler de ce qui dépasse les choses de la terre. […]

 

page 187

Le génie des tout premiers chrétiens transformé en une foi solide, a été de comprendre que cet homme Jésus marquerait toutes les générations à venir de ses paroles, de ses engagements envers les hommes ses frères et de son dépouillement face à la mort. Ils l'ont exprimé avec le langage du temps. Peut-être que la puissance du personnage, sa personnalité hors du commun était encore plus forte que ce que nous laissent transparaître les évangiles.

 

 

Épilogue

 

page 205

La parabole (du bon Samaritain) racontée par Jésus nous montre qu'il n'y a pas de vie possible sans cet amour qui rapproche un prochain d'un autre prochain, et qui sauve l'un et l'autre. La vie est faite pour se secourir les uns les autres, par delà les nationalités, par delà les différences qui depuis des générations nous séparent. Un jour, nous sommes le blessé sur la route. Un jour, nous sommes le Samaritain. Il faut accepter de secourir et accepter d'être secouru. Ce n'est que dans cette solidarité que la vie peut rencontrer l'éternité.

 


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