Protestants dans la Ville

Page d'accueil    Liens    

 

Gilles Castelnau

Images et spiritualité

Libres opinions

Spiritualité

Dialogue interreligieux

Hébreu biblique

Généalogie

 

Claudine Castelnau

Nouvelles

Articles

Émissions de radio

Généalogie

 

Libéralisme théologique

Des pasteurs

Des laïcs

 

Roger Parmentier

Articles

La Bible « actualisée »

 

Réseau libéral anglophone

Renseignements

John S. Spong

 

JULIAN MELLADO

Textos en español

Textes en français

 

Giacomo Tessaro

Testi italiani

Textes en français

Connaissance de la Bible

 

 

 

Manuel d’exégèse

de l’Ancien Testament

 

Michaela Bauks et Christophe Nihan (éd)

 

Edition Labor et Fides

240 pages

 

Recension Gilles Castelnau

24 février 2011

Comment fait-on aujourd’hui en Suisse et en Allemagne l’exégèse de l’Ancien Testament ?
Cet ouvrage un peu technique est destiné aux pasteurs, aux prêtres et aux étudiants en théologie intéressés par les études contemporaines.

Il contient six chapitres :

1 La critique textuelle (Jan Joosten, professeur à la faculté de théologie protestante de Strasbourg)

2 L’analyse narrative des récits bibliques (Jean-Pierre Sonnet, jésuite, professeur à l'Université Grégorienne de Rome)

3 L’analyse des formes et des genres et histoire des traditions (Michaela Bauks, professeur à l’Institut protestant de théologie de Coblence)

4 L’analyse rédactionnelle (Christophe Nihan, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de Lausanne)

5 Éléments pour l’analyse de Nombres 12 (Jan Joosten et Thomas Römer, professeur au Collège de France).

 

 

1

La critique textuelle (Jan Joosten)

La recherche du texte original, les texte massorétique, les textes retrouvés près de la mer Morte, la Septante, la méthode de critique textuelle.

En voici un passage

Page 33

Lectio brevior et lectio difficilior

Deux recommandations générales sont souvent données aux critiques du texte novices. D'une part, on propose de privilégier la leçon la plus courte aux dépens de leçons plus longues : lectio brevior, potior (une leçon plus brève est meilleure). D'autre part, on conseille d'adopter la leçon la plus difficile plutôt que des leçons plus faciles : lectio difficilior, potior (une leçon plus difficile est meilleure). Ces règles sont valables, mais elles demandent à être appliquées de façon intelligente, en respectant leur logique propre. Lectio brevior et lectio difficilior ne sont préférables que dans la mesure où elles expliquent lectio longior et lectio facilior respectivement.

La formule de lectio brevior se fonde sur l'idée que, toutes autres choses étant égales, un copiste fera un ajout à son texte source plus facilement qu'il n'en retranchera une partie. Cette idée est certainement correcte. Le texte biblique était considéré comme étant sacré : il fallait le transmettre intégralement, sans en omettre le moindre détail. Mais on pouvait envisager d'y ajouter, par exemple pour expliquer le sens de la phrase, pour éclairer la signification d'un mot, ou pour harmoniser le passage avec un parallèle. Dans certains cas, des gloses figuraient dans la marge du manuscrit, ou entre les lignes. Les copistes postérieurs ont parfois regardé ces éléments supplémentaires comme faisant partie du texte biblique : plutôt inclure trop que trop peu.

D'autre part, la règle de lectio brevior a des limites manifestes. Quand un copiste en se trompant saute du même au même (homoiarcton ou homoioteleuton), il produira un texte plus court qui est néanmoins secondaire. De même, l'erreur d'haplographie aboutit forcément à une omission. En de tels cas, la formule ne peut pas être appliquée.

Les choses ne se présentent pas autrement pour la seconde formule. L'idée de la règle de lectio difficilior est qu'un copiste est susceptible de simplifier un texte jugé difficile, plutôt qu'il ne rendra incompréhensible un texte lisse et sans aspérité. En règle générale, ceci est exact. Nous avons déjà présenté quelques procédés par lesquels le texte biblique était lissé et allégé pour les lecteurs. Mais un texte difficile peut tout aussi bien être le résultat d'une corruption textuelle : la confusion des consonnes, l'omission accidentelle d'un mot, l'harmonisation mécanique avec un passage parallèle, peuvent créer un texte difficile et néanmoins secondaire.

On pourrait remplacer les règles évoquées par une autre: la leçon la meilleure est celle qui explique les autres leçons attestées. Souvent, les leçons secondaires seront plus longues, ou plus simples, que la leçon originale, selon la logique retracée ci-dessus. Mais en d'autres cas c'est la leçon longue qui explique la genèse de la leçon brève, la leçon limpide qui explique l’origine de la leçon opaque.

 

 

2

L’analyse narrative des récits bibliques (Jean-Pierre Sonnet)

Le lecteur, l’intrigue, les personnages, le point de vue, l’histoire et les histoires.

En voici deux passages

 

page 58

Trois positions de lecture

La trajectoire du lecteur dans le « drame » de sa lecture se fait parallèlement à celle des personnages dans le monde de l'action, mais selon différents cas de figure que le récit de la Bible exploite efficacement (voir Sternberg, 1985, p. 163-172).

- Le lecteur en sait plus que le(s) personnage(s)

C'est notamment le cas dans les récits d'apparitions : en Ex 3,1-6, le lecteur, instruit par le narrateur, sait d'emblée que c'est l'ange de YHWH qui apparaît à Moïse dans le buisson (Moïse ne le découvre qu'au v. 6, lorsque Dieu prend l' initiative de se révéler) ; de même en Jg 6,11-24 et 13,2-25, seul le lecteur sait au départ que c'est YHWH qui apparaît à Gédéon ou à Manoah et à sa femme. Le lecteur a alors un temps d'avance sur le personnage, dans une situation typique d'ironie dramatique, qui naît du contraste entre la perception partielle ou erronée d'une situation par un personnage et la perception de la situation réelle par le lecteur (perception parfois partagée par d'autres personnages). Le phénomène s'observe également dans les récits de ruse ou de dissimulation, où le lecteur est régulièrement en position supérieure par rapport au personnage trompé (ainsi en Gn 27,18-33; 31,32-35; 38,15-19).

- Le personnage en sait plus que le lecteur

C'est ici le lecteur qui, souvent provisoirement, est frustré d'un savoir qui n'échappe pas au personnage. En Gn 42,7, pourquoi Joseph, reconnaissant ses frères, fait-il en sorte que la reconnaissance ne soit pas mutuelle ? En 2 S 14,3, quel est le plan de Joab, dicté à la femme de Teqoa (« Va trouver le roi et parle-lui de telle façon ») ? A chaque fois, le narrateur se garde bien d'expliciter les choses (il aurait pu le faire: par convention, il est omniscient), de manière à engager le lecteur dans une dynamique de curiosité et de suspense ; dans bien des cas, le lecteur se retrouve alors analogiquement associé à la trajectoire d'un personnage (éventuellement collectif) privé du même avoir, lui aussi en position inférieure par rapport à « celui qui sait ».

- Le lecteur et le personnage sont sur le même plan

Ailleurs encore, le lecteur et le personnage reçoivent ensemble la clé des énigmes du récit. Dans le récit du jugement de Salomon en 1 R 3,16-28, le lecteur, au départ, ne sait pas plus que le roi laquelle des deux femmes dit le vrai : elles ont l'une et l'autre un discours en miroir qui rend impossible toute élucidation. Il faut la mise en scène d'un verdict atroce - « Coupez en deux l'enfant vivant, et donnez-en la moitié à l'une et la moitié à l'autre » (v. 25)pour que se déclare la vraie mère. Salomon et le lecteur découvrent ensemble la vérité des choses.

 

page 77

Un casting inédit

Dans la galerie de ses personnages, la Bible se démarque de canons illustrés dans d'autres littératures antiques, qui distinguaient le « style élevé » de la tragédie et de l'épopée (ses nobles héros aux exploits extraordinaires, ses intrigues amoureuses ou guerrières, sa propension au sublime), et le « style bas », réservé à la comédie et à la satyre (les héros font alors partie du petit peuple, et leurs tribulations prêtent à rire) (voir Auerbach, p. 35-60). La Bible ignore de telles distinctions : les héros bibliques peuvent appartenir à toutes les classes sociales (que l'on songe à Hagar, servante d'Abraham, à David, pris « derrière le troupeau », ou à la femme implorant Elisée en 2 R 4) ; ils ne brillent pas toujours par leurs qualités ni ne se distinguent par leur vertu. Les actions décrites ne sont pas nécessairement exceptionnelles ou extraordinaires, et le quotidien mis en scène est tout sauf le lieu d'une farce. Et si la Bible connaît aussi des récits épiques comme ceux de la conquête par Josué ou comme les exploits de Samson (qui mêlent cependant le burlesque au picaresque), ces récits font plutôt figure d'exception. En cela, la littérature biblique diffère de celle que le Proche-Orient ancien nous a léguée, exaltant ses héros et ses figures royales. Dans leurs accents critiques à l'égard des classes dirigeantes d'Israël et de Juda, les livres bibliques « des Rois » sont bien loin des Annales royales mésopotamiennes et égyptiennes, où une critique des souverains est simplement impensable. Cette liberté critique se trouve d'ailleurs régulièrement mise en abyme dans l'attitude de certains personnages prophétiques : « Quand Akhab vit Elie, il lui dit : "Est-ce bien toi, porte-malheur d'Israël ?" Il lui dit : "Ce n'est pas moi le porte-malheur d'Israël, mais c'est toi et la maison de ton père parce que vous avez abandonné les commandements de YHWH, et que tu as suivi les Baals" » (1 R 18,17-18). Dans leur casting et dans leurs rapports mutuels, les personnages bibliques traduisent ainsi l'intrusion d'un principe (théologique) inédit, bousculant les genres littéraires et réordonnant les rapports sociaux.

De manière analogue, les récits de la Bible affectionnent particulièrement les personnages de second rang - que l'on songe à Joseph à la cour de Pharaon, à Daniel, à la cour du roi de Babylone ou à Esther, épouse du roi de Perse. S'ils ne disposent pas de la puissance suprême, ce sont eux qui, dans l'histoire racontée, résolvent les problèmes et déclenchent les actions décisives. Ils obtiennent ces résultats non par la force ou en vertu de leur autorité, mais par la persuasion, l'intelligence et la ruse - les « armes » des individus et des groupes faibles, comme l'est Israël, entouré de superpuissances. Ces personnages « catalyseurs » se retrouvent également dans les intrigues « nationales » ou familiales, et souvent sous les traits de femmes : en Rt 3, Ruth persuade Booz de l'épouser lors de la scène sur l'aire ; en 2 R 4,28-30, la Shunamite obtient du prophète Elie de venir en personne ressusciter l'enfant qui vient de mourir ; en 2 R 5,2-3, la jeune esclave israélite indique au général syrien Naaman la voie à suivre pour obtenir la guérison.

 

 

3

L’analyse des formes et des genres et histoire des traditions (Michaela Bauks)

 

Genres narratif, juridiques, poésie biblique, littérature prophétique. Histoire des traditions, courants théologiques, repérage des traditions.

En voici deux passages

 

Page 118

Analyse et histoire des traditions

Aussi la mise en perspective des traditions qui figurent dans la Bible suppose une compréhension profonde d'une culture ancienne qui a fonctionné selon des paramètres autres que les nôtres. Cette tâche n'est pas toujours facile et l'étudiant a besoin d'une initiation à cette culture. Pour comprendre cette difficulté, empruntons un exemple à la culture française. Dans son recueil de chants « Trésors de la chanson populaire française » (1994), G. Massignon commente « Le Temps des Cerises ». Cette chanson, dit-elle, « évoque pour chacun de nous le temps de la Commune, temps de lutte et d'espérance, temps de sang et de misère. Et pourtant ce fut d'abord une chanson d'amour, écrite par Jean-Baptiste Clément à Montmartre en 1866, et que rien ne destinait à devenir un jour le symbole des barricades de 1871 ». Massignon raconte comment une suite d'événements à caractère anecdotique a provoqué un glissement et fait de cette chanson d'amour l'hymne de la Commune. Ainsi, même si la chanson ne cesse de porter sur le caractère éphémère de l'amour et les douleurs qu'il engendre, sa métaphore illustre plus la passion politique que l'amour humain. Pour comprendre pourquoi on qualifie cette chanson de chant de la Commune, le lecteur ou l'auditeur ont besoin de connaissances historiques étroitement liées à l 'histoire politique et culturelle française. Il en va de même pour la lecture de la Bible. Lorsque l'on a lu et analysé le texte, on n'a pas forcément compris de quoi il traite vraiment. L'analyse et l'histoire des traditions essaient de mettre en évidence le contexte culturel dont on a besoin pour comprendre le message véhiculé par le texte biblique.

 

page 133

Traditions et courants extrabibliques

Il est largement reconnu que le récit du déluge biblique a fait des emprunts assez détaillés aux épopées mésopotamiennes (Gilgamesh, tabl. XI et Atramhasis). Il est même probable que cette littérature a été connue et reçue en Canaan - les archéologues ont du moins trouvé un fragment de Gilgamesh à Mégiddo, daté du XIVe/XIIIe S. La question se pose alors de savoir comment cet échange littéraire a eu lieu.

 

 

4

L’analyse rédactionnelle (Christophe Nihan)

 

Les concepts de rédaction et de rédacteur, la démarche et l’analyse.

En voici trois passages

 

 

page 145

Les prophètes postérieurs (corpus propheticum) et le Psautier

L'intérêt pour l'histoire de la rédaction est particulièrement manifeste dans le cas de la recherche sur les prophètes. A partir des années 1970, l'intérêt pour la vie du prophète et son discours devient de plus en plus secondaire.
[...]

Plus que l'identification d'un supposé noyau « authentique », ce qui importe désormais est de retracer les principales étapes du processus de transmission par lequel ces livres ont atteint leur forme canonique (sur ce développement, voir de manière générale Konrad Schmid). Pour cela, l'exégèse s'efforce d'identifier les grandes rédactions qui ont donné forme, successivement, à ces livres, et de les caractériser sur le plan idéologique, c'est-à-dire de caractériser leurs principales tendances religieuses et politiques.
[...]

Outre les trois « grands » prophètes (Es, Jr et Ez), le cas des Douze petits prophètes (= XII) est encore plus saisissant : alors que jusque-là l'exégèse s'intéressait presque exclusivement à chaque prophète individuellement (Osée, Joël, Amos, etc.), la recherche récente s'intéresse au contraire prioritairement à la question de savoir de quelle manière (selon quelles modalités) le corpus des XII s'est constitué, en cherchant à reconstruire l' histoire rédactionnelle de ce corpus (voir Nogalski, et plus récemment p. ex. Wohrle). L'attention des exégètes se focalise ainsi sur des mots-crochets ou des motifs récurrents (comme le thème du « Jour de YHWH ») dans les XII, lesquels témoigneraient de la volonté des scribes qui ont copié et transmis ces textes de les arranger selon un certain ordre et une certaine logique. Dans cette perspective, le problème de distinguer entre matériel « authentique » et « inauthentique » devient secondaire, voire accessoire; la question centrale devient plutôt de savoir comment les rédacteurs successifs ont voulu que les livres prophétiques qu'ils transmettaient soient compris et interprétés par les lecteurs ou les auditeurs de leur époque.

 

page 151

Le Pentateuque

En un sens, la conception actuelle de l'histoire rédactionnelle reprend et prolonge une intuition ancienne, qui reste profondément juste : l'AT n'est pas une littérature d'auteur (pace Van Seters), en tout cas au sens moderne du terme, mais une littérature de « tradition » (Traditionsliteratur), dont l'origine résulte d'un processus d'amplification et d'actualisation continuel. L'histoire de la rédaction ne peut pas reconstruire ce processus dans ses moindres détails, mais elle peut néanmoins s'efforcer d'en identifier les principales étapes sur la base de certaines indications internes. C'est cette démarche que nous allons maintenant présenter.

 

page 169

La démarche de l'analyse

Une fois qu'un texte a été identifié comme étant composite et que ses principaux segments ont été identifiés, l'analyse va ensuite s'efforcer d'examiner ces segments de manière individuelle, en cherchant notamment à déterminer l'étendue et la nature de ces segments. Où commence et où se termine chaque segment ? Ensuite, à quoi ressemble ce segment lorsqu'il est considéré pour lui-même ? En particulier, forme-t-il un texte autonome et cohérent ? Si c'est le cas, on a peut-être affaire à un document antérieur repris par le rédacteur. Si, à l'inverse, ce segment ne peut pas être compris indépendamment de son contexte littéraire immédiat, on a alors affaire à un supplément introduit par un scribe dans un texte déjà existant. Si ce supplément peut être mis en relation avec d'autres suppléments du même type présents dans la péricope étudiée et/ou dans l'ensemble littéraire dont cette péricope fait partie, il s'agit d'un ajout rédactionnel, relevant d'une rédaction d'ensemble ; dans le cas contraire, il s'agit d’un ajout isolé, du type de la glose ou de la Fortschreibung (voir ci-dessus, 4.1.8)

 

 

5

Éléments pour l’analyse de Nombres 12 (Jan Joosten et Thomas Römer)

 

Ce dernier chapitre donne un exemple de la manière dont on peut mettre en pratique les quatre chapitres précédents pour analyser un texte.

 

 

 

Retour
Retour vers « connaissance de la Bible »
Vos commentaires et réactions

 

haut de la page

 

rcus Borg  

 

Les internautes qui souhaitent être directement informés des nouveautés publiées sur ce site
peuvent envoyer un e-mail à l'adresse que voici : Gilles Castelnau
Ils recevront alors, deux fois par mois, le lien « nouveautés »
Ce service est gratuit. Les adresses e-mail ne seront jamais communiquées à quiconque.