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Jésus


La foi au risque de l’histoire

 


Pierre Prigent

 

 

Éd. Olivétan

306 pages 26 €

 

 

Recension Gilles Castelnau

 

 

18 février 2011

Pierre Prigent a été professeur pendant 35 ans à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg. Il est historien des origines du christianisme.
Il publie ce livre en initiation à l’approche historique et critique des évangiles pour le grand public que le Nouveau Testament intéresse et qui souhaite savoir comment il a été rédigé.
Cet ouvrage est très facile à lire, il n’étouffe pas le lecteur sous des explications embrouillées et bourrées de détails. Avec beaucoup de simplicité il fait le tour de toutes les questions importantes.

Mentionnons entre autres les témoignages non chrétiens sur Jésus, Jésus est-il né à Bethlée  ? qui étaient les Pharisiens, l’entourage de Jean-Baptiste, Marie mère de Jésus, Marie de Magdala, Jésus interprète de la Loi, Jésus messie, Fils de l’homme, Fils de Dieu, ses miracles, les marchands du Temple, le procès, la résurrection...

En voici deux passages qui permettront au lecteur de se faire une idée de l’ensemble.

G.C.

 

.

 

Page 195

L'impôt à César

Les interlocuteurs sont des Pharisiens et des Hérodiens. Ces derniers ne forment pas un groupe historiquement bien déterminé. Leur nom permet de les situer dans la société palestinienne du temps : depuis la déposition d'Archélaüs en 6 avant notre ère, la Judée est sous administration directe de Rome. Restent la Galilée et la Pérée qui sont sous l'autorité d'Hérode Antipas. Celui-ci a le titre de tétrarque, c'est donc un vassal de l'empereur. Ce statut de prince juif soumis à la puissance impériale suscite évidemment une méfiance qui appelle en opposition des manifestations de soutien, ce que font les Hérodiens.

Le problème de l'impôt est un sujet particulièrement délicat : Antipas en assure le recouvrement, mais chacun sait qu'il est tenu d'en reverser l'essentiel au trésor impérial. Cette preuve de sujétion est regardée comme intolérable par plusieurs juifs. L'historien Flavius Josèphe rapporte que sous l'administration d'Archélaüs, Judas - dit le Galiléen - souleva un mouvement de résistance, faisant honte à ses compatriotes de consentir à payer tribut aux Romains.

En outre les pièces qui permettaient de s'acquitter de l'impôt portaient l'effigie de l'empereur, rendant le tribut encore plus insupportable. Très tôt les préfets veilleront à ce que sur les pièces de cuivre, les plus usitées, ne figure plus le buste impérial. La question posée à Jésus (« Est-il permis, oui ou non, de payer le tribut de César ? Devons-nous payer ou ne pas payer ? ») offre un choix dont les deux termes sont également condamnables : refuser de payer, c'est se ranger parmi les zélotes rebelles à l'administration impériale. Conseiller de payer, c'est opter pour la soumission à l'occupant. La réponse de Jésus est d'une grande habileté. Elle ne se limite pas au jeu de mots (ou d'images !) : le raisonnement suppose le récit de la création qui précise que l'homme est à l'image de Dieu ; il porte en lui cette image qui fait de lui à jamais le sujet de son créateur. Se servir de la monnaie frappée à l’image de l’empereur, c’est reconnaître que c’est un argent romain et qu’il peut donc servir à payer un impôt romain. C’est là une obligation tout extérieure, tandis que l’obéissance que Dieu demande engage l’homme tout entier.

 

 

page 239

Le procès romain

Dès le matin, le sanhédrin unanime transmet un avis, évidemment écrit, à Pilate en lui remettant le prisonnier.

La justice romaine en Judée

Lors de ses séjours à Jérusalem, Pilate ne réside pas à la forteresse Antonia qui touche à l'enceinte du temple, mais dans le palais d'Hérode, adossé au rempart à l'angle Nord-Ouest de la ville, à moins de trois cents mètres du Golgotha. C'est ce que Jean appelle le prétoire. C'est là que Pilate rend la justice, ce qu'il peut faire de manière très expéditive pour autant que le prévenu ne soit pas protégé par sa citoyenneté romaine (ce sera le cas de Paul, dont le jugement devra être prononcé par le tribunal impérial).

On est assez mal renseigné sur les procédures appliquées dans les provinces par l'administration romaine. Le Martyre de Polycarpe (en 167) peut en donner une idée, mais plus de cent ans ont passé ! La correspondance de Pline le Jeune (gouverneur de Bithynie et du Pont) avec l'empereur Trajan au début du deuxième siècle peut toutefois faire penser qu'il ne s'agissait pas de procès en bonne et due forme. On parlerait plutôt de jugements de simple police. Pline hésite sur l'attitude à adopter envers les chrétiens que la vindicte populaire lui dénonce. Voici comment il procède : il leur demande s'ils sont chrétiens. S'ils avouent l'être et s'entêtent à vouloir le rester, il les fait exécuter, car le seul fait de persévérer avec obstination trahit une résistance à l'autorité impériale qui est condamnable en soi.

On peut encore remonter dans le temps : voici comment s'est déroulé en l'an 62 le « procès » d'un nommé Jésus, fils d'Ananias. L'historien juif Flavius Josèphe raconte qu'un paysan surgit à Jérusalem en 62 pendant la fête des Tentes. Ce Jésus se met à prophétiser le malheur pour le temple, la ville et ses habitants. On s'irrite de cet oiseau de mauvais augure, on le maltraite et pour finir, on le fait comparaître devant Albinus, le préfet. Celui-ci le fait cruellement fouetter, mais l'homme sans faiblir se borne à répéter sa prophétie de malheur. Albinus le juge fou et le remet en liberté. Il mourra d'une pierre de catapulte pendant le siège de Jérusalem en 70. Ses derniers mots seront pour ajouter, après la prophétie contre la ville, le peuple et le temple : « Malheur à moi-même ! ».

Lors d'une session publique, le préfet (ou le gouverneur) prend connaissance de l'accusation, car il n'y a pas de ministère public chargé de veiller au respect de la loi. On procède alors à l'interrogatoire contradictoire de l'accusé, auquel il incombe de se défendre lui-même. S'il ne parle pas, c'est qu'il reconnaît les faits reprochés et cet aveu vaut condamnation. La sentence qui est sans appel est immédiatement prononcée et exécutée, y compris en cas de peine capitale.

 

L'interrogatoire

On peut se faire une idée de l'accusation car Pilate, en ayant pris connaissance, pose aussitôt cette question à Jésus : « Es-tu le roi des juifs ? ». Le sanhédrin a donc fait valoir le côté politique d'une accusation dont l'aspect religieux, pourtant primordial, ne peut intéresser le préfet. En revanche, une prétention à la royauté ne peut laisser Pilate indifférent : c'est une menace pour l'ordre public. L’accusé est donc sans doute un rebelle, un agitateur populaire.

Pilate interroge Jésus et attend de lui une réponse. Ceci implique évidemment que les conditions élémentaires d'un dialogue soient réunies. Pilate, le romain, ne peut pas s'adresser à ses administrés juifs dans leur langue. Il doit recourir au grec, langue employée communément en cette partie orientale de l'empire. Comme les évangiles ne parlent jamais de traducteurs, on peut conclure que Jésus était capable d'entendre le grec et de le parler au moins de manière rudimentaire.

« Es-tu le roi des juifs ? » demande Pilate. C'est le point fondamental : pour Pilate, seule une accusation impliquant la révolte contre l'autorité impériale peut être inquiétante.

Or Jésus répond affirmativement. On peut s'en étonner, vu les réticences qu'il a plusieurs fois exprimées quant au titre de messie. Mais comme le christianisme primitif n'a guère recouru au titre de roi pour désigner son Seigneur, on ne peut songer à voir ici une création de l'Église. Jésus a bien dit cela. Néanmoins, il faut ajouter qu'il a dû l'entendre tout autrement que Pilate. Le quatrième évangile a sans doute raison quand il introduit ici un dialogue sur la nature de cette royautés. Il faut ajouter qu'il est peu vraisemblable que le brutal militaire qu'est Pilate se soit engagé dans un dialogue profond et presque méditatif avec l'accusé. Le texte johannique a le grand mérite de dégager de l'anecdotique le sens véritable et l'enjeu théologique fondamental.

 

Pilate

Peut-être n’est-il pas inutile d’interrompre un instant le cours du récit pur rappeler ce que nous savons de Pilate. D’après les historiens de l'époque, il semble que le personnage ait été tyrannique, cruel et sans scrupules.

Le portrait qu'en brosse Marc est beaucoup moins sévère : Pilate insiste pour que Jésus se justifie, il le relâcherait volontiers ; il montre de la réticence à le crucifier comme la foule le réclame, et ne s'y résout que pour calmer l'excitation populaire.

Selon Luc, Pilate proclame par trois fois qu'il juge Jésus innocent et ne cède qu'à contrecœur aux exigences de la populace.

Matthieu précise que Pilate a une claire conscience que les chefs religieux juifs veulent se débarrasser d'un homme dont l'autorité risque d'ébranler la leur. Au cours de la procédure, la femme de Pilate lui fait tenir un message : un songe l'a tourmentée ; il ne faut pas condamner Jésus car c'est un homme de bien. Pilate tente une dernière fois de sauver Jésus, mais voyant que la situation pourrait tourner à l'émeute, il se lave publiquement les mains pour signifier qu'il ne veut en rien porter la responsabilité de l'exécution. Alors la foule crie : « Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants ».

Quelques années plus tard, voici l'évangile de Jean où le personnage de Pilate devient presque admirable : il commence par refuser d'instruire l'affaire, mais doit s'y résoudre et c'est pour ouvrir un dialogue dans lequel Jésus l'amène à douter de soi : « Qu'est-ce que la vérité ? » en arrive-t-il à se demander. Ensuite de quoi il déclare Jésus totalement innocent, affirmation répétée une deuxième fois. Il entame avec Jésus un nouveau dialogue sur le thème du pouvoir et cherche à le libérer. Mais les juifs menacent de dénoncer le préfet comme favorisant un rebelle à l'autorité de l'empereur. Pilate cède alors, mais non sans avoir présenté l'accusé aux juifs en disant : « Voici votre roi ! ». La foule dans sa fureur répond qu'elle n'a d'autre roi que l'empereur.

Encore quelques décennies, et les Actes apocryphes de Pilate feront de lui un crypto chrétien.

 

On constate donc une évolution qui tend à innocenter de plus en plus Pilate du crime d'avoir condamné et exécuté Jésus. Parallèlement, on charge de plus en plus d'abord les sanhédrites, puis la foule qu'ils savent exciter, et finalement les juifs. C'est là un développement progressif dont on perçoit bien la motivation : il s'agit de montrer au monde païen que le représentant de l'État ne s'est pas spontanément opposé à Jésus. En conséquence, il n'y a pas de raison pour que l'administration impériale se laisse entraîner à persécuter les chrétiens. Dans le même temps, le christianisme primitif, qui rencontre l'hostilité grandissante du judaïsme, tend à expliquer cette attitude en l'enracinant dans la haine qui a poussé les juifs à accuser Jésus et à le faire condamner.

Ici plus qu'ailleurs, on mesure combien il est difficile de remonter à l'histoire telle qu'elle s'est réellement passée. Pourtant, lorsqu'on a distingué le sens de l'évolution, on ne se trompera pas beaucoup en tentant de remonter le cours du fleuve.

C'est incontestablement Pilate qui, sans hésitation, a condamné Jésus et l'a fait crucifier. Il s'est prononcé au vu d'une accusation portée par le sanhédrin conduit par les grands prêtres qui dénonçaient Jésus comme un homme dangereux pour l'ordre public.

 

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