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Reinhold Niebuhr


La lucidité politique d’un théologien américain

 


Henry Mottu


Éd. Olivétan

160 pages - 14 €


recension Gilles Castelnau

 

 

8 février 2017

Reinhold Niebuhr (1892-1971) était un théologien protestant américain très connu et influent dans la vie politique des Etats-Unis si troublée durant la période avant, pendant et après la dernière Guerre mondiale.

Il réfléchissait à la présence active de Dieu et l’action de l’homme dans la vie de la société américaine et du monde. Situation sociale des ouvriers des usines Ford, action terrifiante du Ku-Klux-Klan et surtout montée du communisme en Union soviétique et des fascismes en Italie et en Allemagne.

Martin Luther King l’a mentionné comme une de ses influences, le président Lyndon Johnson lui a attribué la médaille de la Liberté et la ville de New-York a donné son nom à une place. Ses livres ont sans aucun doute influencé la politique de Barack Obama au Moyen-Orient.

Voici quelques passages que le pasteur Henry Mottu consacre ici à la présentation de sa pensée.

 

page 32

Biographie

 

Le tournant théologique (1935-1945)

A Noël 1944, il fait paraître un livre qui aura un grand écho auprès des politiciens et des journalistes – dont l'historien démocrate Arthur Schlesinger - car il y fait la théorie de la démocratie contre la tentation fasciste : The Children of Light and the Children of Darkness (Les enfants de lumière et les enfants des ténèbres) (par référence à Luc 16.8). C’est dans cet ouvrage que se trouve la fameuse maxime, souvent citée, qui résume en fait sa théologie politique :

« Parce que l'homme est doté d'un sens de la justice, la démocratie est possible ; mais parce qu'il est enclin à l'injustice, elle est nécessaire » (Préface à la 1ère édition, p. XXXII).

 

 

page 41

Une éthique du changement social

 

La polémique contre le libéralisme économique

L’aspect polémique du livre prend beaucoup de place. C’est une œuvre lucide, même acide, ironique. L’auteur y attaque principalement l'idéalisme libéral de son temps, selon lequel on pourrait améliorer la société par la raison, l'éducation ou la religion. Niebuhr vise les moralistes, les sociologues, les éducateurs suivant les idées de John Dewey. Or pense l'auteur, on ne peut pas partir de l'individu moral pour parvenir à une société plus juste.
Par là, Niebuhr coupait court à toutes les tentatives de son temps imaginant possible et souhaitable d'établir le Royaume de Dieu sur la terre, comme le Social Gospel le proclamait. En réalité, dès que l’on entre dans le domaine de la justice sociale et de l'égalité, on se heurte à des puissances - l'argent, le capital, les classes privilégiées - avec lesquelles le conflit est inévitable. C'est cette nécessité du conflit qui a tellement frappé les lecteurs de l'époque et qui heurtait de plein fouet leurs idées pacifistes, parfois sentimentales, et religieuses.

Or, dit Niebuhr, en se portant sur la socialité, les relations collectives, l'économie et la politique, on entre de gré ou d. force dans la question du pouvoir (power). Le thème du livre sera donc de faire comprendre aux « libéraux » des milieux chrétiens de son temps qu'un pouvoir injuste ne sera transformé que par un contre-pouvoir et que ce contre-pouvoir n'équivaut pas à la violence, mais à une force qui peut s'avérer sinon positive, du moins nécessaire.

[...]

Il s’agira donc d'étudier les ressources morales et les limitations surtout de la nature humaine dans le but de changer la société, compte tenu de l'état, dit-il, d'une « génération désillusionnée » après la Première Guerre mondiale et le krach de 1929. Résumé du but de l’ouvrage : « Le dessein ultime de cette tâche est de trouver des méthodes politiques susceptibles sur le long terme de parvenir à un but éthique social pour la société » (p.  XXXIV).

 

 

page 64

La question du pacifisme

 

Pourquoi l'Eglise chrétienne n'est pas pacifiste

L’autre article date de l’automne 1940 : Why the Christian Church is not pacifist, dans lequel Niebuhr fustige la tentation d'un pacifisme, alors très répandu dans les Eglises américaines. Mais son refus décidé, on va le voir, reste nuancé.
Entrons dans quelques détails de cet article important.
Niebuhr commence par rappeler que si les adversaires du pacifisme considèrent celui-ci comme hérétique, les pacifistes, à leur tour, tiennent l’acceptation de la guerre, de la part des chrétiens, pour une apostasie. Or, l’éthicien va chercher un chemin étroit entre ces deux positions extrêmes. Sa thèse, qu'il avance au début de l’article déjà, est, en effet, que l’on ne peut pas de manière simpliste identifier l'Evangile à « la loi d’amour ». Certes, la loi d’amour est respectable, mais elle se heurte au fait du péché. Et ceux qui l'évoquent - en se disant : « si seulement » les hommes obéissaient à la loi du Christ - se bercent d’illusions.

[...]

Or, ces bons sentiments ne sont cohérents ni avec la totalité des écrits du Nouveau Testament, ni avec l’expérience humaine et historique. Ainsi, imaginer que si la Grande Bretagne avait compté non pas 2 %, mais 30 % d'objecteurs de conscience, le cœur de Hitler aurait été adouci et qu'il n'eût pas attaqué la Pologne, est de la pure spéculation et témoigne d'une grande naïveté.

 

 

page 79

Le tournant théologique


Au printemps et à l’automne 1939, Niebuhr est appelé à donner les Gifford Lectures à Edimbourg, alors que l’Angleterre et la France entrent en guerre contre le 3e Reich. Lors de la seconde série de leçons d’octobre à novembre, pendant que le maître parlait, on pouvait entendre, paraît-il, les bombes tomber dans le port d'Edimbourg, visant une base navale, ainsi que les canons de la défense antiaérienne. Les circonstances dans lesquelles ces cours furent donnés sont importantes à rappeler. Aucune théologie ne se fait dans le vide des idées.

 

page 105

« Désordre de l'homme et dessein de Dieu » (Amsterdam, 1948)

Quoi qu'il en soit, Niebuhr, pour sa part, voulait garder bien sûr la reconnaissance de la transcendance de Dieu, mais dans l'objectif de responsabiliser l'homme. La transcendance divine en appelle à la responsabilité humaine.

« L’Evangile apporte la promesse d'une vie nouvelle pour les hommes et pour les nations, mais ne garantit pas le succès historique. On ne peut transformer l'Evangile du Christ en un système d’optimisme historique. La victoire finale sur le désordre de l'homme dépend de Dieu et non de nous-mêmes.
Mais nous sommes responsables de victoires plus immédiates et une vie chrétienne qui n'aurait pas le sentiment élevé de sa responsabilité envers notre société, nos nations et nos cultures dégénérerait en une insupportable religion de l'au-delà (into an intolerable other-worldiness). Nous ne pouvons ni renoncer à cette demeure terrestre qui est la nôtre, ni prétendre que ses victoires et ses défaites donneraient un sens final à notre existence. »

Voilà qu'apparaît clairement l'intention de fond de toute la théologie de Niebuhr : nous dépendons de la promesse de Dieu pour vaincre le mal (avec Barth), mais nous sommes responsables de nous associer à cette promesse. Dieu n'agit pas sans nous. Nous n'avons pas pour vocation de fuir dans une religion de l'au-delà, ni pour tâche de nous perdre dans un activisme effréné. Il ne s'agit pas d'attendre, mais de prendre nos responsabilités. Bonhoeffer n’est pas loin...

 

 

page 109

La défense de la démocratie

Idéalistes et cyniques

Qui sont exactement, selon Niebuhr, ces deux groupes, les enfants de lumière et les enfants des ténèbres ? C'est ce que le premier chapitre va clarifier. Mais le diptyque est assez subtil : il ne s'agit pas des chrétiens, d'une part, et des athées, d'autre part. Niebuhr ne distingue pas les deux groupes à partir de leur foi religieuse. Il n’y a pas ici les « bons », là les « méchants ». Tout, dans l'histoire et la politique, est mélangé, car il n'existe pas de bien pur ni de mal pur.

[...]

Les « enfants des ténèbres » sont en fait ce que Niebuhr nomme des « cyniques moraux » qui savent placer leur intérêt personnel en première ligne, sans le cacher. Ils sont mauvais, mais rusés parce qu'ils comprennent le pouvoir de l'intérêt propre. Quant aux « enfants de lumière », ils mettent certes en avant une loi plus haute que leurs propres intérêts, mais ils sont autant vertueux que fous. Ils sous-estiment ce pouvoir de l'intérêt personnel en eux-mêmes. Ils ne voient pas la poutre qui est dans leur œil.

[...]

Les marxistes en particulier, d’enfants de lumière qu'ils étaient au début, sont devenus les instruments des enfants des ténèbres, n'ayant justement pas échappé à la « stupidité », des enfants de lumière. C'est là l'ironie de l'histoire. Stupidité pour les enfants de lumière, malice pour les enfants des ténèbres, ce cocktail explosif crée le tragique de l'histoire.

 

page 114

La communauté internationale

Sans l'espérance de la foi chrétienne en un pouvoir divin, soutien de l'histoire, [...] nous alternons entre sentimentalité et désespoir ; ou nous avons trop confiance dans les possibilités de l'homme ou nous perdons toute foi dans le sens de la vie, quand nous découvrons les limites des possibilités humaines.



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