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3

Vers un renouvellement

de l’Église



Hugues Lehnebach


pasteur de l'Église protestante unie



 

6 novembre 2019

Pourquoi donc notre petite paroisse ne recrute-t-elle pas davantage?

C’est la question posée par l’un des membres de ma communauté. Constatant le manque de renouvellement des fidèles, l’on s’interroge. Nous avons des activités qui fonctionnent correctement : catéchisme, réunion de prière, études bibliques, prédication mensuelle, diaconat, renouvellement des formes liturgiques, un climat fraternel avec des partages de repas chez l’un ou l’autre, ouverture à certaines rencontres interreligieuses. Bref ! Il semble que cela ne suscite pas un intérêt suffisant pour que les visiteurs occasionnels reviennent. Et vu l’âge de la plupart d’entre nous, nos rangs s’éclaircissent.

Notre église n’est pas la seule dans ce cas

La plupart des églises connaissent la même difficulté. Cela est dû aux effets de la modernité, héritage des philosophes du dix-huitième siècle qui faisaient une plus large place à la raison qu’à l’autorité de l’Église. D’autres événements sont intervenus. La sécularisation, les conséquences des révolutions industrielles, le néocapitalisme nous ont conduits à la postmodernité. Depuis les années 80, nous sommes entrés dans un monde totalement différent de celui qu’avaient vécu nos parents. Donner un sens à sa vie ne s’exprime plus dans les termes d’autrefois.

« Je crois, disait Robinson, évêque anglican, que nous sommes entrés dans un monde où l'homme se conçoit de manière autonome et non plus hétéronome, se référant à un Dieu extérieur, en haut, au ciel. Ce Dieu n'est plus concevable. Mais les églises n'ont pas encore pris la mesure du changement de culture et même de civilisation dans lesquels nous sommes entrés. »

Bonhoeffer disait que le christianisme est un système de religion qui a 2 000 ans, et que depuis 500 ans environ nous entrons peu à peu dans un monde totalement dépourvu de croyances religieuses. Toutes les certitudes sur lesquelles reposait ce système religieux s’effondrent. L’une de ces croyances est la vision du Dieu auquel l’église continue à se référer. Ce qui était admis dans l’enfance n’est pas la réponse aux questions que se pose l’homme d’aujourd’hui. Il y a une perte de la crédibilité du christianisme au détriment de l’Évangile. Ce n’est donc pas en s’appuyant sur les données d’un catéchisme obsolète que l’on peut espérer convaincre un peuple déchristianisé.

 

L’hypothèse « évangélique »

Les évangéliques sont les seuls à étoffer leurs rangs en créant des groupes constitués de membres convaincus dans une société dans laquelle les fidèles pratiquent un entrisme de conviction. L’entrisme consiste à s’efforcer de modifier de l’intérieur l’orientation de la société. Ces militants sont en tension, voire en opposition avec la société globale sur les questions ayant un rapport avec la sexualité par exemple. Il s’agit d’une religion de militants convertis. « Hommes et femmes expriment leur condition humaine et disent le sens de leur vie, de leur solidarité, de leur mort, de leur rapport au passé et à l’avenir, de leur rapport aux autres, au temps et à l’espace, du sens qu’ils donnent au bonheur et au malheur. » Plutôt que sur une réflexion théologique, c’est beaucoup plus sur un partage de l’expérience spirituelle que le groupe fonctionne.

Les évangéliques sont en général fondamentalistes, c’est-à-dire qu’ils prennent facilement la bible à la lettre, la considérant comme dictée par Dieu lui-même. Le fondamentalisme consiste à prendre le texte biblique à la lettre comme vérité transmise directement par Dieu lui-même, à l’image de ce qu’un musulman orthodoxe pense du Coran. Oser situer le texte dans son contexte historique pour s’efforcer de comprendre ce que les contemporains du rédacteur du texte biblique entendaient, et l’interpréter pour le situer dans notre propre contexte est considéré parfois comme un blasphème, car cela met souvent en question les croyances héritées du passé.

Une branche, celle du pentecôtisme, privilégie la référence à l’Esprit saint plutôt que la référence aux Écritures. Ils cultivent les guérisons miraculeuses.

 

L’Église qui vient

Depuis quelques années, le christianisme s'interroge sur la place qu'il occupe dans l'Europe du XXIsiècle. Doit-il se replier, s'opposer frontalement aux évolutions de la société ou s'adapter, au risque craint-il, de se perdre ?
Laurent Schlumberger, ancien président de l’Église Protestante Unie de France termine son livre A l’Église qui vient  par l’évolution du protestantisme vers un christianisme post confessionnel. Il tient compte de l’évolution religieuse de nos contemporains à la fois individualistes, sécularisés et en prise avec la mondialisation. Dans une société sensible à un retour du religieux vécu hors des institutions ecclésiastiques, une église ouverte aux différents courants accepterait que des chrétiens issus de différentes églises se retrouvent unis malgré leurs différences idéologiques, théologiques. Au-delà donc des confessions, des appartenances religieuses. C’est un premier petit pas vers l’universalisme. Nombreux sont ceux qui, comme Spong, n’adressent plus de prière à un dieu théiste agissant comme par magie sans observer les lois naturelles.

On peut par analogie comparer la véritable révolution qui s’impose au monde agricole à la mutation que doit vivre l’église. En effet à cause du réchauffement de la planète, le climat se déchaîne : sécheresse, manque d’eau, orages destructeurs, inondations catastrophiques, contraignent les agriculteurs à changer leurs pratiques. Faute d’une réorientation indispensable, c’est l’avenir du pays tout entier qui est en danger compte tenu de la concurrence internationale. L’église est pour d’autres raisons, confrontées au même problème, à la même remise en question.

 

Au vu du constat, que faire ?

La prière est ce à quoi l’on pense spontanément. De plus en plus nombreux sont ceux qui ne prient plus un Dieu théiste, c’est-à-dire un dieu tout puissant qui interviendrait de façon magique pour résoudre à la demande, nos petits problèmes. Et puis ne serait-ce pas rendre Dieu lui-même responsable de l’échec prévisible de la réponse si rien ne se passe ? Pourquoi ne pas essayer de répondre à la prière que Dieu lui-même nous adresserait ? En ce cas il nous faut commencer par faire l’inventaire des solutions à notre portée pour faire face aux problèmes.

1- Élargir le public de notre communauté

Comme la solution ne peut venir de nous seuls, au lieu de nous replier sur nous-mêmes, il nous faut élargir notre cercle en associant le public à la réflexion, car la réponse viendra peut-être d’eux. Une réponse pourrait être d’animer des conférences mensuelles suivies de débats. Il ne s’agit pas de « convertir », de faire du prosélytisme, mais de donner la possibilité de partager des préoccupations spirituelles. Les questions ne manquent pas. A commencer par exemple par celle-ci : pourquoi les églises se vident-elles ? Ou encore : que nous reste-t-il de notre éducation religieuse ? Rassembler sur la base d’une même conviction est aujourd’hui sans intérêt. Ce fut l’’objectif mené pendant des siècles par diverses églises qui se sont violemment affrontées, convaincues qu’elles seules détenaient la vérité. L’individualisme, la sécularisation, la mondialisation sont à l’œuvre et cette ambition de vouloir imposer une doctrine répondant aux questions actuelles n’est plus pensable. Le but serait donc simplement de permettre à chacun, d’où qu’il vienne, quelle que soit ses convictions religieuses ou non, de se forger une opinion qui lui permette de donner un sens à sa vie, en étant écouté, respectée.

2- Les limites de l’église

L’institution de l’Église protestante Unie de France ne pourra bientôt plus fonctionner sur les bases de son actuelle organisation. L’argent va manquer. Il va falloir inciter peut-être les pasteurs à exercer un métier à mi-temps tout en exerçant leur ministère dans l’autre mi-temps.. Une réforme complète de son fonctionnement va sûrement être nécessaire si elle veut vivre encore demain

3- La démultiplication des petites communautés locales

Le développement de petites communautés peut être une solution. Ce serait un retour à la stratégie de l’Église primitive. Prendre quelques précautions pour que le fonctionnement d’une petite communauté ne tombe aux mains d’une minorité cléricale ou soit perturbé par une crise interne est nécessaire.

Par ailleurs si l’on veut maintenir un lien spirituel entre toutes ces petites communautés, et éviter que ne se développe un esprit congrégationaliste, un renforcement de la fédération qui existe dans l’Église protestante historique au niveau régional et national devrait alors être conforté.

4- La réflexion théologique

Pour qu’il y ait un véritable renouveau, il faut, je crois, une « réflexion spirituelle en prise avec les préoccupations de la société ». Tillich parlait de corrélation, d’une écoute de la Parole en même temps que d‘une prise en compte de la culture dans laquelle on baigne. La théologie du process est une réponse séduisante adaptée à notre temps.

5- Engagement éthique

Le protestantisme a toujours innové, Luther le premier en valorisant le travail. Ce n’est pas en s’isolant dans un monastère que l’on va vers son salut disait Luther. C’est en s’engageant à réaliser sa vocation en oeuvrant ici-bas. Le protestantisme a pendant longtemps milité pour un engagement éthique dont le rayonnement a eu des effets dans la société. Actuellement un projet œcuménique prend forme ici ou là : celui de « l’Église verte ». Des paroisses s’engagent pour participer à leur mesure, dans la lutte contre le réchauffement climatique. Peut-être donc un engagement de ce type pourrait voir le jour. Il est vraisemblable qu’un tel témoignage aurait des effets sociaux. Notre communauté trouverait sans aucun doute la forme concrète que pourrait avoir son engagement social.

 

Conclusion

Selon Spong deux formes de témoignage sont nécessaires.

- La première consiste à se débarrasser de tout ce qui n’est plus concevable et empêche le renouvellement par l’adhésion. Suivre l’orientation proposée par Spong me semble une voie tout à fait possible. L’Église dit-il est une maison évolutive et non pas un système religieux avec des éléments figés de vérité soi-disant révélée. Parti du judaïsme, le christianisme a brisé ces limites. Au cours des étapes de l’histoire, des déclarations dogmatiques ont voulu transformer des vérités partielles en vérités définitives constitutives de la véritable foi d’une soi-disant unique église. Or le christianisme ne possède aucune certitude établie concernant l’ultime. Le christianisme est un système de foi en constante évolution. À l’avenir les humains créeront la religion dont ils ont besoin pour survivre. Mais aujourd’hui le système religieux est malade à en mourir.

Il lui faut donc se débarrasser de croyances comme celle du créationnisme, du péché originel qui n’est d’ailleurs pas biblique, de la rédemption par la mort sacrificielle de Jésus pour payer à Dieu le prix de notre péché, des miracles, de la résurrection physique, de la survie de l’âme, de la trinité. Chacune de ces croyances se voulait une réponse à un problème réel qui a toujours de l’importance, mais dont la réponse correspondait aux moyens intellectuels et culturels d’une époque qui n’est plus la nôtre. A nous aujourd’hui de donner la réponse qui soit recevable maintenant.

- Le deuxième aspect concerne l’affirmation de la foi. Dieu ne peut être défini. Il ne peut qu’être expérimenté. Il se voit dans la vision des êtres humains qui parviennent à l’épanouissement de leur personne. Le divin apparaît seulement à travers l’humain. Le règne du divin et de l’humain n’est pas distinct. Mt 25, 31-45 en témoigne : « Quand t’avons-nous vu nu, affamé, c’est toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits » Et Jean 4,16 : » Dieu est amour. Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu. » Plus nous donnons de l’amour, plus nous faisons l’expérience de Dieu visible. Le divin et l’humain se pénètrent l’un l’autre. Dieu est une réelle expérience. Le credo est une explication de cette expérience. La vie circule au travers de chacun, de chacune. On peut expérimenter Dieu comme on expérimente la vie. L’amour donne la vie. Un être privé d’amour, meurt. L’amour nous relie à quelque chose au-delà de nous-mêmes.

La théologie organise ces expériences. Les doctrines appliquent la théologie de ces credos. Le dogme est la doctrine au sens littéral. .

Nous pourrions être désespérés devant la catastrophe planétaire qui va survenir si nous continuons à tout miser sur la croissance pour la croissance et la consommation. L’ultralibéralisme devenu la religion planétaire nous conduit vers l’apocalypse en développant les inégalités et l’injustice. Les chefs d’État qui accèdent au pouvoir s’avèrent être le plus souvent des sociopathes, dépourvus de toute empathie. On va confier d’ici peu à des algorithmes le soin de prendre les décisions que ce soit dans le domaine de l’économie ou de la santé. Seule notre foi dans l’amour de Dieu nous convaincra de témoigner de notre fidélité à l’Évangile en restant convaincus que Dieu ne nous abandonnera pas.

 

Le courage d’être


Je résume maintenant la profession de foi de Spong. Si nous ne pouvons rien dire de Dieu, dire qui il est, le définir, nous pouvons faire l’expérience de Dieu. Un cheval, un chien ou un chat ne peuvent pas dire à un autre cheval, à un autre chien, à un autre chat qui je suis. Et pourtant ces animaux aiment rencontrer l’homme, être caressés, l’entendre parler. Bref ! S’ils ne peuvent rien en dire, ils peuvent faire l’expérience de l’homme. De même nous pouvons faire l’expérience de Dieu sans pouvoir en dire quoi que ce soit tant il nous dépasse.

Dieu est le fondement de l’être. Il est plus en profondeur que perché là-haut, au ciel. La seule façon de glorifier Dieu c’est avant tout, avoir le courage d’être tout ce que je peux être. Et plus j’ai ce courage d’être, plus je rends Dieu visible. On découvre la réalité de Dieu en faisant l’expérience qui nous pousse à vivre pleinement, à aimer sans compter, à avoir le courage d’être tout ce que nous pouvons être.

Il ne s’agit donc pas de construire une institution religieuse pleine de disciples, ni d’aider les gens à devenir religieux. Notre mission est de construire le monde de telle façon que chaque être vivant, que chaque personne que nous croisons sur notre chemin ait une meilleure possibilité de vivre pleinement. Notre mission est d’aimer sans compter. Que chaque personne ne soit rejetée, mise sur le côté. Car chacun est appelé à grandir en tout ce qu’il peut être, en tout ce qu’il peut devenir.

Jésus a été tellement vivant que l’on voit bien qu’il est la source de la vie. Il a aimé si totalement, que l’on perçoit en lui la source de l’amour. Christ nous indique la plénitude de Dieu. Embrasser la vie, faire croître l’amour, avoir le courage d’être, ce sont les voies qui nous conduisent vers le mystère de Dieu.


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