Articles
La pauvreté
en Grande Bretagne
.
29 juin 2023
The Guardian Les
problèmes de santé qui ravagent les
enfants britanniques
7 avril 2020
Chanoine Nicholas
Sagovsky
13 décembre
2018 Ron Ferguson Justice pour tous
9 juin 2018 Lynne McNeil La faim
pendant les vacances
4 juin 2018 Claudine Castelnau Les évêques contre la faim
23 octobre
2017 Claudine
Castelnau Inégalités et pauvreté en
France et au Royaume Uni
et
ci-dessous :
5 décembre 2016 Claudine Castelnau
L’Église anglicane et les pauvres
5 juillet 2016 Philip North Le Brexit : ce que la classe
populaire a exprimé
26 avril 2016 Claudine
Castelnau La faim au Royaume Uni
16 mars 2016 Hattie Williams Réunir en
Angleterre les familles de réfugiés de Calais
16 septembre 2015 William Whyte Les
réfugiés ! rappel d'un certain passé
12 août 2015 Madeleine Davies Les
évêques anglicans et la « jungle » de
Calais
15 mai 2015 Mike Walsh Lettre ouverte
au Premier Ministre du Royaume Uni
.
L’Église
anglicane et les pauvres
Claudine Castelnau
5 décembre 2016
L'association Shelter écrit
: Cette année 120 000 enfants dans tout le
Royaume UNi se réveilleront le matin de Noël
sans avoir logement sûr et permanent. Vous ne
les verrez pas dormir sur les bancs ou se
réfugier dans les entrées des magasins : ils se
cachent pour dormir dans des logmeents d'urgence
ou des hôtels temporaires. Imaginez-les passant
Noël avec leurs parents serrés dans une pièce
unique. Pas de place pour un arbre de Noël, pas
d'endroit pour jouer, pas de repas de Noël ils
ont à partager une cuisine et une salle de bain
avec d'autres familles. Ils ont aussi des
chances de tomber malades parce qu'ils vivent
dans des conditions d'humidité et de moisissure
malsaines.
Philip North, évêque
anglican de Burnley en Angleterre, est
monté au créneau dans un article paru dans The Guardian le 2
décembre. Une fois encore, on s’étonne de la
liberté de ton des évêques anglicans pour
critiquer les injustices sociales et bousculer
leurs fidèles et condamner le Brexit. Le temps
est loin où l’on disait de l’Eglise d’Angleterre
qu’elle était « le Parti conservateur en
prière ».
L’évêque Philip North, critique clairement son
Eglise, la Church of England, pour avoir,
dit-il, adopté une « culture de classe
moyenne » et oublié les voix
marginalisées des travailleurs et des pauvres
qui ont voté pour le Brexit. L’Eglise anglicane,
accuse cet évêque, a un programme dont les
pauvres sont absents. Elle ne s’intéresse plus
qu’aux intellectuels, aux élites et elle est
tellement déconnectée des classes pauvres
qu’elle n’entend plus ce qu’elles disent.
La situation ne changera, selon lui, que
lorsque l’Eglise aura repensé son ministère dans
les zones urbaines [où sont majoritairement les
pauvres] en y mettant ses meilleurs éléments
dans les paroisses pauvres et les quartiers
abandonnés.
L’intervention de l’évêque de Burnely, une
région du nord de l’Angleterre qui a voté
majoritairement pour le Brexit, vient au moment
où l’archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, a
appelé son pays à résister au repliement sur soi
et à repenser « ce que signifie être
une nation ».
Et l’évêque de Burnley ajoute que l’Eglise doit
laisser les voix des dépossédés et des oubliés
s’exprimer : « Ce n’est pas à
ceux qui ont le pouvoir à parler à leur place.
Et ce qu’ils diront risque de ne pas toujours
nous plaire [...] Il nous faut trouver un
nouveau récit national, patriotique mais aussi
tolérant et inclusif. Et il doit proposer un
nouveau départ pour la dignité du travail et
la justice au travail. Or, nous n’entendons
que rarement un sermon parlant du travail. Il
est vital de cesser de condamner ceux qui ont
utilisé leur droit démocratique pour dire leur
frustration profonde et leur abandon par les
institutions [en votant pour le Brexit] au
profit d’une classe moyenne qui ne comprend
pas et a une fausse idée de leurs aspirations
profondes. »
L’évêque met ainsi le doigt sur l’obsession de
son Eglise pour la sexualité [plus précisément
l’homosexualité chez ses prêtres] un exemple à
ses yeux de préoccupation de la classe moyenne.
« En se focalisant sur un sujet, nous
risquons de ne pas entendre les autres cris de
douleur. »
.
5 juillet 2016
Le Brexit : ce que la classe
populaire a exprimé
Philip
North
évêque de Burnley, diocese de Blackburn
traductions Gilles Castelnau

«
Marcher vers un contrat zéro-heure »
affiches : « votez sortie de l'EU »
par un artiste réputé du
Nord
Church Times
hebdomadaire de l'Église
d'Angleterre 1er
juillet 2016
Quand je me suis couché, le
soir du référendum, la radio disait que
la participation avait été élevée dans les
grandes cités populaires et j’ai compris que
c’en était fini pour nous de l’Europe.
Ceux d’entre nous qui sont dans le Nord savent
que l’on n’y aime guère l’Union Européenne et
que c’est spécialement le cas dans les zones
défavorisées. Si les gens des cités étaient
nombreux à sortir de chez eux pour aller voter,
il était clair que le résultat serait le
« out ».
L’ironie est tragique. L’histoire montre que
lorsque la situation économique est incertaine
ou en récession, ce sont les pauvres qui en
souffrent le plus et c’était effectivement ce
que disaient ceux qui s’efforçaient de prévoir
ce que pourrait être le Brexit. Ce sont toujours
les travailleurs les moins payés et les plus
endettés qui sont les plus vulnérables et qui
ont le plus à craindre dans les périodes
d’austérité.
Il est facile de critiquer ceux qui ont choisi
un vote qui devait apparemment rendre leur
propre vie plus dure. Il semble naturel
d’accuser les électeurs des classes populaires
qui ont voté « out », d’ignorance,
d’incompréhension et de xénophobie. Mais ce ne
serait ni honnête ni juste. Si nous écoutons la
voix des pauvres qui se sont exprimés dans ce
référendum, ce n’est pas leur ignorance qui nous
frappera mais leur désespoir.
Ce désespoir est celui de
voir une nation dont ils sont
extrêmement fiers leur être retirée. Ils se
sentent abandonnés par l’élite de la capitale
qui qualifie de racisme leur préoccupation de
voir changer la population de leur quartier. Ils
se sentent méconnus des politiciens dont
l’action les a soumis depuis des années à une
implacable austérité. Ils se sentent ignorés des
grandes entreprises qui ont remplacé la sécurité
que donne un emploi par des contrats zéro-heure,
des activités ennuyeuses et peu gratifiantes et,
dans de beaucoup trop nombreux cas,
l’humiliation de dépendre de la banque
alimentaire.
On serait fiers de pouvoir dire que l’Église
s’est toujours élevée contre cette situation.
Mais malheureusement notre négligence et notre
passivité n’ont fait qu’y collaborer. Le déclin
de l’Église dans les grandes cités populaires a
été quatre fois plus rapide qu’au niveau
national et notre réaction n’a été que de nous
en désinvestir. Notre Église dépense pour son
ministère sur le plan national 8 £ par
fidèle et seulement 5 £ dans les cités.
En 2012, le Synode général approuva à
l’unanimité moins seulement eux voix une hausse
des frais pour les mariages et enterrements qui
rendit ceux-ci hors de prix pour les plus
pauvres. Les prêtres ne sont pas non plus
encouragés à accepter des postes dans les
quartiers défavorisés.
Nous aimons employer un langage favorable aux
pauvres et nous sommes fiers de notre prétendue
« parole prophétique », alors qu’en
réalité nous nous détournons de ceux dont nous
disons être les représentant en fermant leurs
églises et en supprimant leurs postes de
prêtres.
Ce que la classe populaire
a exprimé en votant le Brexit est la
colère de se sentir oubliée et marginalisée et
une haine intense de tout ce qui ressemble à une
institution de l’État.
Il faut remarquer que cette colère a été
intelligemment exploitée et avec beaucoup de
cynisme par la campagne en faveur du Brexit. On
a fait croire aux travailleurs que l’Union
européenne allait leur enlever une Grande
Bretagne qu’ils craignaient justement de perdre
alors que ce n’était pas vrai.
Des politiciens intelligents et « bien
informés » leur ont promis que 350 millions
de £ « perdus » chaque semaine pour
l’Union européenne seraient désormais investis
dans le Service de santé britannique, ce qui
était absolument faux.
Ils ont promis que l’immigration serait
interrompue, tout en sachant que ce n’était pas
d’Europe que venaient la plupart des immigrés et
que d’ailleurs l’impact de l’immigration sur
l’économie britannique est globalement
bénéficiaire.
Ils ont dit que l’on pouvait « reprendre
le contrôle de notre pays », alors qu’ils
savaient que dans la situation hautement
complexe qui est la nôtre, la souveraineté de
l’État est considérablement réduite.
Espérons que les politiciens qui ont pris ces
engagements tiendront leurs responsabilités en
paroles et en actes.
Ce vote n’était pas motivé
par la recherche de l’intérêt général
mais reflétait les décennies de luttes internes
du parti Conservateur. On peut maintenant
redouter le clivage de la société britannique,
dans la mesure où les pro-européens du Sud et de
la classe moyenne ne pardonneront pas le Brexit
voté dans le Nord et par les travailleurs.
Cette opposition pourrait être profondément
dommageable pour notre vie nationale, notamment
lorsque les conséquences économiques du Brexit
se feront sentir.
Il faut que l’Église s’investisse désormais
dans l’œuvre de guérison dont le pays a besoin
et cela doit se faire prioritairement dans les
zones les plus défavorisées.
Il nous faut être davantage présents dans
toutes les communautés, y compris dans celles
que nous avons abandonnées. Il nous faut
susciter une nouvelle génération de prêtres et
de responsables qui accepteront de s’engager
pour une partie de leur vie dans l’action en
faveur des cités et des régions les plus
pauvres, en relation avec leurs collègues des
autres Églises.
Si nos dirigeants ne peuvent offrir
qu’austérité, abandon, exploitation cynique, il
est vital que l’Église fasse entendre sa voix et
sa parole d’espérance plus fort et plus
clairement que jamais.
.
La faim au Royaume Uni
Claudine
Castelnau
26 avril 2016
Frank Field est député
travailliste britannique et anglican
pratiquant, il est membre du Synode
général de l’Eglise d’Angleterre et engagé
depuis toujours dans les questions sociales et
la question de la pauvreté entre autres. Avec un
groupe de députés travaillistes et conservateurs
de la Chambre des Communes et de la Chambre des
Lords il a crée en 2013 le All-Party
Parliamentary Group on Hunger and Poverty, pour
tenter de cerner la question de la pauvreté de
la faim, de la malnutrition et ses conséquences
particulièrement graves pour les enfants au
Royaume-Uni.
Ce mois-ci, ce groupe a publié un rapport qui
traduit ses recherches et ses réflexions pour
essayer de mesurer le nombre de familles dans le
pays qui sont vulnérables et menacése par la
faim. Avec des questions, que j’extraie du
rapport, comme :
Pouquoi tant de gens ont-ils faim en
Grande-Bretagne ?
Les signes notoires de malnutrition, de faim,
d’anémie, d’obésité, chez les enfants en
particulier.
Combien d’enfants arrivent-ils à l’école
affamés ?
Et comment les familles se débrouillent-elles en
l’absence de repas gratuits à l’école ou durant
le week-end ou les vacances ?
Ce repas gratuit à l’école est-il le seul repas
de la journée ?
La faim est-elle la partie visible d’une
situation beaucoup plus grave d’abandon de ces
enfants ?
Comment aider ces familles en diminuant la
pression financière exercée sur elles ?
Le Groupe pose aussi la question :
Pourquoi est-ce le cinqième rapport que le
Groupe publie ?
Pourquoi le Groupe même existe-t-il encore ?
Pourquoi dans ce pays qui a une tradition de
générosité envers ses voisins en difficulté à
travers de nombreux bénévoles et d’associations
charitables une solution politique n’a t-elle
toujours pas été trouvée ?
Lors de la publication du dernier rapport du
Groupe de parlementaires sur la faim, le constat
est posé : Pour trop d’enfants « la
faim est le plus constant des compagnons. »
Le rapport d’avril, cité par l’hebdomadaire
anglican Church Times constate qu’en 2015, 6367
enfants de 5 ans sont entrés à l’école en
classe préparatoire en sous-poids, une
augmentation de 16 % par rapport à 2012. Et
502 643 enfants de moins de 5 ans étaient
anémiés, en augmentation de 46 % par
rapport à la décennie précédente.
De même chez les femmes enceintes le taux
d’anémie avait atteint un niveau inégalé depuis
20 ans.
Les chiffres cités par le groupe
interparlementaire sont fournis par les écoles,
les diocèses anglicans, les charities, entre
autres.
Le 7 avril dernier, Le Monde publiait un
article intitulé : « Malgré la reprise
économique, le Royaume-Uni touché par la
faim ». on y racontait les « food
banks », l’équivalent de nos banques
alimentaires, qui reçoivent les « victimes
urbaines de la faim », ceux qui travaillent
mais ne gagnent pas assez comme ce jeune homme
qui travaille dans la grande distribution et a
signé un « contrat zéro heure », une
merveille de la société libérale toujours en
quête d’ajustement. Ce contrat « impose une
flexibilité extrême au salarié :
l’entreprise décide du nombre d’heures que doit
travailler le salarié et seules les heres
effectuées sont rémunérées. Certains mois,
Patrick n’a rien touché. Alors la banque
alimentaire est devenue une nécessité. »
Autre article toujours dans
Le Monde qui cite une association
caritative catholique, le Trussel Trust, qui a
lancé au Royaume-Uni un réseau de 420 banques
alimentaires fournissant de la nourriture
d’urgence.
Entre 2013 et 2014, le nombre de personnes ayant
faim et venues demander de l’aide est passé 61
648 à 913 138, soit 15 fois plus en trois ans.
Et ce n’est qu’une partie de la réalité,
souligne l’association.
Et l’ONG Oxfam, autre association aidant ceux
qui font faim estimait, en 2013, que 2 millions
de Britanniques étaient mal nourris et qu’un
parent sur six se privait de nourriture pour
mieux subvenir aux besoins de sa famille.
« Mais pourquoi le Royaume-Uni se tord-il ainsi
de faim ? Comment ce pays qui affiche une
insolente reprise économique dans une Europe
n'en finissant pas d'être affectée par la crise
peut-il porter en son sein des habitants qui ont
de plus en plus de mal à se nourrir ? », se
demande Le Monde qui répond que «
l'invraisemblable augmentation de la pauvreté
outre-Manche depuis quelques mois trouve aussi
ses origines dans le "Welfare Reform Act 2012",
la réforme d'ampleur de la protection sociale
initiée par le gouvernement conservateur de
David Cameron. »
Un journaliste et économiste qui a travaillé
sur la montée de la pauvreté évoque « une
politique “punitive” dirigée contre les pauvres,
et non contre la pauvreté. » Des allocations
réduites, un régime injuste de sanctions
draconiennes contre les chômeurs qui ne
cherchent pas suffisamment de travail : un
million de personnes ont déjà été victimes
d’interruption de leurs allocations,
interruption qui peut aller jusqu’à trois ans.
Et cet économiste prédisait que si les tories
gagnaient les élections en 2015, la pauvreté
gagnerait encore du terrain, pari gagné !
Mais l’avenir n’était guère plus rose si les
travaillistes gagnaient, leurs propositions
n’attaquant le problème de la pauvreté qu’à la
marge et eux aussi promettaient l’austérité...
L’Eglise anglicane avec son Church Urban Fund a
réalisé avec Poverty in England paper, un état
des lieux et des statistiques sur la pauvreté
pour chaque diocèse d’Angleterre afin qu’ils
sachent mieux dans quel contexte les prêtres et
les paroisses travaillent.
.
Réunir en
Angleterre
les familles de réfugiés de Calais
Hattie
Williams
Church Times
hebdomadaire de l'Église d'Angleterre
11 mars 2016
16 mars 2016
Trente responsables religieux ont publié une
déclaration commune demandant aux gouvernements
britannique et français d’ « accomplir leur
devoir moral et légal » concernant les
enfants non accompagnés de Calais.
Les représentants des communautés juive,
anglicane, baptiste, méthodiste et musulmane du
Royaume Uni ont déclaré qu’abandonner dans le
camp des enfants dans une situation dangereuse
pour des « raisons administratives » n’était pas
admissible : « Ou l’on décide
d’abandonner les règlements visant à réunir les
familles, ou on les met en œuvre de toute
urgence », ont-ils dit.
Il y a actuellement environs 500 enfants à
Calais, dont un grand nombre sont en droit de
rejoindre leur famille installée au Royaume Uni,
ont-ils précisé.
La déclaration, publiée par l’association
« Citizens UK », survient après que le
Premier ministre (britannique) se soient mis
d’accord, la semaine dernière, avec le Président
français François Hollande pour que les enfants
du camp de Calais qui ont de la famille au
Royaume Uni, lui soient « rapidement et
efficacement » réunis.
Une des signataires, la doyenne adjointe de
l’évêque de Nottingham South, la Rev. Karen
Room, a dit que le système « était tout
simplement en panne ». Elle a exprimé sa
déception du fait que le Gouvernement ait été
amené à faire appel (le 22 janvier dernier)
de la décision d'un tribunal autorisant l’entrée
au Royaume Uni de quatre jeunes adultes désireux
de rejoindre leurs familles.
.
Les
réfugiés ! rappel d'un certain passé
William
Whyte
doyen du
collège St-John d’Oxford
professeur d’histoire à l’Université d’Oxford
Church Times
hebdomadaire de l'Église d'Angleterre
16 septembre 2015
16 septembre 2015
Ce n’est pas la
première fois que des étrangers de religion
différente
se réfugient en Grande Bretagne pour fuir la
terreur
Imaginez la scène :
un grand pays - connu pour sa corruption et
son gouvernement autoritaire – vit une
révolution et une guerre civile. La violence se
répand, traverse les frontières et déstabilise
toute la région. Des dizaines de milliers de
réfugiés sont sans abri. La crise semble sans
espoir.
Ce qui et pire est que ces migrants
appartiennent à une religion longtemps associée
avec le terrorisme et menace l’État britannique.
Néanmoins en quelques mois ce ne sont pas
seulement des milliers de réfugiés qui arrivent
en Grande Bretagne mais le Gouvernement lui-même
loge les uns et accueille les autres.
Il ne s’agit pas de la Syrie et ce n’est pas
actuellement. Ce n’est pas même de l’histoire
récente, mais c’est de l’histoire. C’est
précisément ce qui s’est passé lors de la
Révolution française. Et il est intéressant car
la comparaison avec notre réaction à la crise
syrienne donne à penser.
Comme l’attaque du régime syrien d’Assad, celle
du gouvernement français par les
Révolutionnaires a été approuvée par de nombreux
Britanniques. La France, après tout, était en
guerre avec la Grande Bretagne depuis au moins
100 ans.
Comme l’a bien dit l’historienne Linda Colley,
l’identité nationale britannique était, au 18e siècle, comme l’image
négative de la France : les Britanniques étaient
protestants et les Français catholiques. Les
Britanniques vivaient dans un pays libre et les
Français étaient soumis à un gouvernement à
l’autoritaire arbitraire. Les Britanniques
étaient riches et les Français étaient pauvres,
écrasés par une aristocratie avide, une
monarchie écrasante et une Église grippe-sou.
Avec la Révolution, la France semblait se
libérer et se rapprocher du système britannique.
Mais tout ceci changea lorsque la Révolution
devint plus violente et notamment lorsqu’elle
s’attaqua à l’Église. La saisie par l’État des
bien de l’Église en 1789, l’abolition des ordres
religieux en 1790, l’exigence du serment de
loyauté du clergé au nouveau régime en 1791, le
meurtre d’au moins 200 prêtres à Verdun en 1792,
tout ceci fit que la Révolution ressembla de
plus en plus à une attaque de la religion. Loin
d’être les représentants d’un État corrompu et
d’une religion corrompue, les migrants fuyant la
Révolution furent dès lors considérés comme des
victimes et des frères chrétiens.
Ce nouveau visage des immigrés français apparut
dès l’instant où ils posèrent le pied sur le sol
britannique. En septembre 1792, la détresse, la
pauvreté et la faim de tant d’arrivants français
poussèrent les dockers de Douvres à se cotiser
pour les aider. Des familles se souvinrent plus
tard du courage avec lequel des marins
risquèrent leur vie dans les tempêtes d’automne
pour sauver des réfugiés dont les embarcations
se trouvaient en difficulté. En 1794 le
Gouvernement britannique se trouva lui-même
impliqué et dégagea des milliers de livres
sterlings pour des centaines d’hommes, de femmes
et d’enfants.
Le plus remarquable fut l’accueil favorable
réservé aux prêtres et aux évêques catholiques
qui s’étaient refusés au serment de loyauté. En
septembre 1792, le membre du Parlement John
Wilmot organisa le Comité de soutien aux
émigrants du clergé français et en décembre il
avait déjà récolté plus de 19 000 £.
L’argent ne manquait pas et les Presses de
l’Université d’Oxford purent éditer 2000
exemplaires de la Vulgate destinés au culte et à
la prière des prêtres catholiques.
Pourtant, avec 7000 prêtres français
arrivés en Angleterre et dans les Iles de la
Manche en janvier 1793, il était évident que ce
soutien ne suffirait pas. Le Trésor public
intervint alors et ce furent bientôt près de
6000 prêtres qui purent recevoir une aide
de l’état.
Naturellement ce revirement soudain ne fut pas
accepté par tous. Une femme anglaise, par
exemple, interpella un groupe de prêtres
catholiques français avec la question :
« qu’avez-vous fait de vos
femmes ? »
Une certaine hostilité se manifesta ainsi
parfois. En un étrange écho à une de nos parole
du 21e siècle, le
duc de Buckingham se plaignit de ce que ces
prêtres formaient « un essaim s’abattant
dans les rues de Londres ».
« On ne peut plus marcher cent yards dans
la rue... sans croiser deux ou trois prêtres
français », écrivait un journal populaire
en 1792.
Le Gouvernement n’était pas seulement généreux.
Il était aussi méfiant. En 1793, le Code des
Étrangers qui entendait réguler l’immigration
obligea tous les immigrés à solliciter une
autorisation s’ils volaient se déplacer de
quelques milles. Il s’agissait, comme certains
critiques l’ont remarqué, d’une forme
d’assignation à résidence.
Il y eut pire encore : de nouveaux pouvoirs
furent accordés à l’Administration pour
emprisonner, déporter ou, dans les cas extrêmes
condamner à la pendaison tout
« étranger » considéré comme dangereux
sans qu’un jugement soit nécessaire.
Néanmoins, l’attitude générale des Britanniques
est admirablement symbolisée par l’anecdote
suivante. Dans le Somerset, une controverse
surgit dans une église à propos de l’éventualité
d’organiser une collecte destinée aux prêtres
français.
Plusieurs s’y opposaient, mais une femme se leva
alors et déclara : « Il est vrai
qu’ils sont nos ennemis ( 1 ) mais ils sont
pauvres, ils ont faim et ils sont dans un pays
étranger. Et pour cela je passerai moi-même le
plateau de la collecte. »
Près de 1000 de ces prêtres sont morts en
Angleterre. A l’abbaye de Dorchester, par
exemple, il y a la plaque d’un archidiacre
breton qui fut « Bien accueilli par la
Nation anglaise ».
Mais la plupart de ces immigrés retournèrent en
France en 1801 lorsque Napoléon signa le
Concordat avec le Vatican et il n’en restait
plus en 1815 que 350.
Plus tard, William Wordsworth a rappelé ce
moment dans un poème sur « Le clergé
français immigré » :
Ils vinrent
Et tant que la tempête fait rage
Sur la terre qu’ils ont quittée
Notre sol accorde à leur foi
Un lieu de repos paisible et sans danger
Il est difficile de ne pas se demander où se
trouve de nos jours un tel esprit.
__________________________
( 1 ) Note
de G.C. Ce terme
d'« ennemi » n'est sans doute pas à
prendre seulement dans le sens des guerres entre
la France et la Grande-Bratagne mais désigne les
persécutions de l'Église catholique française
contre les protestants.
Certes à cette date l'Édit de Tolérance (1787)
avait accordé un état civil aux protestants et
les violences étaient de fait calmées depuis
plusieurs années : les deux derniers galériens
protestants Antoine Raille, soixante-dix-sept
ans, et Paul Achard, soixante-quatre ans avaient
été libérés en 1775 après 30 ans de galères et
les prisonnières de la terrible Tlour de
Constance à Aigues-Mortes étaient sorties en
1769-70. Mais dans le Nord, en Brie, en
Picardie, en Normandie, les Églises ont été
persécutées jusqu'à la signature de l'édit de
Tolérance.
Les prêtres catholiques qui trouvaient refuge
dans la Grande-Bretagne protestante avaient
évidemment connu ces horreurs et y avaient
peut-être participé pour les plus âgés d'entre
eux. C'est ainsi que la généreuse paroissienne
les traitait d'« ennemis ».
.
Les évêques anglicans
et la « jungle » de Calais
Madeleine
Davies
Church Times
hebdomadaire de l'Église d'Angleterre, 7 août 2015
voir aussi
Rev. Giles Fraser,
Service orthodoxe dans la «
jungle » de Calais
12 août 2015
Des évêques de l’Église d’Angleterre ont
exhorté le gouvernement à montrer davantage de
compassion aux immigrés cherchant asile en
Grande Bretagne. Les évêques l’accusent de se
soustraire à sa responsabilité morale et de
pratiquer une rhétorique « non
constructive ».
Ils ont réagi lorsque le Premier ministre a
parlé d’un « essaim de gens traversant la
Méditerranée à la recherche d’une meilleure vie
en Grande Bretagne. » Ces paroles ont été
dites jeudi de la semaine dernière après
plusieurs jours de conflit entre la police
française et des immigrants essayant de pénétrer
dans le Royaume Uni dans des trains et des
camions traversant le tunnel. Des centaines
d’entre eux s’efforçaient désespérément d’entrer
en foule dans le tunnel malgré les forces de
sécurité.
Une déclaration de l’évêque de Douvres, le Très
Rev. Trevor Willmott a fait, dimanche, la
première page de l’Observer. Il critique
l’intervention « inutile » de M.
Cameron et attire l’attention sur la situation
« de plus en plus dure du monde où nous
avons besoin de redécouvrir ce que cela signifie
d’être humain. »
L’évêque de Norwich, le Très Rev. Graham James,
voit une relation entre la politique étrangère
du Royaume Uni et la crise globale
d’immigration :
« Beaucoup de ceux qui sont à Calais ne
sont pas de simples immigrés économiques à la
recherche d’une vie plus facile, a-t-il déclaré
mardi.
Nombreux sont ceux qui viennent de pays où nous
sommes intervenus ces dernières années pour les
libérer de régimes dictatoriaux. Mais d’autres
régimes dictatoriaux leur ont succédé, souvent
intolérants à l’égard des chrétiens et des
autres minorités.
Nous sommes responsables moralement des
conséquences humaines de ce que nous avons fait
et il ne semble pas que nous soyons à la hauteur
de ce défi. »
[...]
Remarque de Gilles Castelnau
Je pense qu'à la lecture de ces lignes,
certains penseront que les évêques anglais ont
bien raison : l'Angleterre se conduit mal,
comme toujours.
Personnellement je suis heureux quand je lis
les réflexions humanistes faites au nom de Dieu.
Et j'aimerais que les responsables protestants
de France suivent l'exemple de leurs homologues
protestants anglais. Et aussi naturellement les
catholiques, les évangéliques, les juifs et les
musulmans. Il faut répéter que Dieu est
miséricordieux et compatissant !
.
Lettre
ouverte
au
Premier Ministre du Royaume Uni
Mike Walsh
pasteur de
l’Église réformée unie d’Angleterre
Cette lettre mise sur Facebook
le 8 mai a été visionnée plus de 100 000
fois dans les trois premiers jours
15 mai 2015
Monsieur le Premier
Ministre,
Je ne sais pas si vous lirez jamais cette lettre
mais j’ai des choses à vous dire.
Vous avez gagné les élections, vous avez la
majorité à la Chambre des Communes et cela vous
donne le sentiment d’avoir le légitime mandat de
gouverner. Néanmoins vous devez aussi savoir que
vous ne gouvernez pas la majorité du peuple
britannique.
Bien que nos opinions politiques soient
largement en désaccord sur plusieurs points, je
veux bien croire que vous êtes un homme de bien,
aussi sûr de votre idéal que je le suis du mien
et que vous pensez que votre projet est ce qui
est le mieux pour nous tous.
Vous avez dit aujourd'hui que vous vouliez
gouverner pour le pays entier et réunir ce qui a
été disjoint. J’espère que vous le ferez.
Mais, Monsieur le Premier Ministre, bien que
vous puissiez évidemment constater que votre
parti n’a pas gagné la confiance de l’Écosse ni
de larges parties du Nord de l’Angleterre, je ne
suis pas sûr que votre parti ait vraiment
compris pourquoi.
Ce n’est pas parce que nous sommes tous des
« cinglés de gauchistes », des
extrémistes ou des nationalistes. C’est parce
que beaucoup d’entre nous sont angoissés.
- Angoissés de ce que votre politique va
entraîner pour nos communautés et nos familles.
- Angoissés de ce qui va survenir à notre
service de santé et à nos écoles.
- Angoissés de perdre notre logement parce que
nous ne pourrons pas payer la nouvelle taxe
frappant une pièce de trop. - Angoissés de ne
plus pouvoir chauffer notre appartement et de ne
plus pouvoir acheter à manger.
Je ne conteste pas que la meilleure manière de
résister à la pauvreté soit de travailler, je ne
pense pas que l’on devrait recevoir de l’argent
sans rien faire ni que les contribuables doivent
entretenir indéfiniment les gens qui pourraient
travailler. Qui pourrait penser que ce soit
honnête et bon ?
Mais il ne semble pas que sur ces sujets, la
politique de votre parti désireux de réduire le
déficit et d’équilibrer son budget, prenne en
compte le coût humain et social de son action.
Le pays n’est pas une entreprise financière,
c’est un peuple.
Et vous êtes son Premier Ministre, que nous
ayons voté pour vous ou non. Vous avez dit
aujourd'hui que vous gouverneriez pour tout le
monde et pour unifier le pays. J’espère que vous
le ferez.
Mais pour y réussir vous devez en faire votre
priorité pour vos premiers 100 jours :
- Passer du temps en Écosse à visiter les
ouvriers dont le Contrat de Travail indique un
nombre d’heures indéterminé.
- Venez à Manchester et parlez avec les gens qui
doivent acquitter une taxe parce que leur
logement a une pièce de trop et qui ne savent
pas comment se loger autrement.
- Allez à Liverpool et rencontrez les gens qui
ont la charge d’un membre handicapé de leur
famille et qui ne peuvent pas payer une simple
aide.
- Allez à Newcastle et parlez aux mineurs en
chômage qui vivent dans la pauvreté à cause de
la disparition des charbonnages.
- Passez une semaine ou deux en vivant sur le
salaire minimum ou faites-vous volontaire pour
une journée dans une banque alimentaire.
Alors, Monsieur le Premier Ministre, vous
commencerez peut-être à comprendre le coût de
votre politique, vu de l’autre côté.
Vous ne considérerez plus les gens comme ne
valant que selon leur seule contribution
économique ou comme des prédateurs
irresponsables.
Si vous faites cela, alors peut-être
pourrez-vous réduire quelques unes des fractures
de notre société. Sinon, je ne crois pas que
vous puissiez jamais prendre conscience de leur
gravité.
Je vous en prie, Monsieur le Premier Ministre,
laissez Westminster quelques heures par semaine
et battez-vous en notre faveur.