Réformer ou abolir la papauté

Un enjeu d’avenir pour l’Église catholique

Robert Ageneau, José Arregi, Gilles Castelnau, Paul Fleuret et Jacques Musset (éd.)

Ed. Karthala

Recension Gilles Castelnau

Les théologiens et les fidèles libéraux catholiques manifestent un élan de réflexion d’un très grand dynamisme et sont doués d’une capacité de travail et d’imagination tout à fait remarquables. Nombreux sont évidemment les catholiques demeurés fidèles à l’institution catholique, apostolique et romaine mais qui n’en supportent plus le centralisme autoritaire et la faiblesse théologique et spirituelle. Beaucoup de groupes d’étude approfondissent leur connaissance de l’histoire de l’Église et de ses dogmes en une recherche intelligente de renouvellement. Ce livre s’en fait l’écho. Rédigé par les meilleurs théologiens catholiques actuels – et par un pasteur protestant ami – il révèle des possibilités intéressantes et ouvre des pistes nouvelles.

En voici des passages :

Jalons historiques

Vatican II : du neuf sur la fonction du pape ?

Jacques Musset

Mais l’affirmation constamment répétée, dans ces textes comme dans les autres, de l’autorité absolue du Pape sur toute l’Église peut bloquer à tout moment des initiatives légitimes. On l’a vu durant le concile. Alors qu’une majorité d’évêques souhaitaient reconsidérer la nécessité du célibat sacerdotal et laisser aux couples la liberté de réguler leur fécondité par les moyens qu’ils souhaitaient, le pape est intervenu autoritaire- ment sous la pression de la minorité conservatrice pour retirer ces questions de la libre discussion et se réserver personnellement la prise de décision. La mesure a été ressentie comme une dépossession par les évêques de leurs prérogatives. 

Les papes après Vatican II

L’affaire Jean-Paul Ier

Robert Ageneau

Dans la postface à la nouvelle édition de son livre en 2007 chez un autre éditeur, Nouveau Monde Éditions, David Yallop, qui n’a jamais cessé d’affiner son enquête après 1983 et jusqu’aux années 2010, rappelait que des millions de catholiques lui ont manifesté leur accord avec ses conclusions. Le Vatican a toujours ignoré cette donnée, de même qu’il a constamment écarté la réalisation d’une autopsie. Avec les progrès de l’ADN et malgré les traces des produits d’embaumement utilisés le jour même de sa mort, une telle autopsie pourrait aujourd’hui permettre d’apaiser l’énorme doute qui persiste toujours. 

L’autopsie est une application de la médecine moderne. Force est de constater que le Vatican, encore aujourd’hui, vit dans un monde sacralisé. Comme une monarchie de l’époque prémoderne, sans contre-pouvoir et dans une réelle opacité quand cela touche à son pouvoir. C’est un constat redoutable qui devrait interpeller la conscience des catholiques dans leur majorité. Nous en sommes encore loin en 2025. 

Le printemps manqué de François

José Arregi

       . Quelques premiers gestes suggestifs et équivoques

Le soir, dans son premier discours, improvisé, il a dit : « Et maintenant, je voudrais donner la bénédiction, mais avant je vous demande une faveur : avant que l’évêque ne bénisse le peuple, je vous demande de prier pour que le Seigneur me bénisse, la prière du peuple qui demande la bénédiction pour son évêque ». Le geste est louable, mais la distinction entre l’évêque qui peut bénir le peuple et le peuple qui ne peut que prier Dieu de bénir son évêque n’est plus admissible. Le peuple peut être béni, mais pas bénir : ce n’est pas un détail insignifiant ; c’est le cœur du problème que je soulève dans ces pages : le modèle clérical déforme l’Église à la racine. 

[…]

Une fois de plus, le discours misogyne typique de la théologie cléricale traditionnelle, toujours en vigueur, est mis à nu : le modèle de la femme est Marie, la vierge mère immaculée. Logiquement, aucune femme de chair et de sang ne peut imiter Marie, elle finit par devenir et par être regardée plutôt comme la représentation et l’incarnation d’Ève la pécheresse et la tentatrice, ce qui, consciemment ou inconsciemment, justifie en fait qu’elle soit tenue à l’écart du sacré, de l’autel ou du sacerdoce, et qu’elle soit subordonnée aux hommes. On l’exalte au maximum dans la figure de l’immaculée Marie, pour mieux l’abaisser et la subordonner dans l’institution. 

[…]

         . La femme exaltée et subordonnée

Plus récemment encore, le 28 septembre 2024, lors de sa visite en Belgique – celle-là même où il a qualifié la loi sur l’avortement de « meurtrière » devant la tombe du roi Baudouin, louant la figure de ce dernier pour avoir abdiqué afin de ne pas devoir signer la loi –, le pape a déclaré dans son discours à l’Université Catholique de Louvain : « La femme est plus importante que l’homme, mais il est mauvais que la femme veuille faire l’homme : non, elle est femme […]. La femme est accueil fécond, soin et dévouement vital ». 

Que pouvons-nous attendre ou réimaginer ?

Réimaginer une Église de Jésus au-delà du cléricalisme

José Arregi

Ils sont nombreux les hommes et les femmes dont la biographie et l’identité la plus profonde sont liées à cette Église catholique romaine, mais qui aujourd’hui s’y sentent dépaysés. Je me compte parmi eux. Nous ne nous reconnaissons plus dans sa forme actuelle. Nous vivons en exil. Cependant, ce n’est pas l’Église catholique romaine qui a changé, mais nous. Mais comment pourrions-nous vivre sans changer dans un monde qui change, dans une vie qui est en transformation permanente ? Aujourd’hui, après des décennies d’espoirs postconciliaires frustrés, nous sommes nombreux à nous trouver à un carrefour vital délicat, à la fois personnel et collectif : rompre les liens ou les transformer en une Église réimaginée. Chacun doit choisir selon le souffle de vie qui l’inspire. Je choisis de réimaginer l’Église catholique romaine et de me réimaginer en elle. 

La communion sans pape chez les anglicans et chez les protestants

pasteur Gilles Castelnau

Prendre sa responsabilité devant Dieu

Quelles que soient leurs tendances nationales, ecclésiales ou individuelles, les protestants disent tous que la volonté de Dieu pour notre vie et pour la vie du monde sont résumées dans les paroles et les actes de Jésus-Christ qui synthétisent ce qu’ont dit et fait les prophètes d’Israël et ensuite les apôtres du Nouveau Testament. 

« Je suis le chemin, la vérité et la vie », a-t-il dit. 

  • Le chemin de Jésus, tel que le comprennent les protestants, n’était pas balisé par des doctrines, des rites et des institutions. C’était un mouvement de renouveau créateur inspiré par Dieu dans sa force de vie. 
  • La vérité de Jésus était celle de la « grâce » bienveillante, divine, ouverte à tous les hommes sans discrimination et certainement pas conditionnée à l’obéissance à des règles morales strictes (comme le pensaient des pharisiens ni à l’adhésion aux dogmes des conciles du IVe siècle. 
  • La vie que révèle Jésus était celle de l’énergie intérieure qui fait « se lever et marcher », guérir spirituellement, vivre et penser dans la promesse d’une résurrection toujours renouvelée. 

         . Des structures sans pape

Donnons encore un exemple du refus d’autoritarisme. Un pasteur dynamique et aux options particulièrement fortes s’écria une fois dans une réunion : « Ce que je viens de dire là est sans doute hérétique ! Je ne devrais peut-être pas le proclamer en public, je vais me faire exclure de l’Église ! » 
Mais le Président du Conseil national qui était présent lui répondit : « Mais non, cher collègue ! C’est au contraire très bien ! L’Évangile est souvent annoncé par des paroles extrêmes comme les tiennes. L’Église vit de l’enthousiasme et de la créativité que tu nous proposes ! » 
Le Président n’était donc pas l’homme d’une autorité officielle et conformiste mais de l’esprit de renouveau, de résurrection intérieure, de joie et de liberté de pensée que Jésus nous propose. 

Faut-il encore une papauté ?
Ni répéter, ni réformer, mais réimaginer

Robert Ageneau

         . Le rêve ou l’utopie d’une nouvelle papauté

         Traits extérieurs

  •  Le nouveau pape de l’Église catholique pourrait rester par tradition l’évêque de Rome, mais en quittant le petit État pontifical du Vatican, dont le statut actuel dépend des Accords du Latran de 1929, signés avec le régime fasciste de Benito Mussolini. Ainsi, le pape ne serait plus un chef d’État. 
  • Le nouveau pape, évêque de Rome, devrait habiter une maison ou l’étage d’un immeuble avec un secrétaire et quelques conseillers. Comme Innocent Ier et Zosime du Ve siècle que nous avons évoqués, il devrait jouer le rôle de secrétaire général de l’Église catholique, mettant en valeur les conclusions des conciles régionaux et arbitrant les conflits par le dialogue. Son mandat devrait s’arrêter à 75 ou 80 ans. Une participation financière des Églises régionales concourrait pour une part aux frais d’entretien de sa maison et de ses voyages. 
  • La curie romaine n’aurait plus sa raison d’être et elle serait supprimée. 

.    Le superbe ensemble architectural du Vatican (la place Saint-Pierre avec sa basilique, les colonnades du Bernin, les appartements pontificaux, la chapelle Sixtine, les jardins du Vatican…) serait remis à l’État italien ou à l’Unesco qui sauraient bien en gérer les richesses culturelles. 

Une réponse à “Réformer ou abolir la papauté”

  1. Jacques des Courtils

    Ce livre est remarquable à la fois pour sa richesse et pour sa pondération. Il est d’autant plus tragique de constater que la hiérarchie catholique demeure sourde à tous les appels qui lui sont faits, alors même que de plus en plus de catholiques, fidèles et disciplinés malgré tout, sont déçus, lassés, choqués par ce comportement, de plus en plus étrangers au rituel sacrificiel mis en scène lors des grandes messes dominicales de beaucoup de paroisses… Il y a malheureusement derrière cela un enjeu de pouvoir, soigneusement gardé par les évêques et les vicaires généraux, bien étranger à l’Évangile…

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