Le Credo de Nicée est-il toujours croyable ?

Par

Préface de José Arregi

Ed. Karthala

192 pages – 23 €

Recension Gilles Castelnau 

Paul Fleuret est père de famille et a été professeur de lettres, visiteur de prison pendant 19 ans, puis aumônier de prison durant 12 autres. Il est actif dans sa paroisse, en particulier dans les célébrations de sépultures. Il a déjà publié deux livres dans la collection Sens et Conscience.

C’est dire qu’il est vraiment représentatif d’une part des catholiques engagés dans la vie spirituelle de leur Église et d’autre part des croyants fidèles qui ne se satisfont plus des affirmations traditionnelles de la foi qui résonnent mal aux oreilles et au cœur des Français d’aujourd’hui.

Il reprend, dans ce livre, l’ensemble des croyances généralement enseignées – et mal entendues dans les monde catholique et protestant : le monothéisme traditionnel, la Trinité, l’hérésie d’Arius, la Révélation, Dieu le Père tout-puissant, le Christ Fils unique de Dieu, l’Esprit saint, Marie mère de Dieu. Le tout dans un petit livre très juste et agréable à lire de 192 pages !

En voici quelques passages :

                                           Préface de José Arrigi         

Pour lui, comme pour nous, le Symbole ou Credo que nous continuons à réciter et les dogmes christologiques qui continuent à être présentés comme les lignes rouges de la « vraie foi » sont devenus impossibles à croire et à prêcher dans leur littéralité. Ils sont liés à une vision du monde géocentrique, hiérarchique et patriarcale, et à une philosophie qui distingue deux mondes (le physique et le métaphysique). Nous ne pouvons plus concevoir Dieu comme une entité supramondaine et extrinsèque, une substance en soi, personnelle et anthropomorphique, qui intervient, se révèle et s’incarne dans le monde quand il le veut. Nous avons besoin de nouvelles métaphores pour exprimer l’indicible mystère de tout ce qui est : Réalité Source, Souffle cosmique, Créativité universelle, Éros qui attire tout, Amour qui se donne et se crée sans cesse en tout…

[…]

Nous voulons vivre et dire notre foi en cohérence avec la vision de la réalité et de la vie que nous considérons comme la plus raisonnable, juste et épanouissante, la plus heureuse : une vision holistique, écologique, féministe, fraternelle-sororale, mystique et politique à la fois. Nous voulons marcher, pieds nus et en exode, avec Jésus et avec tous les hommes et toutes les femmes inspirées du passé et du présent. Nous sommes particulièrement inspirés par la figure de Jésus : par sa liberté prophétique, sa compassion qui guérit, son espérance active et libératrice, sa fraternité universelle et ses sages enseignements, que nous comprenons et exprimons d’une manière éclairante et créative pour le monde d’aujourd’hui. « N’ayez pas peur, nous dit-il. Levez-vous et marchez. Inventez, créez. Osez ».

Vous avez dit « hérésie »

Si l’on se fie à l’étymologie, le Credo de Nicée est bien le résultat d’un choix fait parmi plusieurs options, toutes ces options ayant leur valeur et leur pertinence et pouvant même trouver des appuis dans les Écritures tant juives que chrétiennes. Les évêques qui, lors de ce premier concile œcuménique, ont voté « non » à la formule imposée par Constantin étaient comme leurs confrères de vrais et bons croyants en Dieu et en Jésus reconnu Christ et pas des « hérétiques » (au sens péjoratif du terme). 

La révélation

Alors, la Parole de Dieu est-elle, oui ou non, Révélation ?

Dans les expressions Parole de Dieu, Révélation par Dieu ou de Dieu, il y a Dieu. Et tout dépend de la conception que l’on se fait de lui. Pour le Symbole de Nicée, reçu par tous les chrétiens, il est le Père tout-puissant, créateur… Ce qui signifie que rien ne lui échappe de l’univers tangible, matériel, historique et de la réalité spirituelle, intellectuelle, affective des humains. Ainsi, beaucoup de croyants pensent que Dieu voit toutes leurs actions en direct mais aussi leurs pensées et leurs désirs profonds, leur présent, leur passé et leur futur. Cette image de Dieu omnipotent et omniscient n’est plus recevable, elle ne fait plus partie de notre « croyable disponible » (Paul Ricœur). Notons aussi que bien des passages bibliques peuvent difficilement être qualifiés de Parole de Dieu. Par exemple, dans le livre du Lévitique, il est écrit : « Tu ne couperas pas le bord de ta barbe. Vous ne vous ferez pas de tatouage » (19,27 ss). Ou encore : « L’homme qui couche avec un homme : c’est une abomination, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux » (Lv 20,13). Dieu partisan de la peine de mort se soucierait de barbe et de tatouage ?

Il n’y a bien sûr là nulle Révélation, mais l’expression de coutumes ancestrales barbares à nos yeux.

Dans le judaïsme et le christianisme perdure l’idée que Dieu a un plan de toute éternité, plan qu’il réalise tout au long de l’histoire humaine et que les croyants peuvent alors découvrir dans la révélation que Dieu leur communique ce plan. Disons-le franchement : cela relève de la mythologie croyante. Et cela n’est pas sans danger : la Palestine devient une Terre Sainte reçue de Dieu par un don éternel ; le christianisme prétend être d’origine divine et donc surpasser toute idéologie humaine. C’est alors que pointe la violence…

Que faire de la Trinité au XXIe siècle

Le Fils de Dieu incarné en Jésus

« Que signifie « incarnation » ? À l’évidence, ce n’est pas un concept biblique. C’est plutôt un reflet de l’esprit dualiste grec du quatrième siècle d’où il tire son origine. Il affirme que le Dieu surnaturel et externe – disons théiste – a pris la forme et la chair d’une vie humaine » : voilà ce que dit John Shelby Spong.

Derrière le dogme de l’incarnation de la deuxième personne de la Trinité se profile l’idée du péché originel, ce qui nous renvoie au récit mythologique du livre de la Genèse. Cette incarnation du Fils s’est faite pour notre salut, pour le pardon des péchés comme dit le Symbole. Nous sommes là, vraiment, dans la mythologie chrétienne issue des mentalités des premiers siècles de notre ère : Dieu, devant le désastre constaté de l’état de pécheurs des humains, décide d’envoyer son Fils qui devra donner sa vie par la souffrance et la mort pour que la justice divine soit apaisée et que les humains soient sauvés.

[…]

Le pape Jean-Paul II le 12 mars 2000, dans son homélie à la messe de la « journée du pardon » dit : « Le Christ de Gethsémani, le Christ flagellé, couronné d’épines, portant la croix, et à la fin, crucifié… le Christ a pris sur lui le poids des péchés de tous les hommes, le poids de nos péchés, afin que nous puissions, en vertu de son sacrifice salvifique, être réconciliés avec Dieu ». Ce n’est plus Jésus de Nazareth qui meurt mais le Christ qui se sacrifie pour obtenir la réconciliation avec Dieu.

Faire de Jésus de Nazareth le Fils de Dieu descendu du ciel puis finalement assis à la droite du Père après avoir souffert sa passion, c’est, finalement, nier sa réalité humaine. Alors, que dire de Jésus ? Continuer à le nommer Fils de Dieu-deuxième personne de la Trinité ? Préférons dire comme Marcel Légaut : « Jésus est de Dieu », expression toute de discrétion contrairement à celles du dogme et du Credo. Et encore : « Jésus – l’homme juste – le Saint de Dieu, fils de l’homme, ferment de l’homme, appel de Dieu, fils de Dieu. […] signe du Dieu impensable et de l’homme accompli […] »

Croire dans la diversité

Plus profondément : peut-on sérieusement prétendre énoncer une définition de Dieu qui se voudrait universelle et définitive ? Rappelons-nous la parole d’Augustin d’Hippone qui, après avoir longuement énuméré les qualités de Dieu, écrit : « Mais qu’avons-nous dit après ça, mon Dieu ? que peut-on dire en parlant de toi ? » Comment peut-on prétendre dire une parole qui ne soit pas colorée par la culture dans laquelle elle est émise ? Aucune théologie ne tombe du ciel, aucune n’est atemporelle car toute pensée, toute formulation théologique est ancrée dans une histoire sociale, politique, philosophique, religieuse. Il en est de même des Écritures du Premier et du Nouveau Testaments et de leur lecture. Nous ne pouvons recevoir un texte, de quelque nature qu’il soit, que dans une démarche d’interprétation. Lire et donc dire le Credo de Nicée – c’est toujours être dans le « c’est-à-dire ». Il y a donc autant de lectures différentes que de lecteurs différents.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *