pasteur suisse (1875-1954)
poème chanté par la chorale La Croix de Camargue
du pasteur Alain Burnand
A Rouen, bourg sacré parmi les bourgs de France,
Ils ont dressé jadis l’incomparable tour
Et, tout vibrants encore de leur belle vaillance,
Ils l’ont offerte à Dieu, comme une fleur d’amour.
Aucun ne mit son nom sur l’œuvre terminée,
Ni le grand maître d’art, ni le frère sculpteur,
Ni celui qui enchâsse en la forme plombée
Le verre translucide aux multiples couleurs.
Un seul, au nom de tous, dressa l’acte authentique,
Selon les us sacrés de l’œuvre de la foi,
Signant le parchemin de sa lourde gothique :
« Ceux qui ont fait cela sont les maçons du Roy ».
Nous aussi nous voulons élever notre tour,
Dresser jusques au ciel l’idéale demeure
Où communieront les affamés d’amour.
Sans un retard enfin, orner le sanctuaire
De feuillages et de fleurs taillés aux chapiteaux ;
Étendre sur le sol le tapis de lumière
Que le soleil allume au brasier des vitraux.
Puis, disparaître un jour, sans plus laisser de traces,
Heureux d’avoir été des hommes au cœur droit
Qui n’ont jamais voulu, dans leur vouloir tenace
Qu’être tous, ici-bas de bons maçons du Roy.
…………………………..
Remarque de G.C.
La tour Saint-Romain première tour de la cathédrale de Rouen, construite en l’an 1164, introduit l’art gothique en Normandie.
Mais Rouen n’est pas encore française. Elle ne le deviendra qu’en 1204 lors de sa conquête par le roi Philippe Auguste.
Ses constructeurs ne pouvaient donc pas être les « maçons du roi » puisque Rouen était dirigée par un « duc de Normandie ». Et pas davantage ensuite car les cathédrales ne dépendaient pas du roi de France mais de l’évêque de la ville.
Le poème est néanmoins saisissant.
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