Rencontre étonnante d’une jeune protestante avec un pape

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Madeleine Barot (1909-1995) qui fut une responsable protestante très engagée du Conseil œcuménique des Églises et collabora même directement un temps avec le Vatican, eut une première rencontre étonnante avec le pape. Elle me la raconta une fois en détails et voici comment je reconstitue son récit, amusant en ce temps de visite du pape.

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Madeleine Barot

Je fus nommée à l’âge de 26 ans archiviste à l’École Française de Rome. Mon père, inquiet de me voir partir si loin me dit :

« J’ai trouvé dans l’Annuaire des anciens élèves de l’École Normale Supérieure le nom d’un ancien camarade. Je ne sais pas ce qu’il est devenu mais il t’accueillera certainement en souvenir de notre passé et il te racontera les 36 coups que nous avons faits ensemble. »

J’ai téléphoné à son ancien ami qui m’a effectivement invitée très chaleureusement à déjeuner. Il habitait derrière le Vatican. Et, ô stupeur, il était évêque ! En bonne protestante je n’avais jamais rencontré de tels personnages. Mais il m’a mise à l’aise et j’ai déjeuné chez lui toutes les semaines en compagnie de jeunes prêtres en soutanes. Je lui ai dit une fois que j’aurais bien aimé voir le pape (c’était Pie XI) mais que, protestante, je ne voulais pas m’agenouiller ni baiser son anneau et surtout pas me faire remarquer.

Un jour dans ma petite rue, un grand bruit s’est fait entendre. On a crié :

« Madeleine c’est pour toi ! »

Un laquais poudré m’apportait une invitation rédigée en latin (mais je savais le lire) à assister à une rencontre avec le pape, à 12 h en tenue de soirée.

J’ai emprunté une robe – que j’ai trouvée un peu décolletée – et je suis entrée une des premières dans une grande salle où l’on se tenait derrière une barrière. La salle s’est remplie. 

Le pape a fait son entrée portée sur sa « sédia ». Il n’était effectivement pas question de s’agenouiller, de baiser son anneau ou de se faire remarquer. Une petite fille a crié derrière moi qu’elle ne voyait rien. Je l’ai prise dans mes bras et je l’ai assise sur le bord de la barrière. Et lorsque le pape est parvenu à ma hauteur, la petite fille enthousiaste a gesticulé en criant « viva il papa » et elle est … tombée sur le coin de la sédia.

Dans un instant de cauchemar j’ai vu la sédia basculer et le pape tomber à genoux. Avec un grand sourire il m’a dit, à moi qui surtout ne voulais pas me faire remarquer :

« C’est une charmante enfant que vous avez là ! »

J’ai répondu dans mon meilleur italien :

« C’est une enfant de par derrière »

Et avant que j’aie pris conscience qu’en italien ma phrase ne signifiait pas ce que je voulais dire, le pape mettait sa main sur ma tête et me bénissait, en disant :

« Il y a beaucoup de péché dans votre pays la France »

Éperdue, je me suis détournée pour m’enfuir mais une religieuse se jeta à mes pieds et baisa le bas de ma robe… malgré un geste de ma part pour défendre mon visage les flashes des photographes crépitèrent…

Rentrée chez moi, j’en sortis quelques heures plus tard pour découvrir que tous les kiosques à journaux de la ville publiaient en première page la photo de mon geste avec le titre :

« Le pape donne sa bénédiction apostolique à une prostituée française ».

Et le téléphone sonna : c’était mon cardinal qui me demandait : 

« Madeleine, n’aurais-tu rien à me raconter ? »

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