
La remarquable exposition que propose actuellement le Site archéologique Lattara, musée Henri Prades 34-Lattes présente notamment des « vases à yeux ».
Les Grecs, dans leurs banquets, ne se contentaient pas de goûter le plaisir de la bonne chaire et des bons vins mais, lorsqu’ils buvaient, voyaient dans les yeux peints sur leurs coupes, le regard que les Autres jetaient sur eux et le regard qu’eux-mêmes pouvaient jeter sur eux-mêmes.
En effet Dionysos(Bacchus pour les Romains), le Dieu bien-aimé, sauveur et revenu à la vie, largement vénéré dans l’Empire, offrait à tous les exclus, les esclaves, les femmes, les mal traités du monde, une nouvelle conception de l’existence à travers les orgies où l’on buvait dans une grande unité amicale dépassant toutes les discriminations sociales : les femmes (appelées des ménades), qu’elles soient bourgeoises, servantes ou esclaves se répandaient dans les rues, ivres et déshabillées, terrorisant les passants. Toutes les classes sociales, toutes les humiliations étaient ainsi oubliées, pour un temps d’ivresse.
Lorsque Paul juge nécessaire de rappeler l’institution de la sainte-cène manifestement ignorée dans l’Église de Corinthe et critique la manière dont on la pratiquait, on peut se demander si certains nouveaux fidèles ne buvaient pas le vin de la cène comme ils le faisaient dans leurs bacchanales habituelles. Et alors, pourquoi pas dans les vases à yeux de célébration ?
« Lorsque vous vous réunissez, ce n’est pas le repas du Seigneur que vous mangez car chacun prend son propre repas, et l’un a faim, tandis que l’autre est ivre. »
De plus, mentionner explicitement la mort du Seigneur et la ressemblance du vin avec son sang versé, suggère que les Corinthiens ne pensaient qu’à l’aspect vivifiant du vin (la résurrection du Seigneur) à l’image de la vie renaissante de Dionysos dont on ne célébrait que le don de la Vie. Et mentionner que ceci est fait, à la demande expresse du Seigneur ‘en mémoire de moi’ souligne que certains pensaient plutôt à un autre : Dionysos !
Le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit : ‘Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous ; faites ceci en mémoire de moi’. De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit : ‘Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez’. » (I Co 11.20-25).
Boire le vin de la sainte-cène dans ces impressionnants vases à yeux devait attirer l’attention du fidèle sur la forte présence du Dieu de vie qui sondait son cœur et de son prochain à qui était, comme à lui, promis le grand renouveau de la Vie.
N’était-ce pas mieux que les petits gobelets de plastiques à la mode dans certaines paroisses protestantes ou que l’absence de la coupe de vin dans les paroisses catholiques ?

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