2. Hildegarde de Bingen théologienne

Par

prêtre de l’Église épiscopale de Californie  

traduction Gilles Castelnau                                           

Bien qu’elle fût abbesse et non une simple religieuse, Hildegarde de Bingen (1098-1179) dut faire preuve d’une grande prudence lorsqu’elle commença, en tant que femme, à revendiquer des visions la reliant directement à Dieu.

Nous ignorons tout des écrits et des contacts personnels qu’elle a dû multiplier pour obtenir l’approbation de Bernard de Clairvaux. Mais une fois celle-ci acquise, elle se sentit en confiance pour poursuivre son œuvre.

On notera que dans sa demande à saint Bernard, elle se décrit comme une humble personne n’ayant étudié ni la théologie ni le latin. Elle y dit pourtant avoir reçu ses visions en latin, rédige. De plus, les visions qu’elle relate ne lui sont pas adressées comme à une personne du sexe féminin mais comme à une représentante du genre humaine tout entier.

En tant que théologienne du XIIe siècle (femme théologienne, seule de son époque !) —Hildegarde ne pouvait s’attaquer directement au dogme du péché originel. La pensée de saint Augustin (354-430) qui en est à l’origine, constituait alors l’orthodoxie catholique de l’Europe occidentale. C’est par son expérience spirituelle personnelle qu’elle a bouleversé notamment la doctrine du péché originel.

Hildegarde ne niait en rien la Rédemption opérée par Jésus-Christ et les sacrements de l’Église qui transmettent cette Rédemption aux croyants. 

Mais le pessimisme d’Augustin est totalement absent chez Hildegarde. Elle admet tout à fait la puissance du mal, mais elle cherche surtout à donner à l’humanité les armes pour la combattre. 

Mais ils ne suffisent pas et demeurent inopérants en l’absence d’un soin approprié du corps. C’est la Nature tout entière qui constitue un sacrement, Présence de Dieu dans la matière.

L’état heureux originel du jardin d’Eden peut, tout à fait, être approché de près au cours de notre vie actuelle et sans attendre l’au-delà.

Les traités médicaux d’Hildegarde affirment que malgré la Chute, l’être humain peut restaurer sa pleine intégrité psychosomatique. Dans le jardin d’Eden, les hommes vivaient une parfaite harmonie entre leur corps et leur âme, jouissaient d’une santé excellente, exhalaient un parfum délicieux, possédaient une intuition très vive et de plus, leur rate produisait une substance claire.

C’est leur rupture avec Dieu qui a créé le chaos dans leur esprit et leur corps. Leurs pensées tristes ont pris le dessus, les mucosités stagnantes ont provoqué de mauvaises odeurs et un dysfonctionnement de leurs organes, et leur rate a sécrété un fluide amer, source de mélancolie et de colère. Mais l’homme peut soigner et guérir cette perversion de son état originel par la prise de conscience de ses propres pensées, le respect des rythmes naturels du corps et de la nature, ainsi que le recours à la médecine des plantes.

Le souci d’un équilibre émotionnel et physique n’est donc pas une attitude égocentrique et ne détourne pas du salut de Dieu ; il est, bien au contraire, l’instrument voulu par Dieu pour nous faire atteindre notre plein potentiel humain. 

Recevez les nouveaux articles par e-mail

Une lettre tous les quinze jours. Désinscription possible à tout moment.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *