
Le Dieu auquel je ne crois pas
Création d’Adam, Michel Ange (1508-1512), chapelle Sixtine, Vatican
Martin Thielen
pasteur de l’Église méthodiste unie des États-Unis
La plupart des croyants adhèrent encore au théisme classique : un Dieu personnel et tout-puissant qui veille providentiellement sur le monde, intervient miraculeusement, exauce les prières et accomplit des miracles.
Cependant, ce théisme devient non crédible dans le monde moderne. Comme le disait l’évêque Spong : « Le cœur ne peut adorer ce que l’esprit ne peut admettre. »
Personnellement, je ne crois plus aux credo du IVe siècle. Je ne conçois plus Dieu comme une divinité personnelle, humanoïde et surnaturelle mais plutôt comme l’Esprit mystérieux, créateur, fédérateur, évolutif, intelligent, vital et énergétique qui anime tout l’univers.
Aux origines de l’humanité, les hommes croyaient en un Esprit universel mystérieux, ambigu, force vitale et animatrice. Peu à peu, ils ont humanisé cet Esprit universel. Au fil des siècles, ils ont créé un dieu de la fertilité, un dieu guerrier, un dieu royal, un dieu philosophe, un dieu père, et finalement un homme/Dieu mi-humain mi-divin (Jésus).
Les théologiens non théistes inversent ce schéma ancestral : au lieu d’humaniser Dieu à notre image, ils le déshumanisent (tout en réhumanisant Jésus) et reviennent à l’image originelle de Dieu comme un Esprit de force vitale, énergie qui imprègne tout l’univers, ses galaxies, la nature, les hommes, les animaux et les plantes. Ils ont une spiritualité centrée sur le dynamisme créateur, la bonté, l’amour et la justice.
De nos jours, le théisme traditionnel est aussi surnaturel que de croire à la petite Souris se saisissant des dents de lait, au Lapin de Pâques ou au père Noël. Le non-théisme propose du moins une attitude intellectuelle plus réelle et plus authentique. Plus ouverte aussi aux autres spiritualités comme le judaïsme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme ou le simple humanisme.
Ce qui me paraît inacceptable dans le théisme est l’idée que ceux qui ne reconnaissent pas en Jésus leur Seigneur et Sauveur n’ont aucun espoir de salut ni dans cette vie ni dans l’autre.
Il me paraît également impossible de croire à l’affirmation théiste d’un Dieu providentiel interventionniste tout-puissant et protecteur, exauçant les prières face aux malheurs que sont les accidents, les épidémies, les guerres, les violences, les famines, les génocides, les tremblements de terre, les cyclones.
Il me paraît aussi tout à fait inadmissible d’admettre l’existence d’un Dieu anti-gay, anti-immigrant, anti-musulmans, anti-féministe, anti-intellectuels, coléreux, intolérant, négatif, étroit d’esprit, partisan politique, hypernationaliste tel que l’extrême droite le présente.
Le Dieu non-théiste habite le monde naturel tout entier et l’anime. C’est à nous, animés de son Esprit, qu’il incombe d’affronter les problèmes du changement climatique, de la violence, du racisme, de la pauvreté.
La conviction qu’un Esprit vital et créateur imprègne et relie l’univers tout entier nous propose, à cet égard, un impératif moral: c’est nous qu’il rend capables, par son Souffle créateur, d’être les gardiens de nos frères et de nos sœurs, ainsi que des animaux, des plantes et de toute la planète. La conception non théiste de Dieu nous amène à nous engager avec compassion en faveur notamment de la justice sociale.
Il est vrai que le non-théisme nous détourne de la relation émotionnelle où le théisme nous situait envers notre « Père céleste providentiel » et notre « meilleur ami Jésus ». Mais ne regrettons pas ce attitudes infantilisantes, décevantes et surtout devenues non crédibles qui entrainent finalement un rejet total de Dieu lui-même.
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