pasteur retraité de l’Église méthodiste unie des États-Unis
Traduction Gilles Castelnau
L’Église évangélique m’a fait connaître Jésus, m’a aimé et soutenu, m’a instruit, m’a donné une vocation. Je l’ai quittée il y a des années en devenant progressiste mais je lui suis toujours reconnaissant pour tout ce qu’elle m’a apporté.
Aujourd’hui certaines de ses branches ont muté de manière toxique, causant de graves dommages à la foi chrétienne.
Voici les caractéristiques de cette « variante évangélique toxique ».
• La « variante évangélique toxique » alimente dans les médias, les chaînes de télévision et les radios, une indignation et une colère perpétuelle concernant les sujets sensibles que sont l’avortement, les droits des personnes LGBTQ+, la théorie critique de la race, la vaccination obligatoire etc.
• La « variante évangélique toxique » récuse en permanence les réalités scientifiques les plus avérées concernant l’évolution, le réchauffement climatique, l’importance des vaccins notamment contre le COVID-19. Elle diffuse fréquemment des théories de complot anti-scientifique.
• La « variante évangélique toxique » opprime les femmes au nom de Dieu et de la Bible et ne leur promeut qu’une citoyenneté de seconde zone. Elle leur enjoint d’être soumises à leur mari et leur refuse le ministère pastoral.
• La « variante évangélique toxique » nuit à la communauté LGBTQ+. Elle affirme aux personnes homosexuelles qu’elles sont une abomination aux yeux de Dieu. Ses thérapies de conversion provoquent de profonds traumatismes émotionnels et spirituels. Elle lutte de plus contre leurs droits sur le plan légal. Cela suscite à leur égard une attitude de haine et de cruauté.
• La « variante évangélique toxique » s’engage dans le monde politique : Un récent sondage révèle que la réponse qui vient à l’esprit des gens lorsqu’ils entendaient le mot « évangélique » est : « politique », « partisan » ou « Parti républicain ». Son soutien à Donald Trump est massif et contredit les valeurs évangéliques elles-mêmes que sont la décence, la fidélité conjugale, la sincérité et les valeurs familiales.
• La « variante évangélique toxique » se contredit elle-même. Elle se prétend pro-vie mais approuve la peine de mort, presque toutes les guerres et approuve la possession des armes à feu. Elle enseigne à être disciple de Jésus, guérisseur compatissant, mais tente de priver des millions de personnes de soins de santé. Elle prêche l’amour, mais encourage la colère, la division, l’amertume et souvent le racisme.
• La « variante évangélique toxique » nuit au message du Christ et de l’Église. Face à la puissance de ses interventions si négatives, nombreux sont ceux qui les identifient au véritable christianisme et rejettent en bloc celui-ci. Elle éloigne davantage de personnes du christianisme qu’elle n’en rapproche.
• La « variante évangélique toxique » contrevient à l’enseignement de Jésus d’amour, de bonté, d’inclusion, de grâce, de miséricorde, de compassion et de justice. Cet éloignement de Jésus est sa plus tragique caractéristique.
On pourrait citer bien d’autres exemples néfastes de la « variante évangélique toxique », notamment son jugement moralisateur, son esprit anti-intellectuel, ses opinions xénophobes, sa violation constante du principe de séparation de l’Église et de l’État, et son nationalisme dangereux qui assimile l’amour de Dieu à l’amour de l’Amérique.
Comment peut-on réagir ?
• Se sauver en vitesse ! Je me souviens de l’histoire d’une femme qui, voyant un petit garçon s’efforcer d’atteindre une sonnette trop haute pour lui, sonna à sa place. Le petit garçon lui dit alors : « Maintenant on se sauve en vitesse ! » Demeurer dans la « variante évangélique toxique » empoisonne l’esprit.
• Adoptez une foi qui donne la vie. Il n’est pas difficile de trouver ailleurs une alternative spirituelle saine, par exemple dans une dénomination traditionnelle. D’autres expressions non traditionnelles de la foi existent également. On peut aussi adhérer à des valeurs spirituelles enrichissantes comme l’amour, la miséricorde, l’honnêteté, la raison, l’authenticité, la générosité, la tolérance, la bienveillance, le service, l’éducation, l’inclusion, la justice et le bien commun. Ces qualités, même sans composante religieuse explicite, sont bien plus saines (et plus conformes à l’exemple de Jésus) que la « variante évangélique toxique ».
• Combattre la toxicité. L’évangélisme toxique doit être combattu, même lorsque cela s’avère difficile. Par exemple, lorsque des millions de personnes au sein de l’Église évangélique ont assimilé l’amour de Jésus à l’amour de Donald Trump, j’ai publiquement contesté cette croyance (avec beaucoup d’autres). J’ai essayé de le faire avec respect, mais aussi avec fermeté. Cette position était impopulaire au sein de ma communauté très conservatrice et religieuse, et j’en ai payé le prix. Cependant, ce dangereux mariage entre l’hyper-partisannerie et la religion évangélique devait être vigoureusement combattu. Des conversations informelles aux débats publics, la religion toxique doit toujours être combattue.
• Proposez une meilleure alternative. En fin de compte, la meilleure réponse à la mauvaise religion est la bonne religion. Jésus l’avait compris. Face à la religion arrogante, moralisatrice et légaliste des pharisiens de son époque, il a proposé une alternative saine fondée sur la simplicité, la grâce, la miséricorde, la compassion et la justice. Il nous appelle à faire de même.
Nous pouvons promouvoir une religion de grâce et non de jugement, d’amour et non de haine, d’ouverture et non d’intolérance, de compassion et non de légalisme, de simplicité et non d’arrogance.
Dans ma dernière paroisse, nous avions affiché sur la porte de notre église les mots : « Cœurs ouverts, esprits ouverts et portes ouvertes ». On nous a dit : « Nous pensions que toutes les Églises étaient moralisatrices et étroites d’esprit. Mais cette enseigne nous a plu, nous avons constaté que la paroisse était à la hauteur de ses affirmations et nous en sommes donc devenus membres. »
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