Jésus, thérapeute des profondeurs

Par


Ed. Cabédita

104 pages

Recension Gilles Castelnau

Le pasteur Lenoir est aumônier d’hôpital en Suisse et a l’habitude de visiter tous les patients qu’il peut rencontrer indépendamment de leur religion ou de leur agnosticisme. Il pense, en effet, que la Présence du Christ telle que les évangiles nous la révèlent, est un esprit de renouveau, de force et de courage, d’harmonie intérieure, qui rayonne pour le rétablissement de la vie de tout homme, quel qu’il soit. Guérison du corps, de l’âme et de l’esprit. Il n’évoque aucun exercice spirituel, aucune pratique magique dont l’efficacité serait surnaturelle : le souffle vivant du Christ nous régénère intérieurement pour peu que nous nous ouvrions à l’espérance qu’il suscite en nous.

Nous avons déjà rendu compte sur ce site de deux de ses ouvrages : 

Accueillir la joie et la sérénité

Corps à corps avec un violon

Et voici des passages de celui-ci : 

Prélude en eau profonde

« Fais preuve d’audace, pénètre jusqu’au tréfonds de toi. N’hésite pas à remuer tes profondeurs. C’est là que tu découvriras la source vive, qui aspire à jaillir hors de toi en force de guérison ! » Tel est le message millénaire et stupéfiant de Jésus. De fait, les Évangiles nous révèlent un thérapeute avant-gardiste, pour qui la santé de l’être se trouve dans l’ajustement volontaire du corps, de l’âme et de l’esprit. C’est ainsi qu’il lui arrive de demander à la personne malade : « Veux-tu être guéri.e ? » Jean 5:6). Et lorsqu’elle est guérie : « C’est ta foi qui t’a guéri.e ! » (Marc 5:34)

Il faut souligner un élément propre aux Évangiles : la guérison est intimement liée à la notion de salut. De fait, dans la tradition biblique, « être sauvé » s’envisage dans une dimension globale de l’être. C’est vivre un accord harmonieux du corps, de l’âme et de l’esprit. C’est être bien avec soi-même comme dans ses rapports avec les autres. Et cela découle d’une relation harmonieuse et juste avec la vie. Donc, connectée à la source vive : Dieu. Dès lors, la santé du corps s’intègre dans un vaste espace qui inclut la santé psychique et spirituelle.

Un thérapeute, un vrai !

Tout ce qui émane de lui exprime un désir de libérer et de guérir les êtres de leurs images destructrices qu’ils ont d’eux-mêmes, comme des représentations perverses projetées sur Dieu. Un Dieu souvent chargé de connotations cruelles, qui conduit à des attitudes névrotiques.
Dès lors, les actes et les enseignements de Jésus révèlent un processus qu’on peut qualifier de thérapie des profondeurs. Car ses paroles et ses attitudes ne sont pas d’abord moralisantes, mais guérissantes.

[…]

Partout où il se rend, Jésus proclame la bonne nouvelle du royaume des cieux. Entendez par là le lieu sacré de la vie des profondeurs, où cherche à naître la source divine (Luc 17:21). C’est pourquoi il accompagne systématiquement ce discours par des actes de guérison (Matthieu 9:35). Sa proclamation du royaume est donc intimement liée à une démarche thérapeutique qui touche le corps, mais surtout les profondeurs de l’être.     

Ces rencontres qui réhabilitent

Thierry Lenoir commente dans ce chapitre trois « rencontres » guérissant 

. le corps : un mendiant aveugle au bord du chemin
. l’âme : une femme qui peine à libérer la source
. l’esprit : un jeune homme piégé par son perfectionnisme

Ces mots qui déstabilisent et éveillent

L’homme qui marche, Le temps qu’il fait, 1995, p. 19

Nous l’avons dit, Jésus prononce des paroles qui’ bousculent. Elles sont thérapeutiques dans la mesure où elles créent un chamboulement qui déclenche une prise de conscience ou un changement émotionnel. Jésus ne pratique donc pas la langue de bois. Sa parole circule, libre et limpide comme une source vive. Elle ouvre des chemins neufs qui favorisent l’harmonie intérieure. Elle ne vise pas à être blessante, mais à ébranler certains schémas familiers de la pensée pour favoriser une réflexion plus profonde. « Ce qui nous aide à respirer commence souvent par nous couper le souffle ! » écrit Christian Bobin.

Ces paraboles qui rétablissent

Lâcher le besoin de tout contrôler

Pour clore ce parcours parmi les paraboles thérapeutiques de Jésus, en voici une digne d’un koan:

« Un homme ensemence sa terre. Qu’il dorme ou qu’il veille, la semence germe et croît sans même qu’il sache comment. D’elle-même la terre porte le fruit. Lorsqu’il vient à maturité, la moisson est là » (Marc 4.26-29).

Ces postures qui relèvent

Un regard qui rend digne
Un toucher qui libère
Un geste qui métamorphose

Ces attitudes thérapeutiques

Être « pris aux entrailles »
Ne confondons pas la compassion et la pitié ! La pitié est l’expression condescendante du bien portant qui aborde l’être souffrant d’une hauteur inaccessible. Pitié humiliante, lâche et méprisante …

Il en va tout autrement de la compassion. Dans les Évangiles, elle évoque le fait d’« être pris aux entrailles ». C’est laisser résonner en soi quelque chose de la souffrance de l’autre, de sorte que les deux parties se mettent à vibrer en harmonie. Comme deux cordes d’un violon, proches l’une de l’autre, qui enrichissent leur résonance mutuelle par vibration.

Relevons que l’expression « être pris aux entrailles » suggère une action qui vient d’un au-delà de soi-même. « On est pris ! » Par quoi ? Par qui ? Par le Soi, dirait Carl Gustav Jung. En d’autres termes : par la puissance divine.

[…]

Redisons-le : Jésus est un partisan inconditionnel de la vie et du Vivant. Il discerne la présence du divin dans la puissance vitale et considère la souffrance comme une perturbation de cette énergie positive. Jamais il ne cherche à justifier la maladie en lui donnant une raison et, encore moins, en prétendant qu’elle trouve sa cause en la personne atteinte. Dénoncer la cause de la souffrance comme extérieure à la personne permet d’éviter les voies perverses des justifications et des culpabilisations humiliantes.

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