Le dévoiement de la prière

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Éditorial de l’hebdomadaire protestant Réforme

du 19 mars 2026

Depuis plusieurs jours, circule sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle on voit des pasteurs imposer les mains à Donald Trump pour que Dieu lui accorde la sagesse et qu’il protège les soldats qui bombardent l’Iran.
Que le président des États-Unis demande qu’on prie pour lui peut être une démarche d’humilité. Il occupe un des postes les plus difficiles qui soit, dans lequel il doit prendre plusieurs dizaines de décisions par jour, et il a bien besoin d’être éclairé pour cela. La prière pour les autorités fait partie de la tradition de l’Église. 
Le problème n’est pas la prière, mais le fait que la vidéo ait été publiée par le service de presse de la Maison Blanche. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus a anticipé ce genre de dérive lorsqu’il a enseigné à ses disciples : 
« Lorsque vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites, qui aiment prier debout […] pour se montrer aux gens […] Mais toi, quand tu pries, entre dans la pièce la plus retirée, ferme la porte et prie ton Père qui est dans le secret » (Mt 6, 5-6). 
Pourquoi cette vidéo a-t-elle été diffusée ? Comme l’humilité n’est pas le trait de caractère dominant du président des États-Unis, c’est plus sûrement pour des raisons de propagande. Les Américains aiment que des pasteurs prient pour leur dirigeant, sauf que cette mise en scène est un dévoiement de la prière. 

« C’est être un menteur
de croire que Dieu
nous bénit quand on répand la destruction. » 

Quand Jésus évoque la prière, il l’inscrit dans le registre du secret, de l’intime. Un verset de l’épître aux Colossiens dit qu’avec le Christ, notre vie est cachée en Dieu (Col 3, 3). La prière est la démarche qui consiste à se poser devant Dieu dans la vérité la plus profonde de notre être. Elle est de l’ordre du balbutiement et non de l’affirmation prétentieuse de notre justice et de notre foi.

Peut-on demander à Dieu de bénir ceux qui font la guerre alors que le Christ nous appelle à être artisans de paix ? Luther disait que pour bien prier, il fallait commencer par ne pas être un menteur, et c’est être un menteur de croire que Dieu nous bénit quand nous répandons la destruction. 
Je ne suis pas un pacifiste inconditionnel car je sais qu’il existe parfois des guerres nécessaires pour arrêter le mal, mais il ne faut pas tricher avec l’Évangile ni chercher à enrôler Dieu sous sa bannière. La guerre reste toujours de l’ordre du péché car elle est injuste et elle diffuse le mal. Si on peut être conduit à la faire ou à la justifier, il faut rester conscient qu’elle nous fait sortir de l’enseignement de l’Évangile qui nous appelle à être vainqueurs du mal par le bien. 

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